Femmes, cette année, on joue...

 

En 1995, il y a eu la Marche des femmes contre la pauvreté. En 96, il y a eu la Vigile des femmes autour du parlement. En 97, les femmes sont invitées à jouer un jeu de conscientisation et de sensibilisation au néolibéralisme. Comme quoi les années ne se ressemblent pas toujours... et surtout pas la mobilisation.

Avec la mondialisation de l'économie et le libre-échange, la situation risque de s'empirer. Mais la situation de pauvreté n'explique pas à elle seule l'ampleur de la mobilisation des femmes. Ce qu'il y avait d'important, c'était l 'espoir de gagner au bout des mobilisations. La Marche des femmes a réussi à arracher une hausse de 0.45 $ du salaire minimum, même si la demande exigeait 2 $ d'augmentation et des sous pour les projets d'infrastructures sociales. La Vigile elle, posait la nécessité d'arrêter les coupures de l'aide sociale et de mettre de l'argent dans les fonds régionaux d'économie sociale. Le gouvernement a accédé à une partie des revendications des femmes, à la veille de la Vigile, avec la très modérée loi sur l'équité salariale.

Mais l'offensive gouvernementale en santé et en éducation et sa politique de partenariat (lire s'entendre avec les patrons) n'a plus laissé place à l'espoir. Les mobilisations ont donc baissé. Cette année donc, les femmes au lieu d'agir vont jouer à un jeu de société.

Il faut tirer dès maintenant bilan de toute cette effervescence des femmes. Nous vous proposons quelques pistes de réflexion pour alimenter la discussion.

La condition des femmes

La mobilisation des femmes contre la pauvreté demeure des moments inoubliables de mobilisation mais la marche de l'espoir n'est plus. Les femmes n'ont rien gagné, leur pauvreté s'est aggravée.

Premier échec : le gouvernement rit d'elles avec les négociations sans fin, sans mandat, sans argent sur l'économie sociale. C'était l'espoir d'avoir enfin une job réelle autre que les programmes PAYE. Mais les projets tardent à être discutés parce que dans un premier temps, il a fallu établir des critères d'évaluation. Par chance, des militantes femmes et aussi syndicales ont réussi à obtenir que les projets ne doivent pas pallier à la fermeture de postes syndiqués. Ensuite les fonds pour subventionner les projets étaient pris dans d'autres fonds de l'État.

Second échec : beaucoup de femmes sous l'effet de la mobilisation se sont investies dans les activités régionales... des régies régionales. Elles se sont faites récupérer. Leur présence cautionne le gouvernement. Il est difficile d'arriver à des consensus. Les argents sont accordés à l'un au détriment des autres.

Troisième échec : la participation au sommet. Même si le message est passé : les groupes de femmes ont eu bien peu de poids dans les discussions. Elles ont servi de caution morale aux gros bourgeois confortablement assis. La sortie du sommet avant la fin sauvegardait l'aspect militant.

La faiblesse du discours féministe a entraîné un épuisement et une certaine démobilisation. D'une marche de 20,000 nous finissons par un jeu toute seule dans notre salon...

L'organisation de la marche internationale de l'an 2000 demeure cependant un objectif de travail. Cette initiative peut réussir à remobiliser si elle s'appuie sur une analyse plus globale de la situation de pauvreté des femmes partout dans le monde. C'est un espoir.

Ginette Lewis

 

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