La bataille pour l'emploi se mènera
contre le gouvernement et le patronat...

Les centrales syndicales publiaient le 16 septembre dernier leur cadre stratégique en vue du sommet sur le devenir social et économique du Québec. Ce texte est important car il trace les éléments d'orientation qui doivent guider les interventions des centrales. Quelle est cette orientation? Quels sont ses fondements? Quels sont aussi ses dangers? Voilà les questions qui, croyons-nous doivent être débattues!

Objectif stratégique confus et désarmant

Le document résume l'objectif stratégique qui est poursuivi: " favoriser la constitution d'alliances larges, capables de porter sur la place publique comme sur le plan politique les exigences sociales d'un réel développement du Québec ".

D'emblée, le patronat est invité à joindre une telle alliance. Pourtant, qui est le responsable du modèle de développement actuel marqué par la hausse du chômage? N'est-ce pas le patronat, qui face à l'exacerbation de la concurrence, dans le cadre d'une quasi stagnation économique, choisit de réduire le temps de travail en licenciant, en développant le travail à temps partiel et le travail précaire? C'est ainsi que ce dernier comprend la défense de ses intérêts. Ce ne sont pas des discours. C'est une pratique concrète qui conduit à des licenciements massifs même lorsque les profits sont juteux.

Lutter pour l'emploi, c'est d'abord refuser de faire une alliance avec les principaux responsables de la dégradation de l'emploi: le patronat et le gouvernement. Quelles forces peuvent mener ce combat pour l'emploi? L'ensemble du mouvement syndical, des chômeurs et des chômeuses et les exclu-e-s de cette société...

Une alliance ouvrière et populaire l'emploi

Ne pas expliquer les raisons de la crise de l'emploi permet d'avancer un choix commun et possible des " principaux agents économiques et sociaux " et de mettre de l'avant " un contrat de solidarité sociale ".

Mais quel est, en fait, cette origine de la crise de l'emploi? Elle n'est pas attribuable à une mauvaise gestion économique ou à un modèle de développement erroné. Elle est le produit des contradictions internes du régime capitaliste. A preuve, on assiste, depuis 20 ans maintenant, à une hausse du socle du chômage permanent. Non seulement les reprises manquent de vigueur, mais on a assisté, après la récession 90-92, à une reprise sans emploi. La reprise donne lieu à des mesures de rationalisation et à l'introduction de nouvelles technologies qui débouchent sur des mises à pied. S'il se crée des emplois, ces derniers sont d'abord des emplois à temps partiel ou des emplois précaires car les patrons ne veulent pas s'encombrer de travailleurs et de travailleuses à temps plein avec les droits et les bénéfices qui se rattachent à ce statut.

Dans ce contexte parler de " l'émergence d'un autre modèle qui prend en compte à la fois la globalisation des échanges et les impératifs sociaux du développement économique. ", c'est d'une part refuser de voir clairement où le patronat crèche; c'est d'autre part, s'enfermer dans la logique patronale, la logique de la capacité concurrentielle des entreprises à l'heure de la globalisation des marchés.

Y aurait-il une exceptionnalité québécoise?

Alors que les travailleuses et les travailleurs de l'ensemble des pays capitalistes avancés voient les patronats et les gouvernements opter pour les solutions musclées, alors que les gouvernements Chrétien et Bouchard ne donnent pas leur place pour ce qui est des attaques contre les acquis sociaux des classes ouvrière et populaires, le document syndical trouve que la " réalité québécoise offre des opportunités pour le dégagement d'un autre modèle? " se démarquant du désengagement ambiant? Le désengagement de l'État face à ces responsabilités dans l'éducation et la santé vont bon train. Les privatisations sont à l'honneur. Sur quel indice peut bien s'appuyer le document syndical pour voir un retournement possible de ce désengagement?

Sans doute, y a-t-il une aspiration populaire à une prise en charge des besoins collectifs mais ne pas reconnaître la réalité ouvrière et populaire de cette aspiration c'est faire la part belle au patronat et au gouvernement, qui aujourd'hui mène des politiques immédiatement responsable du caractère dramatique de la situation de l'emploi et d'exclusion au Québec.

La concertation est-elle vraiment la seule piste qui reste?

" Il faut tout mettre en oeuvre pour faire en sorte que ces résultats soient positifs car les conséquences d'un échec (comme les conséquences du statu quo) laissent la porte grande ouverte au modèle dominant. "

Il n'y aurait que l'alternative entre le néolibéralisme et la concertation sociale... la victoire de l'offensive bourgeoise ou la collaboration de classe... L'idée de lutter et d'imposer un autre projet de société, qui ne pourrait être partagé par les patrons... ne rentre pas dans l'équation de ce cadre stratégique...!?

Et pourtant, le caractère chimérique de la collaboration de classe est de plus en plus patent. Chaque jour qui passe voit le patronat se démasquer et révéler ses véritables intentions: oui à l'équité salariale pourvu que cela reste un beau principe; oui aux coupures dans l'éducation et la santé; oui à la baisse de la fiscalité des entreprises au nom de leur rentabilité; oui à la sous-traitance à tous les niveaux; oui à l'ouverture des conventions collectives et à la réduction des conditions de travail... Quel partenaire!!!

