... L'explosion de colère palestinienne ne fut pas un coup de tonnerre dans un ciel serein, et c'est bien le moins que l'on puisse en dire! Il suffit de lire ce qu'écrivaient nos correspondants (de la revue Inprecor de la Quatrième Internationale) quelques jours auparavant, décrivant l'accumulation de brimades, de déceptions, de répression, de bouclage, de paupérisation, etc., qu'ont subie les Palestiniens, au cours des deux dernières années. Accumulation d'autant plus intolérables qu'elle succédait à l'espoir fallacieux d'une libération réelle, propagé par un Yasser Arafat désireux de faire passer sa capitulation pour une " paix des braves ". Accumulation à laquelle ce dernier a lui-même contribué, par les agissements ubuesques de son " Autorité ". Le témoignage de Léa Tsemei, dont on connaît l'admirable combat qu'elle mène depuis tant d'années contre la " justice de son pays ", montre à quel point la situation était devenue insupportable.
Certes, tout cela ne saurait être le fait exclusif des cent jours de gouvernement du Likoud: qui pourrait sérieusement croire que c'est Netanyahou seul qui a suscité un embrasement d'une telle ampleur? La puissance même de l'explosion de colère palestinienne confirme la justesse de cette formule percutante utilisée par Michel Warshawski: " Benyamin Nétanyahou est donc le produit de l'agonie de la paix israélo-palestinienne et non pas sa cause "! " La paix est morte dans le coeur des Palestiniens " écrivait notre camarade à la veille de l'affrontement. Cette constatation lui permettait à la fois de " comprendre les vagues d'attentats " et de faire état du " cynisme " qui a gagné les Palestiniens, même si " pour beaucoup d'entre eux, la déception et l'humiliation ont engendré la résignation plutôt que la révolte ".
Or, c'est le passage des Palestiniens de la résignation apparente à la formidable explosion de rage et de désespoir des 25-27 septembre, c'est le caractère spectaculaire de leur soulèvement, qui constituent l'aspect le plus inattendu de ces journées sanglantes. Ainsi, quand Walid Salem, militant palestinien de l'intérieur, conclurait son rapport synthétique en prévoyant que " face à l'acharnement du gouvernement du Likoud et à sa politique expansionniste, l'activité des masses palestiniennes contre la colonisation s'intensifie ", il pouvait difficilement imaginer que cette activité prendrait soudainement la forme d'assauts désespérés contre les colonies sionistes au sein et à la lisière des enclaves palestiniennes.
En poussant à son paroxysme l'exaspération des Palestiniens déjà fort exacerbée sous Pérès , le gouvernement Nétanyahou porte donc une part certaine de responsabilité dans la tournure particulièrement violente des affrontement. On est même en droit de soupçonner ce gouvernement d'avoir provoqué délibérément la réaction exaspérée des Palestiniens, tant il est patent, et aujourd'hui établi, que Nétanyahou savait pertinemment, au préalable, que l'affaire du " tunnel " allait mettre le feu aux poudres.
Il faut voir dans ce comportement de la droite sioniste non pas l'expression d'un fanatisme à courte vue, mais bien une manoeuvre machiavélique. L'interprétation minimaliste que fait ce gouvernement des accords de Washington exigeait de mettre fin à la situation de faux-fuyant entretenue par le gouvernement précédent. Elle exigeait que soient dévoilées les failles de l'application des accords, du point de vue sioniste, c'est-à-dire surtout que soit testé le degré de contrôle de Yasser Arafat sur les masses palestiniennes, ainsi que sur ses propres troupes. La droite sioniste a constamment mis en doute l'efficacité de ce contrôle peu convaincue par les vagues successives de répression organisées par Arafat, sous injonction de Rabin-Pères, contre l'opposition palestinienne. A quoi bon, demande-t-elle, confier le contrôle des Palestiniens à une Autorité fantoche, et lui accorder des concessions réelles ou symboliques, si elle n'est pas en mesure de remplir avec succès la mission de police par procuration qui lui est dévolue?
Au regard des résultats, Nétanyahou peut ainsi prétendre avoir été clairvoyant, plutôt que myope! Et Arafat se retrouve de nouveau mis au pied du mur, plus brutalement encore que nous Rabin et Pères. Soit il avale de nouvelles couleuvres et accepte de se satisfaire exclusivement du rôle de " Kapo " de son peuple que souhaite lui réserver la droite israélienne; soit il s'appuie sur le formidable potentiel de révolte des Palestiniens qu'a révélé l'affrontement des 25-27 septembre, ainsi que sur l'indignation de l'opinion publique mondiale, pour se battre résolument en vue de transcender le marché de dupes d'Oslo-Washington vers une véritable souveraineté palestinienne. En somme, une version actualisée de l'alternative que Walid Salem décrivait dans son article.
Mais, bien que la terre de Palestine soit un lieu de miracles, il est hautement improbable qu'une transfiguration d'Arafat ait lieu, de collaborateur à résistant. Comme à son habitude, il s'est tourné vers la réaction arabe - y compris le roi Hussein de Jordanie ! - pour le tirer d'embarras. Par ailleurs, la crise de la gauche palestinienne étant profonde au point que Walid Salem, un de ses dirigeants, n'hésite plus à le reconnaître publiquement, il est à craindre que ce soient les intégristes islamiques qui, une fois de plus, captent à leur profit la combativité renouvelée des masses palestiniennes.