De la belle eau à vendre

Les Libéraux du Québec, au pouvoir de 1897 à 1936, ont vendu aux monopoles nos rivières et nos forêts. L'Union Nationale, au pouvoir de 1936 à 1960 sauf durant la Deuxième Guerre, a ajouté le fer de la Côte Nord. Le Parti Québécois de Lucien Bouchard, en digne héritier des rêves de grandeur à demi-réalisés des Libéraux de Robert Bourassa, voudrait laisser Québec Inc., financé en grande partie par le capital américain et canadien, exporter notre eau et harnacher la plupart de nos rivières qui ne le sont pas encore.

Et la FTQ est pour… en autant que le PQ ne laisse pas le maire Bourque privatiser les aqueducs et les usines de filtrations et que l'État en soit le maître d'oeuvre. Pour un Québec porteur d'eau… littéralement. Il ne faut pourtant pas être la tête à Papineau pour comprendre, qu'une fois les infrastructures construites – si peu si on recycle une des usines de filtration de Montréal et quelques pétroliers – que les emplois permanents créés, par dollar investi, seront rarissimes. Il en est toujours ainsi pour l'exportation des ressources naturelles, même semi-transformées comme l'hydroélectricité, l'aluminium, le papier-journal ou le bois de construction. C'est encore plus vrai quand elles sont à l'état brut comme l'eau.

Le PQ aurait bien voulu aller au bout de sa logique néolibérale, en cédant à SNC-Lavalin ou au trust français La Compagnie Générale des Eaux la distribution de l'eau à la population montréalaise et d'ailleurs. C'est tout à l'honneur de la Coalition pour un débat public sur l'eau d'avoir contribué, appuyée par les recherches de la Chaire d'études socio-économique de l'UQAM, à faire reculer le programme de privatisation du PQ. Les trust de l'eau, avec la complicité de l'administration Bourque, n'avaient pas craint de mentir effrontément en faisant croire que la gestion du réseau de distribution montréalais était à ce point déficiente qu'il fallait privatiser de toute urgence pour réparer le réseau à coup de milliards afin d'arrêter le honteux gaspillage de l'eau. La Coalition et la Chaire les ont joliment déculotté même si le PQ a justifié sa reculade à l'abri de ses propres études faites après coup.

Reste que cette demi-victoire est tout à fait illusoire si le Québec se met à exporter ses abondantes eaux aux États-Unis dont les grands propriétaires agricoles la gaspille à grande échelle tout comme ils surexploitent leur main d'oeuvre chicano et mexicaine. Il faut dire non à la privatisation de l'eau mais aussi à son exportation, même directement par l'État qui ne manquerait pas de presque tout sous-traiter à Québec Inc, tout comme le fait Hydro-Québec. Quant à la production privée d'électricité, les conclusions de la Commission Doyon ne sont-elles pas suffisamment concluantes ?

Marc Bonhomme

 

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