Congo-ex-Zaïre
Contradictions interimpérialistes

 

La défaite française

 

Nous nous réjouissons de la double défaite des impérialismes français et belge. Au niveau de la France, c'est, depuis la révolution algérienne, la première grande défaite en Afrique. La France a sauvé la mise à Mobutu à plusieurs reprises (Kolwezi ...). Les présidents Giscard d'Estaing, Mitterrand, Chirac ont soutenu la dictature du général Habyarimana, sachant que ce régime rwandais avait dans ses plans, la mise à exécution du troisième génocide du siècle. L'armée française a entraîné l'armée rwandaise et les milices interahamwe. Dès les premières et face aux attaques répétées du FPR, elle est chaque fois intervenue pour sauver Habyarimana.

Le sommet de cette politique d'intervention au Rwanda a consisté en l'Opération Turquoise. L'armée française a protégé le repli de l'armée et des milices génocidaires, jusqu'aux bases arrières du Zaïre mobutiste, entraînant et maintenant en otage un million de réfugiés hutus, ce dont les médias français, publics et autres, ne se rappellent apparemment pas quand ils pleurent à chaudes larmes sur le sort des rescapés actuels de leur grande Opération « humanitaire ». De juillet 94 à novembre 96, la France a joué la carte de ces réfugiés avec pour perspective de remettre en place à Kigali un régime favorable aux intérêts français et dont la colonne vertébrale aurait été constituée par l'armée génocidaire.

Ces deux dernières années, la France a multiplié les interventions dans son « pré carré »: trois fois en un an rien que pour sauver le dictateur Patassé en Centrafrique ... Jusqu'à la dernière minute, les autorités françaises ont soutenu Mobutu. Elles ont aidé à recruter des mercenaires serbes (par le biais du FN!) pour organiser la contre-offensive « foudroyante » à partir de Kisangani. Elles ont été jusqu'à déguiser des centaines de militaires français en mercenaires. Alors que la Suisse et la Belgique avaient fini par refuser l'accès de leur territoire à Mobutu, Celui-ci pouvait circuler, recevoir ... sur le territoire français.

Le rôle néfaste de la Belgique

La responsabilité déterminante de la France par rapport à Mobutu ne doit pas cacher le rôle néfaste de la Belgique, l'ex-puissance coloniale. Suite à la condamnation des massacres perpétrés à Lubumbashi en 1990, le gouvernement belge avait été contraint - pour cause de dictature vraiment trop sanglante - de rompre officiellement ses relations avec Mobutu. Il a ensuite multiplié les tentatives de rapprochement. Les gesticulations du gouvernement belge, voire ses contradictions, ont été manifestes lors de la visite de Réginald Moreels, de la Coopération au Développement, lors de sa visite à Kinshasa: il congratule le premier ministre Kengo wa Dondo au moment la population manifeste dans la capitale son soutien à Tshisekedi.

Quels appuis internationaux?

On s'est beaucoup interrogé sur les appuis internationaux dont ont bénéficié les forces de l'Alliance dans leur offensive éclair. Il est manifeste que les premiers appuis internationaux sont venus des régimes de la région, à savoir le Rwanda et l'Ouganda, auxquels s'est joint ensuite l'Angola. Ces trois régimes voulaient mettre un terme au mobutisme qui menaçait constamment leur propre sécurité, en soutenant les restes de l'armée génocidaire, les forces de guerilla opérant contre le gouvernement Museveni à partir du nord-est du Zaïre et les forces de l'Unita de Jonas Savimbi menaçant de reprendre les armes contre le régime de Luanda.

Si l'offensive de l'Alliance a pu réussir si rapidement à Goma et Bukavu, c'est grâce au soutien direct et indirect du Rwanda et de l'Ouganda. Nous ne pouvons que les approuver. Par la suite, une fois que l'Alliance avait conquis l'initiative sur le terrain face à une armée mobutiste en pleine décomposition, les Etats-Unis ont cessé leur soutien à Mobutu considérant qu'ils avaient plus à gagner à soutenir l'Alliance et les régimes rwandais et ougandais (avec lesquels ils entretiennent de bonnes relations depuis des années) que de soutenir un régime dont les jours étaient manifestement comptés.

Une conjonction d'intérêts

Il faut prendre également en considération la conjonction d'intérêts entre le capital blanc sud-africain, le régime de Nelson Mandela et les Etats-Unis. Le capital sud-africain a des visées claires sur la région de la ceinture du cuivre au centre de laquelle se trouve le Shaba et il est disposé à y investir dans la mesure o\'9d on lui garantit la paix sociale. Nelson Mandela qui a réalisé un compromis historique avec le capital sud-africain, est convaincu de la nécessité de se débarrasser de ce régime dictatorial pour deux raisons. Non seulement, par le passé, et via son soutien à l'Unita angolaise, Mobutu était venu en aide à l'armée sud-africaine du temps de l'apartheid, mais surtout, son système maffieux et sclérosé nuit à l'image de marque qu'essaye de se redonner l'Afrique pour prendre place dans le cours de la mondialisation.

L'aire d'influence des Etats-Unis

Les Etats-Unis qui ont parrainé ce compromis entre l'ANC de Mandela et le capital sud-africain, ont vu dès lors la possibilité d'augmenter leur aire d'influence sur une large partie de l'Afrique: Rwanda, Ouganda, Congo ex-Zaïre, Afrique australe. On ne peut ramener la victoire des forces de l'Alliance à l'attitude bienveillante des Etats-Unis mais il est clair que ceux-ci pèseront de tout leur poids dans le futur du Congo. Ils pourront le faire parce que, contrairement à la France, ils auront annoncé à temps que Mobutu devait se retirer et surtout, ils auront mis en échec le projet de la France de faire déployer une force militaire multinationale au Zaïre depuis novembre 1996. Ce projet, défendu par la Belgique, a été mis de côté, définitivement par la volonté des Etats-Unis.

par Eric Toussaint et Denise Comanne

{Source : Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde (CADTM) via Inprecor}

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