Militarisation et élections
au Mexique

 

L'approche des élections ne mobilise pas réellement l'opinion qui n'attend aucun changement important. Il est vraisemblable, qu'au niveau national, le PRI sortira gagnant mais affaibli. S'il n'obtient pas la majorité absolue à l'Assemblée, il devra composer avec son aile droite, le PAN, qui va, en outre, accroître sa présence à la tête de plusieurs états. Rappelons que le PAN dirige déjà un certain nombre de municipalités comme Guadalajara, Veracruz et des états, entre autres Guanajuato et Baja California Norte.

Malgré une campagne active, le PRD, qui accroîtra notablement sa présence à l'Assemblée Nationale, qui pourrait atteindre 20 %, n'espère pas être en mesure d'influer suffisamment sur la prochaine législature pour permettre les changements annoncés dans son programme de centre gauche. Malgré une baisse dans les sondages, on donne néanmoins le PRD toujours gagnant pour le gouvernement du District Fédéral. En dépit d'une campagne d'intimidation du PRI et des milieux bancaires, qui n'hésitent pas à brandir le spectre d'une nouvelle dévaluation, d'une fuite de capitaux et qui dénoncent à l'avance les conséquences désastreuses d'une gestion de la capitale par le PRD, on attribue toujours à son leader, Cuauhtemoc Cardenas, près de 40 % des intentions de vote et seulement un peu plus de 20 % au PAN et moins de 20 % au PRI qui serait le grand perdant pour le gouvernement de la capitale. Rappelons qu'il s'agit de la première élection de ce genre, le District Fédéral étant jusqu'à présent dirigé par un Régent nommé par le gouvernement .

Cette période pré-electorale voit s'intensifier la militarisation dans les zones dites de conflits comme le Guerrero, Oaxaca et Chiapas. La quadrillage de ces régions est impressionnant. Les quelques 200 Km de Comitan à Palenque sont convertis en zone militaires, avec l'installation de nouveaux camps et casernes comportant équipements lourds comme chars et canons, pendant que l'aviation se livre à d'incessants survols. Le 16 juin par exemple, un régiment de l'armée mexicaine conduit par un général est entré dans les gorges de Altamirano pour s'infiltrer dans la sierra de Corralchen. Les troupes ont été répartis dans les différents villages jusqu'à La Garrucha, dans le municipo rebelle Francisco Gomez dans la selva Lacandona. Un détachement militaire de 300 soldats s'est installé dans la communauté de Venustiano Carranza jusqu'au municipio rebelle du 17 de novembre. 500 autres se sont postés un peu plus haut à La Grandeza. Le lendemain, 200 soldats supplémentaires entrèrent dans la zone zapatiste d'Aguascalientes, à quelques mètres de la population civile. De nombreuses familles ont fuit et se sont réfugiés dans la montagne.

Il est évident que dans cette situation "de guerre de basse intensité", les élections ne pourront se dérouler malgré les déclarations optimistes des caciques PRI et des membres de l'IFE (Instituto Federal Electoral) aux ordres du gouverneur. De nombreuses communautés, tant au Chiapas qu'au Guerrero qu'à Oaxaca, ont déclaré qu'elles ne participeront pas aux élections dans ces conditions. Certains, rappelant février 1995, craignent le déclenchement d'une opération militaire de grande envergure aux lendemains des élections.

De son côté la CONAI (Comision Nacional de Intermediacion) comme la COCOPA (Comision de Concordia y Pacificacion) tentent de lancer de nouvelles initiatives pour la reprise du dialogue, ne manquant pas d'avertir le gouvernement qu'il ne pourra s'exonérer de la réforme constitutionnelle en matière de droits et cultures indigènes, s'il veut que l'EZLN revienne à la table des négociations. La CONAI, comme les membres Peredistes de la COCOPA insistant pour l'application des accords de San Andres signés en février 96.

Il est à noter toutefois que depuis décembre tout contact entre la Cocopa et l'Ezln a été rompu. Les conseillers "asesores" civils, pour leur part n'ont également plus de contact avec l'Ezln et ont été prié de garder le silence. Ils s'organisent difficilement avec des sympathisants zapatistes en une "Red de Apoyo" pour tenter notamment de populariser les propositions de l'Ezln "Démocratie et Justice" de la "mesa" 2 du dialogue de San Andres. Décontenancés par le silence de l'Ezln, ils se tournent vers le Fzln qui, de son côté, a abordé la dernière phase d'organisation par des forums de comités civils organisés dans l'ensemble du pays. On ne peut que spéculer sur les intentions de l'Ezln, qui, selon certains, serait en état d'alerte maximum, et qui selon d'autres sources, serait entré dans une période d'intense réflexion pour, prendre, peut-être, de nouvelles initiatives envers la société civile.

Bernardo Erre
21juin 1997

{source : Réseau contre le néolibéralisme}

 

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