Le gouvernement Bouchard
fait toutes les concessions possibles au patronat!

Le gouvernement Bouchard est en train de parcourir le même chemin qu'avait parcouru le deuxième gouvernement Lévesque. Il se tourne contre le bloc social qui l'a soutenu et il lui frappe dessus. S'il s'était créé durant le référendum un large soutien à la souveraineté du Québec, c'est que cette dernière avait commencé à être identifiée à la volonté de construire une société plus juste et plus égalitaire.

Non seulement, le gouvernement Bouchard est anti-populaire sur le terrain social mais une capitulation suit l'autre sur le terrain national. Bouchard a d'ailleurs lâché un gros morceau quand il a informé son parti qu'il ne fallait pas compter sur lui pour défendre l'unilinguisme français au Québec. Maintenant, des souverainistes craignent que le premier ministre du Québec commence à jongler avec l'idée de Mario Dumont d'un moratoire de 10 ans avant la tenue d'un nouveau référendum. Ils ont d'ailleurs raison d'angoisser, car le patronat du Québec soutient entièrement cette idée, comme l'a révélé un sondage de l'Association des manufacturiers et des exportateurs du Québec, sondage qui démontre que les membres de cette organisation, à plus de 76%, identifie le climat social (attendez la perspective d'un référendum rapproché) comme étant le principal obstacle à la prospérité économique. Quand on sait que la véritable obsession de Lucien Bouchard est de reconstruire les ponts avec la bourgeoisie, on sera surpris par les concessions qu'il sera amené à faire pour parvenir à son objectif.

Effectivement, les concessions au patronat s'accumulent. Dans son discours devant les gens d'affaires, le 8 octobre dernier, le premier ministre promettait une vague de déréglementations et une fiscalité plus concurrentielle pour les entreprises... ce qui aura pour effet de diminuer la contribution des entreprises aux revenus de l'État et conduira conséquemment à de nouvelles coupures.

Non seulement le gouvernement multiplie les concessions au patronat, mais il met de l'avant des privatisations pour favoriser les conditions de profits juteux. La perspective de la privatisation de la distribution de l'eau potable est un exemple des choix honteux du gouvernement.

Si aujourd'hui, le soutien populaire à la souveraineté diminue, c'est que chaque jour apporte sa mesure qui démontre que les " souverainistes " au pouvoir, ont repris à leur compte le discours et les orientations néo-libérales qui dominent en Amérique du nord. Les personnes assistées sociales sont les plus attaquées. Cette semaine, on annonçait qu'on envisageait d'imposer leurs maigres revenus. Et les coupures dans l'éducation et la santé seront encore plus importantes l'an prochain que celles subies cette année. Des hausses des frais de scolarité dans les universités sont en préparation.

La défense de la concertation sociale dans un contexte où le patronat est en demande sur tous les terrains, devient de plus en plus impossible. Les revendications syndicales et populaires - d'une fiscalité plus juste et d'une plus grande sécurité du revenu, du développement de l'emploi - sont tournées en ridicule par les supposés partenaires patronaux.

Aujourd'hui le patronat fait sa cabale pour la réouverture des conventions collectives dans le secteur public et pour l'acceptation, par les organisations syndicales, d'une remise en question des droits acquis des travailleuses et des travailleurs. Le gouvernement ayant renoncé à son rôle dans la création d'emplois, toute possibilité de création d'emplois est maintenant réduite au renforcement de la capacité concurrentielle des entreprises... Pour le patronat, les syndicats devraient envisager de négocier des clauses de paix sociale s'ils veulent contribuer véritablement à favoriser l'investissement étranger. Voilà où en sont rendues les prétentions patronales.

La perspective gouvernementale de partage du temps de travail est-elle une véritable concession aux organisations syndicales et populaires? Nullement. Non seulement ce partage du travail va déboucher sur une baisse du salaire et le développement de la précarité dans l'emploi, mais en l'absence d'une embauche compensatoire obligatoire pour les heures libérées, il pourrait conduire à renforcer l'exploitation des personnes restant en l'emploi. L'entreprise pourrait produire plus avec moins de personnel. Non seulement, la proposition gouvernementale ne créerait pas réellement de nombreux emplois, mais globalement, elle augmenterait la crise en provoquant une restriction du pouvoir d'achat global.

Si le patronat ne veut rien savoir de cette mesure, c'est qu'elle pourrait introduire des limites à leur pouvoir de gestion et que tout ce qui entrave ce pouvoir est mal venu.

Le prochain sommet socio-économique aura comme seul avantage de rendre plus visible que jamais les enjeux et les stratégies de classe à l'étape actuelle de l'histoire du Québec. La démonstration se fait déjà, et cela deviendra plus clair au fur et à mesure que le sommet approchera, malgré la poudre aux yeux qu'on voudra bien nous lancer, que la lutte des classes ne peut être mise entre parenthèses. Il faudra, par notre mobilisation active et militante, le rappeler à ceux qui tendent à l'oublier dans notre camp.

Bernard Rioux

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