Brésil:
Le mouvement des paysans sans terre

Qu'est-ce que le MST? C'est un mouvement formé par des travailleurs ruraux brésiliens, non propriétaires, et qui se sont organisés pour mener la lutte pour la réforme agraire. Cette organisation a un statut autonome à l'intérieur du mouvement syndical. Au cours des dernières années, le MST

est devenu le mouvement paysan le plus important de l'Amérique Latine; il a réussi à procurer des terres à plus de 145 000 familles.

Le MST (Mouvement des paysans sans terre) s'est d'abord enraciné au sud et du centre du Brésil et il est maintenant en train de devenir une organisation nationale qui couvre les régions du nord, du nord-est et celles de l'ouest du pays. Les luttes du MST sont reconnus et comptent sur l'appui des mouvements sociaux urbains liés aux syndicats et en partie à l'Église. Les populations des "favelas", à Rio et à Sao Paulo, suivent de près et avec sympathie les actions du MST. Au cours des derniers mois, sur une large échelle, le MST a organisé de nombreuses occupations de terre tout près des grandes villes du Brésil afin d'établir des alliances avec les mouvements sociaux du milieu urbain. Ces paysans, lorsqu'ils marchent et se dirigent dans ces régions où les terres ne sont pas cultivées, ils rencontrent la résistance et la violence toujours plus fortes des grands propriétaires terriens. C'est pourquoi ils ont dû former des comités d'auto-défense pour repousser les mercenaires armés, engagés par ces grands propriétaires terriens qui veulent les empêcher d'occuper les terres et de dresser des campements. Malgré cette opposition, le MST a réussi à organiser des coopératives agricoles qui regroupent environ 150.000 familles de ces paysans sans terre. Ces coopératives, dans la plupart des cas, ont rendu productives ces terres abandonnées et une partie d'entre elles arrivent même à vendre et exporter l'excédent de leurs récoltes. Lorsque les coopératives deviennent plus productives, elles libèrent ses militants du travail agricole. Ces derniers aident à l'auto-organisation des autres groupe pour occuper de nouvelles terres. Les coopératives les plus productives assurent aussi le ravitaillement des colons, jusqu'à ce que le gouvernement reconnaisse la légitimité des expropriations et qu'il apporte les subventions nécessaire pour fonder de nouvelles coopératives. (...)

La situation est de plus en plus explosive dans les campagnes du Brésil. Le principal problème auquel s'affronte le MST est d'ordre politique même s'il faut maintenir une activité soutenue pour occuper les terres et répondre aux besoins des milliers de familles paysannes appauvries qui comptent sur le MST. Le problème est d'abord politique puisqu'il faut établir le rapport de force sur ce terrain si on veut gagner l'autre lutte. Ainsi, avant de faire une occupation, il faut avoir obtenu les appuis politiques nécessaire (soutenir les marcheurs dans leurs déplacements, au campement et pour se ravitailler jusqu'à ce l'on obtienne les subventions; et ces dernières, il faut les négocier avec le gouvernement).

Le MST mène sa lutte en restant dans le cadre légal. Il s'appuie formellement sur la Constitution. La loi dit que, en vue du bien commun, les terres non cultivées peuvent être expropriées. Cependant, pour mener sa lutte, le MST est obliger d'employer des moyens "d'action directe". (...) En 1995, le MST a effectué 92 occupations de terre. En juin 1996, ce chiffre est passé à 120 et on comptait 40,000 familles, dans 168 campements, en attente de l'expropriation gouvernementale.

L'occupation des terres s'est accentuée après la défaite du PT et la victoire de Cardoso, au lendemain des élections présidentielles de 1995. Il est vite devenu une évidence que le président élu était étroitement associé aux partis de droite, avec les grands propriétaires terriens et avec l'aile la plus réactionnaire de son propre parti. Privatiser les sociétés d'État les plus rentables, promouvoir l'agriculture pour des fins d'exportation et favoriser les investissements étrangers, autant de politiques qui laissent voir que Cardoso s'est mis à la solde des intérêts des multinationales étrangères et de la Banque Mondiale. La montée et la lutte offensive du MST a permis à la gauche de ne pas sombrer dans la démoralisation suite à la défaite électorale et à l'abandon politique d'un grand nombre des dirigeants du PT. Enfin, si le MST s'est mobilisé pour passer à l'attaque, c'est surtout venu de la pression des militants qui ont voulu que le MST adopte une politique plus agressive et autonome du PT, perçu - à juste titre - comme un parti de plus en plus parlementaire qui abandonne son orientation "sociale-démocrate" pour s'adapter à l'idéologie "sociale-libérale".

Évidemment, si le MST a décidé de diriger la mobilisation paysanne, c'est qu'il s'est rendu compte compte que dans les campagnes toutes les conditions - objectives et subjectives - étaient réunies et que le mouvement était déterminé à passer à l'action. Au début, les occupations se faisaient de façon spontanée. C'est ce qui a décidé le MST d'organiser la marche des paysans et de former des dirigeants pour que les actions locales s'inscrivent dans une perspective nationale. Déjà, fin 1995 et début 1996, l'occupation des terres devint un fait quotidien dans des régions qui, jusque là, étaient de véritables châteaux forts de la droite. Cardoso a tôt fait de brandir des menaces de répression, assorties de fausses promesses de règlements à condition de s'engager de mettre fin aux occupations. Le MST a accepté de négocier, mais il a refusé catégoriquement de freiner le mouvement d'occupation des terres. Une telle trêve aurait coupé le MST de ses bases en plus de démobiliser les militants et les dirigeants. La lutte a donc continué et elle s'est même étendue dans les régions les plus dangereuses et les difficiles.

Au Brésil, en particulier à Sao Paolo, le MST est perçu de façon favorable. Après le massacre des 19 paysans sans terre, le 19 avril 1996, un sondage de perception a été effectué à Sao Paolo. Il est apparu qu'une ample majorité de la population (65%) est favorable à une politique de réforme agraire, alors que c'est une majorité absolue qui approuve les revendications du MST ainsi que la stratégie d'occupation des terres. Le MST profite de ce vent favorable pour proposer une voie alternative pour construire un puissant bloque politique qui unirait la campagne et la ville. Combien de temps résisterait ce bloque, surtout si le MST déborde son ordre du jour, la réforme agraire, pour revendiquer la révolution socialiste? La question est lancée et soumise au débat.

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Traduction et adaptation d'un texte de Jacqueline Perez, pris sur Internet.
Source, revue Rebellion, 20 avril 1997.
Jean-Jacques Roy

 

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