Pérou
Non au terrorisme du président Fujimori !
* 26 avril 1997. Alors qu'au Québec les médias se sont félicités de la soi-disante éclatante "victoire" du président péruvien Fujimori sur les guérilleros du groupe Tupac Amaru, nous voudrions rappeler les faits suivants :
1) Les 14 guérilleros du MRTA qui ont été lâchement assassinés le mardi 22 avril par les 140 soldats d'élite péruviens n'étaient aucunement, comme la grande presse l'a rappelé à satiété, des "terroristes intransigeants". Jusqu'au bout, ils ont cherché à trouver une solution négociée à la crise. Se conduisant, comme l'ont rappelé nombre de témoins en "gentlemen" avec leurs otages. Acceptant même de revoir à la baisse leurs propres revendications du départ, en n'exigeant du gouvernement péruvien qu'il ne libère que les seuls prisonniers qui "n'ont pas commis de crimes."
2) Les revendication des guérilleros du MRTA concernant la libération de près de 500 membres de leur organisation emprisonnés dans les prisons péruviennes faisaient écho à un véritable scandale sur lequel s'étaient penchés en vain les organisations de droits humains et avocats internationaux : celui des conditions véritablement infra-humaines (contraires à toute législation internationale en la matière) dans lesquelles vivent plusieurs milliers de prisonniers politiques au Pérou. Rappelons aussi que depuis le début de la prise d'otages, tous les prisonniers du MRTA avaient perdu le droit de recevoir des visites de leurs proches.
3) Le Pérou du président Fujimori est loin d'être une société où sont respectés les droits démocratiques les plus élémentaires. Injustice, arbitraire, autoritarisme n'ont fait sous son régime que prospérer. Qu'on songe à ce propos à l'appauvrissement grandissant de larges secteurs de la population péruvienne, harcelés par les politiques néo-libérales imposées par le président Fujimori et son équipe : 70 % de la population vit au dessous du seuil de la pauvreté, 50% en état d'extrême pauvreté. Qu'on songe aussi aux milliers de crimes perpétrés par les forces armées ainsi qu'à l'impunité qu'on leur accorde systématiquement : simplement en 1992 ont disparu --aux mains des responsables de l'ordre-- plus de 300 personnes, pendant que 60 autres ont été exécutées sans le moindre procès ni jugement. Et que dire des procès expéditifs, des tribunaux présidés par des juges masqués, des atteintes permanentes à la liberté de presse, etc. !
4) Les USA --via la CIA et leurs experts militaires--ont joué un rôle décisif dans le dénouement sanglant de cette crise. Enjoignant Fujimori à se montrer inflexible. Fournissant formation, encadrement, expertise technique, matériel sophistiqué (jusqu'à un avion !) aux troupes péruviennes. A y regarder de près, il n'y a guère de mérite à être venu ainsi à bout de 14 guérilleros.
5) Le rôle du Canada dans cette affaire est loin d'être clair. La lumière doit être faite sur les agissements exacts de son ambassadeur au Pérou et sur sa possible complicité dans le type de solution apportée à la crise. N'est-il pas étrange qu'une demi heure avant l'assaut il ait été encore en train de négocier avec les rebelles du MRTA ? Comment peut-on imaginer qu'il n'ait absolument rien su de ce qui était en train de se préparer ? Et si c'était le cas pourquoi ne l'a t'il pas clairement dénoncé ? Il en est de même du Japon : il a bien fallu qu'il donne à Fujimori l'autorisation de donner l'assaut à son ambassade, traditionnellement protégée par l'immunité diplomatique !
6) Fujimori ne s'est nullement comporté comme le digne président d'un pays démocratique. Jamais il n'a négocié de bonne foi, ni même cherché à épuiser les avenues possibles d'un accord honorable pour les deux parties. Utilisant la négociation comme pure diversion, il s'est comporté comme le promoteur d'un terrorisme d'Etat sanglant. Un terrorisme d'Etat qui ne mène nulle part, sinon à alimenter l'infernale spirale de la violence et de l'arbitraire dans laquelle s'épuise son pays depuis près de 17 ans.
* Voilà pourquoi aujourd'hui nous dénonçons auprès de l'opinion publique le terrorisme d'Etat promu par le président péruvien Fujimori, ainsi que l'inadmissible complicité dont ont fait preuve à son égard les Etats-Unis.
* Nous exigeons par ailleurs que la lumière soit faite sur le rôle exact du Canada dans toute cette négociation.
Tract distribué par le Comité de solidarité latino-américain de Québec
26 avril 1997
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