Au Canada anglais
Pas d'alternatives aux Libéraux
Pas mal de gens au Canada anglais en ont assez des mensonges libéraux. Mais même si leur popularité est à la baisse, ils sont très en avance dans les sondages. Parce qu'en plus d'être divisée, l'opposition n'a pas de crédibilité. Les Libéraux avaient promis de créer des emplois et de jeter la TPS aux poubelles. C'est plutôt leur Livre rouge qui a pris le bord des poubelles. Ils ont tout de suite adhéré à l'ALÉNA et appliqué avec zèle le programme de coupures du monde des affaires, avec encore plus d'efficacité que le détesté gouvernement Mulroney. Les banques, qui font des profits records, ont été les premières à en bénéficier. Les créditeurs internationaux en sont ravis, tout comme l'OCDE et le FMI, pour qui le Canada est devenu un modèle cité en exemple.
La croissance économique du Canada est parmi les meilleurs de l'OCDE, mais elle provient essentiellement des exportations à tel point que maintenant 40% de la production canadienne est exportée. Le récent voyage de Team Canada dans certains des pays les plus autoritaires de l'Asie du Pacifique, tout à fait dans la lignée pro-ALÉNA et pro-APEC (Forum de la coopération Asie-Pacifique), illustre bien la politique étrangère résolument et strictement business des Libéraux. L'impérialisme canadien, à la recherche de profits juteux, investit de plus en plus à l'extérieur.
Pendant ce temps, la demande intérieure stagne depuis la reprise de 1992, bien que la baisse relative des taux d'intérêts, combinée à la montée exportatrice, l'ait récemment quelque peu poussé à la hausse. Mais les salaires ne suivent pas, le taux de chômage bouge à peine, le sous-emploi et l'endettement des ménages restent à un niveau record, comme le démontrer le nombre sans précédent des faillites en 1996. Travail à temps partiel et travail autonome forcés se substituent au travail syndiqué à plein temps. Le niveau de vie des exclu-e-s s'effondrent sous les coupures.
Un tel climat d'insécurité rend difficile tout progrès sur la question des femmes et des minorités raciales, ce qui permet aux Libéraux d'oublier leur promesse d'un programme national de garderies et de durcir les politiques d'immigration, de plus en plus orientées envers les immigrants riches. Les Libéraux s'en prennent aussi aux droits aborigènes, rejetant le rapport Erasmus-Dussault en faveur d'une loi qui réduit l'autonomie autochtone à un statut municipal, le but ultime étant d'éteindre leurs droits et de leur transférer nombre d'obligations sociales maintenant assumées par Ottawa. Et que dire du Plan B envers le Québec qui, malheureusement, laisse indifférent la grande majorité de la population canadienne anglaise d'ici le prochain référendum.
Les mêmes vieilles promesses
Mais les gens commencent à réaliser pleinement les coûts humains et sociaux des politiques prescrites par le monde des affaires. Une mince majorité voudrait qu'on préserve les programmes sociaux de d'autres coupures, surtout dans les soins de santé et l'éducation. La pauvreté trouble à ce point les gens que le Libéraux, avant-veille électorale oblige, se sentent obligés de proposer des mesures d'aide pour les enfants. S'adaptant à ce changement d'opinion, les Libéraux promettent un gouvernement plus près des gens, après avoir volé à la droite son programme pendant tout un mandat.
Le Reform Party s'est discrédité par ses frasques néo-conservatrices. Si les Conservateurs paraissent en bénéficier, surtout dans l'Ouest, ils n'ont pas l'attrait populiste du Reform. L'espace ouverte sur la gauche de l'échiquier politique reste vide. En dehors du Québec, sans doute le NPD fera-t-il une modeste remontée, à la hauteur de 10% du vote populaire, par rapport au creux de 1993. Mais il ne fera pas de vague. Sa leader, Alexa McDonough, imitant la campagne réussie de Glen Clark en Colombie britannique, se contente de souligner l'un ou l'autre enjeu comme la protection des programmes de santé et d'éducation bénéficiant « aux familles ouvrières de la classe moyenne ». Ces programmes seraient financés par une taxation équitable visant les banques et les grandes entreprises.
Mais les gens ne font pas confiance à un parti qui, dans les provinces où il a le pouvoir, fait des coupures, s'en prend aux pauvres et ment à l'électorat. Et personne ne croit que le NPD a des chances de l'emporter, du fait, entre autre, qu'il n'a pas de base au Québec. Rien, donc, de très motivant à gauche. Personne ne paraît vouloir faire campagne sur la base du rejet du néolibéralisme.
Harold Lavender
(traduit et adapté par La Gauche)
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