Une rupture claire et achevée avec le PQ
La seule façon pour les forces de gauche de sortir du cul-de-sac

En organisant une table-ronde sur le défi des « progressistes souverainistes », la livraison de mai de l’Aut’journal lance un débat essentiel. Le contexte est clairement posé par Paul Cliche qui, dans l’Éditorial servant d’ouverture au débat, souligne que les « forces progressistes souverainistes sont sur la défensive quand elles ne sont pas simplement inféodées au parti au pouvoir dont elles se font les otages consentants d’ici l’accession à la souveraineté ».

Mais qui sont ces forces progessistes? Que recouvre cette étiquette un peu vague? Les différentes organisations populaires, féministes et jeunes. Les organisations syndicales aussi bien sûr.

Mais là, il est important d’apporter des précisions. Non seulement les directions syndicales se sont-elles faites piéger par la manoeuvre du gouvernement Bouchard, mais elles ont contribué à donner de la crédibilité à toute cette entreprise de désorientation et de camouflage que furent les sommets économiques? En endossant le déficit zéro, les directions syndicales désarmaient idéologiquement les travailleurs et les travailleuses alors que l’heure était à la mobilisation pour casser une offensive s’attaquant aux acquis et aux services à la population. Au lieu de constituer un front commun de résistance, elles ont contribué à créer un front de la capitulation sur toute la ligne. Cela a semé la démoralisation. Et c’est sur cette dernière que s’appuie Lucien Bouchard pour poursuivre ses attaques contre les travailleurs et les travailleuses des municipalités entre autres secteurs.

Aujourd’hui, ces directions tirent un bilan positif de leur stratégie. Leur stratégie, écrivent-elles, était la seule possible dans les circonstances. Leur action a permis d’éviter le pire. La concertation reste donc à l’ordre du jour. Le gouvernement doit revenir à de meilleurs sentiments. Mais, de toute façon le bloc national doit être maintenu pour assurer le triomphe de la lutte pour la souveraineté du Québec au prochain référendum. Voilà leur orientation.

Pourtant, chaque défaite, chaque recul, démontre que la stratégie de concertation à tout prix contribue à affaiblir les capacités d’action du mouvement syndical et des autres mouvements sociaux. Même sur le terrain national, l’action du gouvernement péquiste est en train de discréditer complètement la perspective de souveraineté du Québec en déliant cette perspective de la lutte pour une société plus juste et plus égalitaire.

Les conditions politiques de la restauration des capacités de résistance des organisations syndicales, populaires, féministes et jeunes

Paul Cliche résume ainsi ces conditions: « La résistance isolée et morcelée doit se transformer en une action positive organisée et solidaire sinon c’est la débandade. Dans ce but, il faut que les organisations progressistes cessent de reconnaître à un gouvernement qui dessert de plus en plus les intérêts de leurs membres, le monopole politique en matière d’accession à la souveraineté...  »

Nous croyons que la rupture avec le gouvernement péquiste à laquelle l’éditorial nous invite est trop partielle pour qu’elle débouche sur les résultats escomptés. En fait, non seulement il faut cesser de reconnaître au PQ le monopole politique en matière de souveraineté, mais il faut enfin reconnaître que cette prétention a toujours été frauduleuse, car ce parti a toujours eu comme perspective de gagner la bourgeoisie québécoise et de composer avec l’impérialisme canadien.

La vaste majorité de la bourgeoisie québécoise n’a jamais voulu de l’indépendance. C’est pourquoi, une fois au pouvoir, le PQ a glissé vers des positions de moins en moins souverainistes. Il ne faudrait quand même pas oublier le beau risque et le rénérendum.

Nous ne pouvons pas nous contenter de dire que « L’idée de souveraineté est en péril si le gouvernement péquiste demeure le seul véhicule politique majeur » Pour que la perspective d’indépendance reprenne son sens de lutte de libération nationale, il faut démontrer jour après jour que tel n’est pas l’objectif de ce parti. Il faut démontrer qu’aujourd’hui comme hier, le PQ au pouvoir se fait le serviteur zélé des intérêts de la bourgeoisie québécoise et que cela l’amène d'une part à s'attaquer aux classes ouvrière et populaires et d'autre part à mettre sur la glace ou à diluer son option. La souveraineté, c’est bon, parfois, dans les campagnes électorales, pour faire le plein de certains votes. Mais comme perspective stratégique véritable, il y a toujours une tâche pls urgente à accomplir. Même la dernière campagne référendaire conditionnait la marche à la souveraineté (bien limitée par ailleurs) à une éventuelle entente avec le Canada. Il semble aujourd'hui, à voir les réactions des dirigeants nationalistes au livre du précédent premier ministre du Québec, que bien peu de monde, en dehors de Jacques Parizeau, croyait qu'il fallait préparer la déclaration unilatérale de l'indépendance, seule démarche possible pourtant, pour atteindre cette dernière.

