L'envie de mordre

Messieurs Massé et Godbout ont écrit récemment dans les journaux, une lettre démontrant comment, dans le fonds, même si on ne regarde pas par le Même bout de la lorgnette, patrons, travailleurs et travailleuses ont les mêmes intérêts à la survie de l'usine. Tout cela pour parler de partenariat et assurer la présence syndicale au sommet socio-économique. Cette belle démonstration ne m'a pas du tout convaincue. Les patrons québécois m'apparaissent de plus en plus gros et de plus en plus voraces surtout sur le dos des femmes. Eux veulent des profits alors usine, travailleurs ou travailleuses, conditions de travail , environnement, taxation, équité, justice ne sont que des mots, des parures pour eux pendant que l'argent rentre.

Monsieur Jean Coutu mène le bal avec ses déclarations sur l'équité salariale; lui qui engage beaucoup de femmes, lui aussi qui a beaucoup de femmes comme clients puisque les femmes sont les principales consommatrices des soins de santé et de médicaments. Ce cher monsieur trouve que salaire égal - travail égal : c'est assez. Un commis payé comme commis quelque soi le sexe c'est correct. Mais parler d'équité salariale ah ça non. Les travaux d'égale valeur, monsieur Coutu ne connaît pas ça. Je serais pourtant curieuse de connaître dans ses pharmacies, les salaires des caissières et des cosméticiennes versus des commis a l'étalage. Oui les patrons québécois sont voraces.

Monsieur Péladeau entre aussi dans la danse. Lui le libre-échange et l'Aléna il a compris ça et il s'en sert. Selon monsieur Landry nous devrions en être fier. Gros brasseur d'affaires aux Etats-Unis, il veut fermer deux imprimeries de Boston et mettre à pied 145 employé-e-s pour rentabiliser ses installations. Résultat : le syndicat Graphic Communications International Union (GCIU) a maille à partir avec lui et voudrait conserver les emplois de ses membres en faisant des propositions de rachat. Mais Québécor ne leur donne pas l'information nécessaire. Seul détail intéressant les fermetures surviennent après des négociations ardues où monsieur Péladeau exigeait des réductions salariales de ...15 %.. Comme quoi qu'on soit québécois ou américain quand on est capitaliste c'est l'argent qui compte.

Gaz métropolitain fait aussi bonne figure avec la privatisation de l'eau. Sous prétexte de réfection très onéreuse des conduites souterraines. Cette belle compagnie tente de s'accaparer d'un lucratif secteur public : la distribution de l'eau. Avoir des compteurs d'eau dans un pays où l'eau coule en abondance... c'est absurde ...mais c'est payant. Trois compagnies françaises sont aussi aux aguets. Les consommateurs et les consommatrices vont en faire les frais. Imaginez combien de gallons dans une piscine s'il en faut quatorze pour les toilettes et le lave-vaisselle... Oui les capitalistes québécois sont gros.

Les industriels se plaignent qu'actuellement au Québec, ce n'est pas profitable de créer des emplois car les taxes sur la masse salariale sont trop fortes. Ils font plein de pressions en vue du sommet pour obtenir l'abolition de cette taxe en faisant même du chantage sur le dos des femmes en parlant de package deal : l'équité salariale contre la taxe sur la masse salariale. C'est écoeurant. D'autant plus que leur propre association : l'Alliance des manuacturiers et exportateurs du Québec après un sondage auprès de ses membres compilent les données suivantes : seulement 4% pensent que cette abolition de la taxe sur la masse salariale entraînera des créations d'emplois, 22 % parle plutôt de l'augmentation de la compétitivité, 10% de réduction des coûts . (Le Soleil, 11 octobre 996, p. B2) Alors les capitalistes québécois sont gros, voraces et menteurs.

Alors imaginez ces rapaces au sommet, imaginez les centrales syndicales et les groupes communautaires et de femmes en train de discuter avec eux. Ou pensez-vous que le compromis se fera...? pas sur notre terrain mais sur le leur et à leurs conditions. Nous partons donc perdants et perdantes à ce jeu car c'est leur jeu.

Ginette Lewis

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