A propos du congrès du Parti québécois

Congrès du PQ
Se renier par servilité envers le chef!

La défense du maintien de la loi 86, le soutien à l'objectif de déficit zéro, l'appui à sa politique de coupures, l'aval de sa politique de réouverture des conventions collectives, le vote favorable au rejet de la perspective de l'appauvrissement zéro, le ralliement derrière l'option de la souveraineté-partenariat à négocier, Lucien Bouchard a tout gagné à ce congrès fors l'honneur. Le chef a joué sans honte la carte du chantage émotif pour écraser toutes velléités démocratiques et mobiliser les ministériels et les députés dans une opération de tordage de bras. Un véritable espace démocratique n'existe plus dans ce parti.

Lucien Bouchard et son gouvernement sont parvenus à aligner le programme du parti sur les politiques gouvernementales. Les velléités oppositionnelles ont été écrasées sur tous les terrains.

L'unilinguisme n'est plus une revendication au programme du PQ. Le PQ soutient maintenant la loi 86 concoctée par le gouvernement Bourassa. L'indépendance, n'est pas au programme du PQ. La souveraineté-partenariat inclut une assemblée parlementaire commune avec le Canada-anglais, sans parler de la monnaie commune... Le moins qu'on puisse dire, parler ici de souveraineté est trompeur. On a ici affaire, au mieux, à la thèse des États-associés. Au mieux, car c'est la thèse avec laquelle on débuterait, après un référendum victorieux, a négociation avec Ottawa. La logique actuelle conduira, sans doute, à la recherche d'un nouveau partage des pouvoirs entre Québec et le Canada. Cela n'implique nullement que Bouchard ne pourra ressortir sa rhétorique souverainiste pour recréer un soutien populaire à son orientation, si les manoeuvres du moment pour asseoir son pouvoir l'exigent.

Le chef a beau parler de social-démocratie, ce n'est qu'exercice de style. Cela ne correspond plus à rien au niveau de la pratique de son gouvernement. Le congrès n'a pas rejeté la proposition gouvernementale de réouvrir les conventions collectives... et de piger dans les fonds de pension des employé-e-s du secteur public malgré l'opposition claire de la totalité du mouvement syndical. Les militant-e-s de ce parti ont voté le rejet de la clause de l'appauvrissement zéro suivant les conseils de Louise Harel. Elle voulait s'assurer les marges de manoeuvres pour la présentation de sa réforme de l'aide sociale qui participera d'une nouvelle détérioration de la situation des personnes assistées sociales. Les naïfs qui voyaient en elle une représentante de l'aile gauche accepteront peut-être de s'ouvrir les yeux.

Vers la normalisation du PQ

Ce congrès a marqué le début de la fin du PQ comme parti bourgeois de masse structurant une base militante active. Les axes programmatiques de la bouchardisation du PQ c'est une ligne néo-libérale sur le terrain social et la perspective oscillant entre l'autonomisme et la thèse des États-associés sur le terrain national. En fait, le chef Bouchard veut redéfinir le PQ comme le parti de l'alternance nationaliste dans le cadre de l'État canadien. Il se contenterait d'une redistribution des pouvoirs en faveur du Québec. Malheureusement pour lui, cette perspective n'est nullement dans les plans de la bourgeoisie canadienne. Il doit donc continuer à user de la rhétorique souverainiste comme instrument de pression vis-à-vis de ses adversaires et comme instrument de ralliement de ses supporters.

Que veut donc dire Lucien Bouchard quand il souhaite le changement du PQ, quand il dit qu'il faut dépasser les éternels débats. Il appelle, essentiellement, le PQ a cessé d'être un véhicule des aspirations de la population. C'est cela la bouchardisation du PQ au niveau de sa culture organisationnelle. Ceux et celles qui croient qu'il y a encore quelque chose à faire au PQ, et ces personnes sont nombreuses dans les mouvements syndical et populaire, doivent prendre note et comprendre que loin de sortir affaibli de ce congrès, Bouchard est en train de transformer le PQ en parti nord-américain classique. Car, si des militantes et des militants ont repris à leur compte des revendications des mouvements syndicaux, populaires et jeunes, ils ont vu les ministres, les députés et l'appareil du Parti se mobiliser pour que ces revendications soient battues pour ne pas restreindre la marge du gouvernement. Et ils et elles ont perdu la vaste majorité des votes décisifs.

La faiblesse structurelle de la gauche péquiste

Les ténors de la gauche péquiste ont confirmé leur ralliement, l'amertume au coeur. Ça aussi, c'est une longue histoire d'une " gauche " qui ne s'est jamais donnée comme tâche de s'emparer du pouvoir dans le parti, perspective qui lui apparaissait, à juste titre impossible, mais d'être la conscience morale du parti et de véhiculer, sous une forme souvent édulcorée, certaines revendications syndicales et populaires auprès des instances du parti. Sans programme alternatif véritable, tant sur le terrain social que national, elle a d'abord servi à faire croire qu'il était inutile de construire une alternative de gauche au PQ.

Construire une alternative politique de gauche,
une tâche urgente

Aujourd'hui, sur le plan social, il n'y a qu'une voix à l'assemblée nationale: c'est celle qui défend le néo-libéralisme et le déficit zéro. Sur le plan national, le PQ refuse de mener la lutte et la perspective du partenariat n'est qu'un pas de plus vers des capitulations futures. La construction d'une alternative politique véritablement arrimée à la défense des revendications des travailleuses, des travailleurs, des exclu-e-s, des femmes, des jeunes et des aîné-e-s dans la perspective d'un Québec indépendant et égalitaire est une tâche essentielle. C'est à cette tâche que s'est attaquée le PDS. C'est en joignant nos efforts que nous pourrons véritablement aller de l'avant.

Bernard Rioux

[ Accueil de La Gauche ] [ Index de La Gauche ]
[
INPRECOR ]