Parizeau ou l’impasse
du souverainisme bourgeois

 

Novembre 84, Jacques Parizeau démissionne du conseil des ministre de René Lévesque. Le PQ n’est déjà plus qu’un parti affirmationniste (autonomiste). Mars 88, J. Parizeau revient à la direction du PQ pour empêcher l’effondrement du PQ en chute libre dans les sondages.

Le 25 septembre 89, Bourassa était reporté au pouvoir. Mais le PQ faisait plus de 40% des votes à cette élection. La direction Parizeau avait réussi à reconstruire le PQ comme parti nationaliste défendant des positions néo-libérales sur le plan social: soutien à la politique de libre-échange, priorité à l'assainissement des dépenses publiques.

La stratégie péquiste: éviter toute dynamique d'affrontement pour ménager les possibilités de négociation avec Ottawa...

La crise constitutionnelle devait de nouveau éclater autour du rejet des accords du Lac Meech qui devaient mourir de leur belle mort le 23 juin 1990.

Dès le lendemain de l'échec du Lac Meech, Parizeau rendit hommage à “ son premier ministre”(Robert Bourassa). Il lui donna son absolution. “Il fallait peut-être qu'il prenne ce risque là (de signer ces accords), l'Histoire le dira. Il serait facile de juger les stratégies et la tactique mais d'aucune façon je ne veux le condamner.”

Le compromis de la Commission Bélanger-Campeau marqua une autre reculade du PQ... Ce compromis a conduit le PQ - et les directions syndicales qui le tirèrent même dans cette direction- à abandonner de facto la lutte pour la tenue d'un référendum en 1991 en échange d'une promesse traîtresse de Bourassa. La direction du PQ a contribué à dévoyer le potentiel de mobilisation dégagé par l'échec des accords du Lac Meech.

L'attitude unitariste de Parizeau et des péquistes qui le suivent n'a servi que Bourassa. Elle a aidé ce dernier à se draper de vertus nationalistes et à chevaucher les aspirations à l'autodétermination nationale pour mieux les dévoyer. Mais pourquoi donc un telle ouverture de Parizeau envers Bourassa? Il faut se rappeler qu'à ce moment-là, le mythe que les hommes d'affaires québécois soutenaient l'indépendance du Québec faisait fureur. L'espoir de Parizeau que tous les classes, y compris la bourgeoisie, s'engage derrière l'option souverainiste l'amenaient à prêter à Bourassa des vertus dont il était complètement dépourvu.

De la souveraineté limitée à la souveraineté-partenariat

Après sa victoire électorale de septembre 1994, le premier ministre Parizeau a mis de l'avant un projet de souveraineté limitée essayant de masquer la rupture nécessaire avec l'impérialisme canadien. Cette stratégie se refusait d'articuler les revendications sociales et les revendications nationales.

Parizeau et Bouchard, oppositions stratégiques ou oppositions tactiques

Parizeau a tiré les leçons suivantes de l’échec de 1980: a. si on veut réaliser la souveraineté, il faut le dire sans détour; b. le Parti québécois doit être souverainiste avant pendant et après les élections; c. le référendum doit se tenir sur le mandat de réaliser la souveraineté. C’est ce que n’avait pas fait René Lévesque qui a placé à des différents moments l’option sur la glace; qui a tenu un référendum sur un mandat de négocier. Bouchard, avec la souveraineté-partenariat, avec son hypothèse d’un deuxième référendum pour faire valider la négociation, avec la marginalisation du discours souverainiste depuis la tenue du dernier référendum s’oppose point par point à l’orientation de J. Parizeau et de tout un secteur du mouvement souverainiste...

Le courant Bouchard (souverainiste en paroles, affirmationniste et néolibéral en fait) a aujourd’hui la haute main sur le PQ et le mouvement, mais son orientation mine le mouvement souverainiste et l’affaiblit. C’est bien ce qu’ont démontré les dernières élections fédérales.

