Élections et luttes sociales

La désillusion et l'amertume sont grandes chez les militant-e-s des syndicats, des groupes populaires et des organisations de femmes.

Quel est l'impact de cette morosité sur la construction du Parti de la Démocratie Socialiste (PDS) ? Paradoxalement, elle pourrait bien produire une certaine illusion. On pourrait être amené à penser que suite aux conséquences catastrophiques des politiques néolibérales du PQ, le peuple québécois rejetterait le PQ, un peu comme il vient de le faire partiellement pour le Bloc, en faveur du PDS en autant qu'il soit capable de percer le mur du silence des grands médias.

Comment faire ces percées ? En faisant une plate-forme électorale, pense-t-on, qui mette de l'eau, beaucoup même, dans notre vin programmatique, pour qu'elle soit acceptable aux médias. Cette façon de voir « électoraliste » fait peu de cas de la dynamique de la lutte sociale, c'est-à-dire qu'il y ait une montée des luttes ou un recul constant des rapports de force ponctué d'une série de défaites.

Pourtant, un peu de psychologie sociale, dans un contexte d'absence d'un parti ouvrier de masse (v.g. le NPD au Canada anglais), démontre que la morosité mène l'électorat ouvrier-populaire à la rancoeur, au repli et à la revanche, c'est-à-dire au vote pour le parti de l'alternance parce que c'est lui qui peut dans l'immédiat battre électoralement la source de la déception. Si ce parti de l'alternance manque trop de crédibilité, pourra s'y substituer un troisième parti, petit mais largement connu, c'est-à-dire approuvé et suivi par les médias bourgeois, une sorte de parti police d'assurance (pour la bourgeoisie). Au mieux, l'électorat «progressiste» s'abstiendra et les plus conscients seulement voteront pour le PDS.

On ne peut, en effet, s'attendre à un vote large pour un petit parti ouvrier avec un programme anti-capitaliste parce que défaites et morosité ont sapé la confiance en soi de la classe ouvrière, confiance nécessaire pour appuyer un parti anti-capitaliste. Si cette morosité se maintient d'ici les prochaines élections québécoises, obtenir le score relatif de l'ancien NPD-Québc serait déjà toute une performance.

La tentation d'inutiles compromis

C'est dans ce contexte qu'il faut saisir le rapport entre plate-forme et performance électorale. Si le but fondamental du PDS est la maximisation à n'importe quel prix du nombre de votes d'élection en élection jusqu'à la conquête du pouvoir, avant toute considération programmatique, il sera inexorablement amené à se positionner comme parti police d'assurance, et de là comme parti de l'alternance. Pour être accepté des médias et, éventuellement, des bailleurs de fonds, le PDS devra tôt ou tard renoncer à son programme anti-capitaliste.

Ce retournement contre nature ne garantirait d'ailleurs en rien la performance électorale, surtout pour un parti minuscule comme le PDS. Il faudrait pour cela non seulement une désaffectation sérieuse envers les partis de l'alternance (v.g. les Libéraux) mais aussi la non-crédibilité des autres partis police d'assurance (v.g. l'ADQ). En un mot, une remontée des luttes sociales demeurerait quand même incontournable. Alors seulement les forces bourgeoises, dont les médias, seraient prêtes à miser sur un parti ouvrier à programme réformiste, comme le NPD-Canada.

Dans un contexte de profondes défaites, il s'agit pour le PDS de se positionner sur l'échiquier politique avec son objectif socialiste et son programme anti-capitaliste de libération nationale. Cela permettra au moins à la classe ouvrière consciente de voter pour elle-même. Mais surtout cela permettra de créer un pôle politique qui prépare l'accueil d'éventuelles ruptures par pans entiers quand la désillusion nationaliste se combinera à une reprise de la riposte sociale.

Marc Bonhomme

 

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