S'engager à contrer l'offensive patronale et gouvernementale

Le chômage n'est pas un problème majeur pour le patronat. Au contraire, le patronat, au Québec, comme ailleurs a toujours profité du haut taux de chômage pour faire des pressions à la baisse sur les salaires et précariser le régime d'emploi. Les seules responsabilités du patronat, c'est de réaliser des profits et d'assurer la bonne marche de ses affaires.

Affirmer que la responsabilité sociale face à l'emploi " passe par des mesures favorisant à la fois la productivité et la compétitivité des entreprises ainsi que le maintien et la création d'emplois ", non seulement c'est tenir des propos incohérents et contradictoires, mais c'est faux et désorientant pour la classe ouvrière et les couches populaires.

La compétitivité des entreprises n'est pas directement lié à la création d'emplois. C'est le contraire qui devient de plus en plus vrai. L'augmentation de la productivité, par l'introduction de nouvelles technologies visent à produire à moindre coût. Cela signifie surtout distribuer moins de salaires. De 1974 à 1989, on a pu constater, au Canada, une chute de 17% du salaire réel par unité produite.

Une demande d'engagement ferme: ou l'inefficacité des suppliques.

On demande un engagement ferme du gouvernement à éviter les mises à pied. Cela ressemble à une supplique d'aveugle. Mais que s'est-il donc passé au Québec cette dernière année. N'est-ce pas 12 000 emplois qui ont été perdu dans le secteur de la santé et plus de 6 000 dans l'éducation? Le gouvernement a-t-il l'intention de cesser ses coupures. Non, il a clairement affirmé que les coupures seraient encore plus dures dans la prochaine année. Ce n'est pas une supplique qui va casser la volonté gouvernementale d'aller de l'avant. C'est la mobilisation active contre ses projets. N'est-ce pas ça une véritable lutte pour l'emploi.

Réduction du temps de travail...

La réduction du temps de travail sans perte de salaire et embauche compensatoire, voilà une revendication historique de la classe ouvrière. Pour que cette réduction produise véritable des emplois, il faut, d'une part que cette réduction soit massive et rapide, et qu'elle soit d'autre part accompagnée d'une pleine compensation salariale et d'une embauche compensatoire obligatoire pour les entreprises.

La facture salariale augmenterait pour les entreprises, mais cela ne ferait que compenser pour la perte cumulative de pouvoir d'achat subie depuis 20 ans par la classe ouvrière et permettrait de récupérer les gains de productivité empochés uniquement par le patronat.

Mais la proposition de réduction du travail concocté par le gouvernement Bouchard a tout à voir avec une politique de partage de la pauvreté et de renforcement de la précarité de l'emploi. Même les syndicats sont méfiants. Car, il n'y a aucune garantie que le travail libéré va être transformé en emploi; la réduction du temps de travail est accompagné d'une réduction de salaire... qui provoquera une réduction de la demande interne... dont la faiblesse explique en grande partie la quasi-stagnation actuelle de l'économie. Le patronat pour sa part, ne veut rien savoir, qu'on introduise une quelconque contrainte à son arbitraire et à la conduite de ses affaires qui peut impliquer, si nécessaire l'expulsion de main-d'oeuvre de ses entreprises si cela peut augmenter leur rentabilité.

Des mesures fiscales favorables à l'emploi: encore et toujours la logique patronale...

C'est dans le contexte du débat sur le déficit et la dette que le mouvement syndical a mis de l'avant l'idée d'une commission sur la fiscalité. Derrière cela, il y avait la volonté de montrer que le patronat ne payait pas sa juste de part.

Si on tient en gros le même discours, il y a beaucoup d'eau qui a coulé sous les ponts et on a mis beaucoup de cet eau dans son vin. Aujourd'hui on rejette la réduction des impôts provenant des entreprises que, sans honte, propose le patronat. L'Alliance des manufacturiers a en effet proposé une réduction de la taxe sur la masse salariale qui aurait permis au patronat de soustraire au fisc 475 millions de dollars. Où le gouvernement pourrait-il aller chercher le manque à gagner? Ponton répondait: par une coupure plus profonde des dépenses.

La FTQ et la CSN proposent des réaménagements de la fiscalité pourvu que ces réaménagements ne conduise pas à réduire les recettes perçues auprès des entreprises. La CSN envisage même des allégements des charges fiscales pour les entreprises qui créent des emplois. On est quand même loin des discours sur la nécessité de faire payer les entreprises leur juste part. Partenariat oblige!

Oui à une alliance pour l'emploi!
Une alliance ouvrière et populaire!

Le patronat n'est pas un partenaire. Le patronat défend ses intérêts. Il le fait avec détermination. Il est prêt à justifier l'injustifiable. Sa conscience sociale est à la hauteur de son portefeuille.

Il est temps d'en finir avec le bon-ententisme. Où nous a conduit le sommet de mars? À nous placer dans une situation attentiste, alors que le gouvernement, appuyé par le patronat, s'attaquait à des acquis sociaux arrachés de hautes luttes dans les décennies précédentes. Le plein emploi, priorité essentielle, ne viendra pas davantage d'accords avec le patronat. Déjà, ce qui filtre des tractations des comités est en train de montrer que ce sont les intérêts de classe, au-delà des beaux discours, qui finissent toujours par s'imposer. Alors, mobilisons-nous pour défendre les nôtres, ceux des classes ouvrière et populaires. Plus que jamais, ne comptons que sur nos propres moyens!

Bernard Rioux

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