Zaïre
L'Occident se sert des réfugiés hutus pour faire
pression
sur l'Alliance de Kabila
par Norm Nixon
La campagne que mènent les gouvernements occidentaux, les grands médias et les agences d'aide contre l'Alliance démocratique pour la libération du Congo-Zaïre et son dirigeant, Laurent Kabila, n'a rien à voir avec le bien-être des derniers réfugiés du Zaïre. Elle a pour but de forcer Kabila à partager le pouvoir avec les mobutistes qui restent.
Le gouvernement américain, les Nations-Unies, et tardivement la France et la Belgique, ont insisté pour que les rebelles arrêtent unilatéralement leur avance pour négocier avec le régime Mobutu l'établissement d'un gouvernement de «transition» dans lequel aurait aussi trouvé place la loyale opposition d'Étienne Tshisekedi. Washington et Paris craignent que si l'ADLC prend par elle-même le contrôle de Kinshasa, la capitale, sans devoir faire de compromis, elle s'aligne plus sur le peuple que sur les transnationales.
L'ADLC s'en est cependant jusqu'ici tenue à de seules négociations pour le départ de Mobutu et a refusé un cessez-le-feu. Il n'est pas question pour l'ADLC de partager le pouvoir avec des gens liés au mobutisme. Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, avait pressé les gouvernements pour insister auprès de Kabila pour un gouvernement transitoire d'un an et avait suggéré l'envoie d'une force multinationale pendant le cessez-le-feu.
La suggestion d'Annan laisse voir la vraie raison d'être des 4000 soldats lourdement armés, provenant des ÉU, de la France, de la Belgique et du Portugal, rassemblés à Brazzaville sur le fleuve Zaïre en face de Kinshasa sous prétexte d'évacuer les ressortissants occidentaux. Une éventualité envisagée est une invasion de Kinshasa avant l'arrivée de l'ADLC.
Après la chute de Kinsangani, une fois devenu clair que la rébellion déferlait sur tout le pays, ont commencé les accusations de violations des droits humains et de massacres. Sans aucune preuve, on fit allusion à l'existence de charniers. Les accusations vinrent des alliés français et belge de Mobutu et de certains secteurs des bureaucraties de l'ONU et d'agences d'aide. De déclarer Annan, le 22 avril, au Conseil de Sécurité : «Je suis consterné par l'inhumanité de ceux qui contrôlent l'est du Zaïre. Je ne crois pas que l'humanité peut rester silencieuse pendant que de milliers de femmes et enfants sont réduits à la famine.»
On prétend que les rebelles ont refusé de permettre à l'ONU de transporter par air 80 000 réfugiés rwandais, que l'ADLC a bloqué l'aide humanitaire et qu'elle a commis des massacres. On a fait semblant d'oublier qu'il y a une guerre civile au Rwanda. L'ADLC est blâmé pour les crimes des ennemis des peuples zaïrois et rwandais. Les quelques 80 000 réfugiés dont on parle sont les restants des 1.3 million qui avaient fui le Rwanda après le génocide, en 1994, de 500 000 Tutsis et Hutus antigouvernementaux
Les camps à l'extrême-est du Zaïre devinrent de véritables camps de concentration contrôlés par l'armée génocidaire en déroute. Il a fallu que ce soit l'insurrection qui libère les camps en septembre dernier pour permettre le retour de plus d'un million de réfugiés au Rwanda. Les plus hauts responsables du génocide, avec leurs familles et des dizaines de milliers de réfugiés innocents toujours captifs, pénétrèrent toujours plus profondément à l'intérieur du pays au fur et à mesure que l'ADLC avançait vers l'ouest.
Une fois ces 80 000 installés dans la région de Kinsangani, l'ONU continua d'ignorer que ces nouveaux camps étaient toujours sous le contrôle des milices génocidaires, comme auparavant. Les rebelles accordèrent la permission à l'ONU de faire la rapatriement par la route, non par la voie des airs car un pont aérien de cet ampleur aurait bloqué l'aéroport de Kinsangani pendant des mois, nuisant à la campagne pour renverser Mobutu.
L'ADLC ne voulait pas que des milliers d'opposants armés campent pendant des semaines tout près de l'aéroport stratégique de Kinsangani. Une telle demande de la part de l'ONU équivalait à se ranger du côté des génocidaires et des mobutistes dans la guerre civile. Mais malgré que la condition des réfugiés empirait, l'ONU refusa de les transporter par la route.
L'ONU, les médias et les agences d'aide dénoncèrent la décision de l'ADLC du 21 avril de «bloquer» les camps mais sans tenir compte des raisons. Depuis l'installation des camps dans la région, les villageois environnants subissaient constamment des raids armés de la part des milices génocidaires pour leur voler de la nourriture et s'emparer de leurs récoltes. Les villageois en colère ont riposté en attaquant les camps à la machette. Des survivants parlèrent de «centaines» de morts. Les journaliste répercutèrent ces propos mais ne purent trouver qu'une vingtaine de blessés et une douzaine de cadavres.
Les forces de l'ADLC intervinrent mais furent pris en embuscade par les milices cachées dans les camps. Comme plusieurs fois auparavant, les milices firent évacuer les camps de force. Craignant pour leur vie, les réfugiés se sauvèrent dans la jungle. Les journalistes et le personnel des agences préfèrent ne pas parler de ce scénario bien connu, ni que les milices n'hésitent pas à exécuter les réfugiés trop malades pour marcher et ceux qui tentent de s'enfuir. Ils blâmer plutôt les rebelles.
Le 29 avril, les réfugiés sortirent de la jungle par dizaines de milliers. Kabila donna son accord pour un pont aérien sur une période de 60 jours. Mais l'ONU et les agences maintinrent leurs critiques. Les premiers vols commencèrent le 30 avril. Pendant ce temps, le 29 avril, l'ADLC libéra Kikwit à 400 kilomètres de Kinshasa, dans la liesse populaire.
(Traduit par Marc Bonhomme d'un article du site web de la revue australienne Greeenleft Weekly : "http://www.peg.apc.org/~greenleft")
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