LIBÉRER LA CLASSE OUVRIÈRE
DES GRIFFES DU CAPITAL FINANCIER
Pour l'année financière 1997-98, le gouvernement fédéral dépensera presque autant pour les intérêts sur la dette publique (46 milliards $) qu'il dépensera pour les prestations aux gens âgés (22.3 milliards) plus l'assurance-chômage (13.5 milliards) plus les paiements de transferts aux provinces pour la santé, l'assistance sociale et l'éducation post-secondaire (12.5 milliards) ! En un mot, pour Ottawa, le soutien au capital financier et aux riches est aussi important que le soutien aux ainé e s, aux sans emploi, aux femmes, aux jeunes et aux pauvres réunis.
Certains crieront à l'imposture devant cette comparaison ; qu'il s'agit d'une aide, d'un don dans un cas et d'un remboursement dans l'autre ; qu'une honnête personne doit payer ses dettes. Mais comme le dit le programme du PDS, la légitimité de la dette publique doit être questionnée parce quelle résulte du refus des institutions financières et des gens à revenus élevés à payer leur juste part dimpôt.
Les compagnies ne paient plus, en effet, que 2 fois plus d'impôts qu'en 1950 alors que les personnes en paient 27 fois plus. Et parmi les personnes, il faut distinguer les capitalistes des autres : au Québec, depuis 1976, le taux d'imposition des revenus élevés des personnes, fédéral et provincial combiné, est passé de 68% à 51%. En un mot, utilisant à plein son pouvoir politique, la bourgeoisie s'est accordée un congé d'impôt pour repousser sur la classe ouvrière les effets de la crise économique qui a débuté voilà plus de 20 ans.
Mais, il y a 20 ans ou même il y a 10 ans, la classe ouvrière n'aurait pas toléré sans fortement réagir les coupures sauvages d'aujourd'hui. Mulroney et Bourassa ne pouvaient que rogner les services publics et les programmes sociaux. Pour maintenir à flot les finances de l'État, la bourgeoisie a prêté massivement aux gouvernements l'épargne des travailleurs et travailleuses, épargne qu'elle contrôle, en particulier les fonds de pension, publics et privés, collectifs et individuels en se payant de généreuses commissions et frais de gestion au passage.
Quant à la bourgeoisie, ne jugeant plus suffisamment rentable les prêts à l'État et les investissement directs dans la production au Canada, elle plaça ses abondantes épargnes, qu'elle ne payait plus en impôt, dans la nouvelle économie-casino, c'est-à-dire dans la spéculation immobilière et boursière ou dans les mines du Pérou et de l'Indonésie.
Recycler l'épargne ouvrière des prêts à l'État vers l'économie-casino
Mais pour que la Bourse continue à monter et à monter sans s'effondrer comme l'immobilier il y a une dizaine d'années (vous vous souvenez de l'implosion de l'empire Reichmann ?), il faut y injecter sans cesse de l'argent frais de plus en plus massivement. La bourgeoisie veut donc réorienter les fonds de pension vers la Bourse, tant au Canada que vers les marchés émergeants de l'Asie du Pacifique et de l'Amérique latine. C'est la même logique, en plus sophistiquée, que celle des prêts pyramidaux dont vient d'être victime le prolétariat albanais.
C'est là tout le sens de la nouvelle contre-réforme du Régime des pensions du Canada, annoncée le 15 février par le gouvernement fédéral (pleinement appuyée par le Bloc), sur laquelle s'enlignera le PQ pour maintenir la compétitivité des entreprises québécoises . Au lieu d'être entièrement ou principalement consacrées aux prêts aux provinces, les contributions des salarié e s aux régimes publics de pensions seront placées en grande partie sur le marché privé. Comme l'a affirmé l'économiste-en-chef de la firme de courtage Nesbitt Burns : C'est une montagne d'argent. Ça va être très positif pour la Bourse.
Si le prétexte de cette contre-réforme est la solvabilité des fonds de pension, son but réel est de faire servir l'épargne ouvrière au maintien de la rentabilité de la spéculation, aux dépens de la production, donc à garder un taux de chômage élevé. Ainsi, la bourgeoisie aura commencé par piéger la classe ouvrière tout au moins sa couche organisée dans sa politique du déficit zéro, pour soit disant empêcher une banqueroute de l'État, donc la ruine des fonds de pension prêtés à l'État, politique qui pourtant détruit services publics et emplois.
Maintenant, elle veut piéger le prolétariat dans l'économie-casino, quand ce n'est pas dans le maintien des bas salaires asiatiques, sous prétexte de hausser suffisamment la rentabilité des fonds de pension afin d'empêcher une trop importante augmentation des contributions qui passeront de 6% à 10% du salaire en 6 ans et une éventuelle élévation de l'âge de la retraite. Contrairement à ce que prétendent les gouvernements et les banques, la prétendue crise des fonds de pension est due au chômage élevée et aux salaires stagnants, et pas du tout au vieillissement démographique qui peut se régler en un tour de main par une immigration massive si les emplois sont au rendez-vous.
Gel des intérêts et socialisation des pensions
La bourgeoisie est passée maître dans l'art d'opposer la classe ouvrière à elle-même, de diviser pour régner. À cette stratégie de division et d'embourgeoisement des couches ouvrières aisées, à qui on fait miroiter un faux rêve de rentier rêve qui leur éclatera en plein visage au retour très probable d'une profonde récession tôt ou tard le parti de la classe ouvrière doit opposer une contre-stratégie à la hauteur. C'est ce que fait le programme du PDS.
Nous proposons à la classe ouvrière de lutter pour le gel du remboursement de la dette publique, sauf pour les petits épargnants, jusqu'au moins le rétablissement du plein emploi ; lannulation de la dette des créditeurs qui ont tenté ou tenteraient une fuite des capitaux ou déclencheraient une grève des investissements ; la nationalisation des fonds de pensions et des sociétés dassurances, et la prise en charge des pensions et prestations dassurances directement par le régime dimpôt.
Dans notre programme, nous dénonçons le fait que la grande insuffisance du régime de pension publique oblige les travailleurs et travailleuses à céder une portion sans cesse croissante de leur salaire au capital financier qui s'enrichit à même la gestion de cet immense réservoir d'épargne, souvent en spéculant ; qu'ainsi le capital financier exerce désormais un chantage sur la classe ouvrière en mettant en doute la viabilité des futures pensions. Pour mettre fin à ce chantage, le PDS lutte pour un régime de pension du Québec, financé à même l'impôt, qui procurera une pension égale à 80% du salaire dont les conjoint-e-s profiteront également.
Marc Bonhomme