Les élections fédérales

Intransigeance des fédéralistes
et crise stratégique du mouvement souverainiste!

Les élections fédérales actuelles, au-delà de la politique-spectacle particulièrement odieuse à laquelle semble de plus en plus se limiter la politique bourgeoise, manifestent l’intransigeance du personnel politique fédéraliste par rapport au Québec et la crise stratégique dans laquelle semble s’enfoncer le mouvement souverainiste.

À Ottawa, l’intransigeance sur toute la ligne

La bourgeoisie canadienne va défendre par tous les moyens dont elle dispose l’intégrité de son État. Les orientations stratégiques du gouvernement fédéral peuvent être résumées comme suit: le plan A (pour empêcher une éventuelle victoire du oui) est simple: fermeté sur toute la ligne, aucune concession au Québec en termes de transferts de pouvoirs, tentatives de minorisation puis d’écrasement du mouvement souverainiste, refus de négocier; le plan B (pour justifier le refus de reconnaître un vote majoritaire au référendum) est clairement affirmé: demande de participation à la formulation de la question référendaire, tenue d’un référendum pan-canadien pour rejeter le référendum québécois, puis si nécessaire manoeuvres de déstabilisation économique et politique...

Le gouvernement fédéral a décidé de montrer que sa participation politique aux référendums de 80 et 95 n’a jamais voulu dire, même si cela semblait le cas de facto, qu’Ottawa reconnaissait le droit du Québec à l’autodétermination. On pouvait jouer ce jeu si on était certain de le gagner. Maintenant qu’on croit que la victoire n’est pas nécessairement dans la poche, continuer à jouer le jeu serait dangereux. C’est pourquoi Chrétien n’arrête plus de rappeler le caractère illégal d’une déclaration unilatérale de la souveraineté du Québec. Et l’affaire Parizeau lui a permis d’en remettre encore plus.

La politique de fermeté de la bourgeoisie canadienne et de son personnel politique est renforcée par le développement de forts sentiments chauvins au sein de la population du Canada anglais, sentiments entretenus et encouragés par le Parti Réformiste. A la mi-mai, un sondage Southam révélait que 53% des gens trouvaient l’usage de la force compréhensible pour empêcher la séparation du Québec. Ce soutien passait à 73% pour permettre la partition du Québec.

Le gouvernement Chrétien s’est lancé dans la campagne fort de la division et de la faiblesse de ses adversaires. Bien qu’il parle démagogiquement d’emplois comme il sied à des politiciens bourgeois de le faire lors d’une élection, il fait sien l’objectif du déficit zéro et la poursuite de la politique de coupures. Sur le plan national, le livre rouge libéral version 1997 ne comporte aucun échéancier sur le plan constitutionnel et assure que la question de la « société distincte » n’a aucune signification concrète. Les actuels déboires du Bloc vont d’ailleurs consolider le gouvernement Chrétien dans son intransigeance et lui faire croire que son refus de faire des concession produit ses fruits et que le mouvement souverainiste est en chute libre. Encore une fois, il pourrait être surpris par un retournement de situation.

Le programme du Parti conservateur de Charest reprend essentiellement les recettes de Mike Harris et a d’ailleurs été écrit par les conseillers de ce dernier. Sa remontée se limitera aux Maritimes où la réforme de l'assurance-chômage a fait très mal et au Québec où Charest essaie de rallier les nationalistes modérés et conservateurs.

Au fondement des difficultés actuelles du mouvement souverainiste

Les difficultés actuelles du mouvement souverainiste sont liées:

 Les déboires du Bloc dans l’actuelle campagne sont directement liés aux politiques du gouvernement péquiste sur les terrains national et social et ne s’expliquent que très marginalement par une crise de leadership au Bloc.

Au lancement de la campagne, tous les sondeurs mentionnaient que le Bloc avait une base sûre et qu’il ferait élire sensiblement le même nombre de candidat-e-s. C’était l’analyse de Pierre Drouilly, entre autres. Durant cette campagne, Duceppe disait explicitement que « la souveraineté serait mise en veilleuse ». « C’est dans un référendum qu’on décide de la souveraineté, pas dans une élection  », a déclaré Duceppe en donnant le coup d’envoi de sa campagne électorale. (Le Soleil du 28-04-97). Le Bloc se présentait d’abord comme le défenseur du Québec à Ottawa, pensant ainsi ratisser large. Cette orientation soustimait fortement les ravages provoqués par les politiques du gouvernement péquiste depuis le dernier référendum.

Assez rapidement, cette orientation a démontré son caractère erroné du seul point de vue électoral. Rapidement, le Bloc s’est avéré incapable de faire le plein des votes souverainistes. Si on début de la campagne, il faisait 43%, le 17 mai, il n’obtenait plus que 35% des intentions de vote et le 21 mai 31%. Bouchard intervient assez rapidement (1er mai) pour recentrer la campagne sur la souveraineté... mais sans grand impact.

Comme il l’avait fait en 1988, pour contrer l’effondrement du PQ sous la direction de Pierre-Marc Johnson, Parizeau cherche aujourd’hui à relancer la mobilisation des indépendantistes et à faire reconnaître la polarisation souverainiste/fédéraliste dans le champ politique, comme la seule polarisation capable de garder la cohérence au bloc nationaliste. Son intervention a été capable de mettre à l’avant-scène la question de l’unité « nationale » et la question de la souveraineté au centre de la campagne du Bloc. Bouchard et Cie après s’être scandalisé de l’intervention de Parizeau remettant en cause la crébilité de « l’associationnisme », ont compris rapidement que la mobilisation des souverainistes dans la campagne fédérale était seule capable de sauver la mise... et ont accepté de changer leur fusil d’épaule.

Parizeau a demandé d’ignorer les attaques anti-sociales du gouvernement Bouchard contre les travailleurs et les travailleuses et l’ensemble de la population et de se mobiliser derrière le Bloc. Larose a immédiatement répondu positivement à cet appel. Après un cafouillage, Godbout devait aussi annoncer qu’il allait voter pour le Bloc et qu’il espérait que ces membres votent pour le Bloc tout en affirmant qu’officiellement, comme la CSN d’ailleurs, que sa centrale ne soutenait aucun parti sur la scène fédérale et que lui continuait de s’interroger sur l’utilité du Bloc à Ottawa.

Une contre-performance importante du Bloc provoquerait des débats importants de réorientation stratégique au sein PQ... où chaque courant tirerait encore plus fort dans sa direction.

Cette situation ouvre la question d’une nouvelle stratégie dans la lutte pour l’indépendance. A la stratégie nationaliste bourgeoise, nous opposons une stratégie qui articule la lutte pour l’indépendance à la lutte contre le néolibéralisme; une stratégie qui place la lutte pour l’indépendance dans l’optique d’un projet de société égalitaire; une stratégie qui place la lutte pour l’indépendance dans une optique d’alliance avec les nations autochtones et les classes ouvrières et populaires au Canada; une telle stratégie implique une rupture totale avec le PQ et la construction d'un Parti des travailleuses et des travailleurs indépendantiste. Nous y reviendrons.

Bernard Rioux

 

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