Le système légal chilien
Dans un pays à démocratie néolibérale tel que le Chili - qui par ailleurs fait figure de proue dans les économies des pays d'Amérique du Sud -soulever la question de l'existence des prisonniers politiques est un acte jugé "antipatriotique" par les autorités gouvernementales. Celui qui, en outre, s'aviserait de dévoiler les conditions précaires de détention dont sont victimes quotidiennement les prisionniers politiques est immédiatement traité de communiste. Ainsi doit-on garder toujours à l'esprit cette possible et injustifiée accusation chaque fois que l'on désire prendre la défense des victimes (en l'occurrence les prisionniers politiques) du pouvoir judiciaire chilien. En prenant pour acquis que la fermeté à outrance - inacceptable - de la justice vis-à-vis les détenus est en soi un crime condamnable, dénoncer en tel comportement judiciaire nous mettra d'emblée, croyons-nous, dans la voie de la construction d'une société plus juste en ce qui concerne l'état de droit, plus solidaire à l'égard de la dignité humaine, et mieux préparé à la défense de ses citoyens. Cependant, le système légal chilien, s'appuyant sur les lois léguées par l'ancien dictateur, possède une capacité kafkienne à faire d'un citoyen ordinaire un être soit disant "dangereux" pour la Sécurité Interne de l'État, lui rendant par le fait même la vie intolérable. C'est cette lamentable situation que l'on désire à tout prix dénoncer.
Je voudrais prendre un peu de votre temps pour vous expliquer qui nous sommes. Le Réseau de Familles et Amis des Prisonniers Politiques du Chili est constitué - comme son nom l'indique - d'amis et membres des familles des prisonniers politiques, et se donne comme but la dénonciation publique du traitement inhumain auquel sont soumis les prisonniers.
Avant d'aller plus loin, on voudrait clarifier un peu ce qu'on entend par l'appellation prisonniers politiques.
D'aucun juge les prisionniers politiques comme des simples criminels (c'est faire preuve, à notre point de vue, d'une manque de clarté sociale et politique). Pour nous il ne fait aucun doute qu'ils en sont bel et bien des prisonniers politiques. Nous les appelons ainsi parce qu'ils ont été torturés par les autorités chiliennes au moment de leur détention, ont été séquestrés, menacés de mort; et constituent la seule catégorie de prisonniers à être jugés deux fois pour un même délit : une fois par les tribunaux militaires et une deuxième fois par les tribunaux civils. Ces derniers les jugent selon les lois anti-subversives adoptées par Pinochet qui prévoient des peines deux à trois fois supérieures à celles des délits communs. Vu ces faits, nous avons entrepris la dénonciation de cette situation arbitraire. Pour y arriver, nous nous sommes mis en communication au moyen de notre page "web" (http://www.letelier.com/presos.htm) avec des individus, des organisations et des gouvernements à travers la planète.
Notre intention est de briser le mur de silence imposé par l'actuel gouvernement chilien autour de la précaire situation des prisonniers politiques. C'est donc à titre purement informatif et mû par une volonté de défendre les droits humains, que nous nous adressons à vous.
À titre d'exemple éloquent, on vous exposera le cas des femmes qui se trouvent détenues dans la prison pour hommes de San Miguel. Elles vivent isolées en compagnie de leurs enfants dans des conditions inhospitalières,auxquelles s'ajoute l'harcèlement sexuel constant de la part des prisonniers communs. Tout ceci produit bien entendu un traumatisme psychologique autant chez les femmes que chez les enfants. Dans leurs témoignages elles racontent: "Les nuits on entend, apeurées, les cris désespérés d'hommes victimes de sodomie qui appellent au secours."
Sans aucun doute, ce genre de châtiment ne répond à aucune logique, il ne constitue qu'une vengeance préméditée de la part des autorités chiliennes.
Les valeurs véhiculées par une telle attitude sont loin de l'image d'un Chili moderne et démocratique que l'on nous présente depuis déjà quelques années. Tous ces traitements contrastent avec les privilèges accordés à l'ex-général Contreras et à l'ex-capitaine Espinoza, seuls militaires condamnés pour leurs violation des droits de la personne. En effet, en dépit de leur participation, en tant qu'auteurs intellectuels, dans l'attentat à la bombe qui en 1976 a coûté les vies de l'ex-ministre d'Allende, M. Orlando Letelier, et de sa secrétaire dans les rues de Washington DC, l'actuel gouvernement chilien a jugé bon de leur construire une luxueuse prison (style Pablo Escobar) située à Punta Peuco, à 100km au nord-est de Santiago.
On voudrait surtout porter votre attention sur le fait que suite à la spectaculaire évasion par hélicoptère des quatre prisonniers politiques le 30 décembre la réaction du gouvernement chilien a été brutale envers les prisonniers politiques qui ne se sont pas évadés. Ces derniers ont été sauvagement battus et n'ont aucune possibilité de contact avec l'extérieur, et ce 14 janvier 1997. Face à une telle brutalité les prisonniers politiques ont répondu avec leur seul et unique moyen de défense: une grève de la faim déclarée le 13 janvier 1997. Cette situation a été dénoncée à la Commission Des Droits Humains des Nations-unies et à la commission des droits humains de l'organisation d'états américains (OEA), dont le Canada est membre.
Pour terminer, nous voudrons exprimer clairement que nous sommes pas responsables des actes désespérés des prisonniers politiques au Chili, et en particulier de la dite évasion. Nous n'avons pas non plus aucune allégeance politique et notre seul but consiste à dénoncer l'inacceptable violation des droits humains exercée contre les prisonniers politiques au Chili.
Pour plus des renseignements, veuillez vous référer à notre page web ou directement aux familles et amis des prisonniers politiques à Santiago. Joignez-vous à notre effort pour demander aux autorités chiliens l'arrêt immédiat des sévices infligés aux prisonniers politiques afin que ces derniers arrêtent le plus tôt possible leur moyen de pression, qui à présent constitue leur seul outil pour faire prévaloir leurs droits reconnus par la constitution.
Cordialement,
Élias Letelier, coordonateur
Réseau des familles et amis des
prisonniers politiques du Chili. Presos@letelier.com
http://www.letelier.com/presos.htm