Parizeau, pour sa part, ne compte que sur la polarisation nationaliste pour faire avancer la souveraineté, définie de façon d’ailleurs limitée puisqu’acceptant le cadre de l’entente du 12 juin (avec Mario Dumont et Lucien Bouchard)

Pour Parizeau, le gros obstacles à la souveraineté, c’est le vote anglophone et le vote allophone. « Le vote allophone et le vote anglophone ne doit pas nous être nécessaire » écrit-il dans son dernier livre Pour un Québec souverain. « Le seul critère important quant à l’orientation du vote c’est la langue».

En fait, avec un tel raisonnement, on est tout à fait incapable d’expliquer que des régions francophones, comme celle de Québec n’ait pas obtenu une majorité dans le dernier référendum. Avec un tel raisonnement, on ne peut expliquer pourquoi la vaste majorité de la bourgeoisie francophone s’est opposée à la souveraineté?

En fait, le critère de classe est fondamental dans le choix souverainiste. Et c’est ce que refuse de voir Jacques Parizeau. Ce sont les secteurs organisés des masses et particulièrement les travailleuses et les travailleurs syndiqués qui ont voté les plus massivement pour la souveraineté du Québec. Ces votes portaient l’espoir que la souveraineté débouche sur une société plus égalitaire.

Mais Parizeau a d’autres préoccupations. Les attaques contre les puissances d’argent dans le fameux discours le soir du référendum, c’est la frustration d’un monsieur devant le peu de reconnaissance des bourgeois québécois qui, souvent, se sont faits une place au soleil grâce aux subventions d’un gouvernement dirigé par des péquistes.

Parizeau lorsqu’il évalue les atouts dans la lutte pour la souveraineté ne parle pas de la détermination, de l’organisation et de la mobilisation de la population à partir de ses propres intérêts. Pour lui les atouts reposent essentiellement sur le fait que son « souverainisme » s’inscrit dans les dynamiques actuelle des courants de la mondialisation. Pour lui les meilleurs atouts pour son projet de souverainisme limité c’est: a. les courants commerciaux (le libre-échange qui protège le Québec des menaces protectionnistes du Canada); b. la monnaie (en adoptant la monnaie canadienne (où se protège des discours démagogiques contre la dévaluation de la monnaie. « Vive le dollar canadien »; c. les courants financiers (avec les milliards de la Caisse de dépôt, nous avons les moyens de résistance au chantage; d. la citoyenneté (le concept de double citoyenneté permet de satisfaire aux personnes qui veulent demeurer canadien) et e. la reconnaissance internationale (« La seule chose qui pourrait faire bouger les États-Unis, c’est si la France reconnaissait le Québec »).

Le projet et la stratégie de Parizeau n’ont rien à voir avec une quelconque démarche de libération nationale, en fait c’est tout le contraire:

-un Québec libre-échangiste c’est-à-dire sous la tutelle des américains,

-un Québec usant du dollar canadien, à la merci des diktats de la Banque du Canada

-un Québec qui s’inscrit dans la tradition néolibérale; Parizeau ne définit-il par le Québec comme une « nation de commerçants »?

 

C’est à partir de l’ensemble de ces éléments que Parizeau veut qu’on s’attaque à la tâche de redéfinir une stratégie dans la lutte pour l’indépendance du Québec avec la sempiternelle illusion qu’après le vote référendaire... la bourgeoisie canadienne se convertira aux vertus de la négociation...

Quel est le rôle de la mobilisation de la population à partir de leurs intérêts dans cette stratégie. Elle est nulle part. Durant les dernières élections fédérales, Parizeau a appellé les travailleurs et les travailleuses à oublier (ou mettre en parenthèse l’offensive du gouvernement Bouchard) pour se mobiliser derrière le Bloc. Encore une fois, il a appellé à séparer les intérêts de classe des intérêts nationaux.

Le rêve souverainiste de Parizeau, c’est le rêve qu’il existe une bourgeoisie québécoise prêt à se donner un pays pour faire du Québec une nation de commerçants. Une telle bourgeoisie indépendantiste n’existe tout simplement pas!

Bernard Rioux

 

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