Nous suivons Paul Cliche lorsqu’il nous affirme: « ... il est clair que le parti pris néolibéral de ce gouvernement enlève au projet souverainiste sa portée libératrice qui est une de ses caractéristiques essentielles aux yeux de centaines de milliers de citoyen-nes progessistes.  » Voilà qui est bien dit. Mais nous arrêtons de le suivre, lorsqu’il ajoute: « Pour atteindre cette dimension, la souveraineté devra absolument se faire par deux formations politiques, le PQ et un parti progressiste détenant la balance du pouvoir qui pourra dicter ses conditions pour qu’elle ne soit pas un simple leurre qui serve d’appât afin de perpétuer les privilèges de la classe dominante... » En fait, si la sortie de l’impuissance politique et la restauration des capacités de résistances des différentes mouvements sociaux passent par la rupture avec le PQ, une des composantes essentielles de cette rupture, c’est la démonstration que le PQ n’est pas un véhicule de lutte pour l’indépendance du Québec, mais un parti bourgeois qui vise une certaine redistribution des pouvoirs dans la chaîne impérialiste nord américaine et dans l’État canadien. Et cela est particulièrement vrai de sa direction actuelle, qui a démontré à de multiples reprises qu’elle accepterait une décentralisation un peu sérieuse des pouvoirs dans l’État canadien. C’est d’abord l’intransigeance centralisatrice de la bourgeoisie canadienne et de son personnel politique qui bloque complètement cette possibilité et qui oblige la direction Bouchard à brandir la phrase souverainiste pour maintenir sa domination politique sur la population.

La proposition d’un regroupement aux prochaines élections est une proposition sérieuse et à discuter. Mais cette orientation ne doit pas viser à créer un force qui aurait la balance du pouvoir et qui pourrait exercer des pressions sur le PQ pour qu’il maintienne le cap sur la souveraineté, mais un regroupement qui pourrait être un outil et un moment dans la construction d’un parti regroupant les membres des organisations syndicales, populaires, féministes, des jeunes et des ainé-e-s qui comprennent qu’on ne peut délier la lutte sociale de la lutte nationale, la lutte pour l’indépendance de la lutte pour un projet de société égalitaire. Et cette nécessaire liaison, le PQ s’est presque toujours acharné à en dénier l’importance.

La table ronde: assumer complètement ou non la rupture avec le PQ... Voilà la question

C’est bien cette question qui se manifeste le plus clairement dans cette intéressante table ronde. Les positions qui refusent d’assumer une rupture complète avec le PQ et de s’orienter vers une participation active (avec des candidatures à l’appui) aux prochaines élections, participent malheureusement de l’impuissance politique actuelle.

La mise sur pied d’une coalition non-électoraliste a le grand défaut de laisser complètement au PQ le champ libre et de ne pas lui contester pratiquement le pouvoir et ce qu’il en fait actuellement. Une telle coalition non-électorale ne peut être qu’un mouvement d’éducation populaire plus ou moins idéologique et sans importance politique véritable.

Il ne s’agit pas non plus de former un parti politique plus indépendantiste. En fait, ce serait encore nier le lien en lutte sociale et lutte nationale. Ce serait refuser de voir que la lutte sociale et nationale au Québec est lutte qui doit se mener contre la forme actuelle que prend la domination du capital, le néolibéralisme. Nous pensons quand à nous qu’il faut construire un parti qui fait du combat contre le néolibéralisme le centre de son combat indépendantiste. C’est cette perspective que défend le Parti de la démocratie socialiste. C’est pourquoi nous croyons que c’est un parti essentiel à construire. Mais les propositions d’États généraux et de coalition s’engageant effectivement dans le combat électoral sont des propositions intéressantes qu’il faut discuter sérieusement. Nous y reviendrons bientôt.

Bernard Rioux

 

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