L'offensive fédéraliste
contre le Québec se poursuit
Si les forces fédéralistes ont gagné le dernier référendum, les résultats les ont assez fait paniquer pour quelles renoncent à lorientation « démocratique » qui avait guidé leur politique depuis le référendum de 80. En effet, tant quelles croyaient pouvoir remporter facilement une bataille référendaire, il était politiquement payant de jouer le jeu... et de battre les péquistes sur leur propre terrain.
Certains souverainistes ont cru, à tort, que cette orientation tactique signifiait, de facto, la reconnaissance du droit du Québec à lautodétermination. En fait, il ne sagissait que de manoeuvres politiques.
Ces manoeuvres sont aujourdhui dépassées. La possibilité, même improbable selon leur évaluation, dune victoire au prochain référendum, exige que le gouvernement cesse de manoeuvrer et manifeste clairement sa volonté inébranlable de défendre lintégrité de lÉtat canadien. Et cest bien cela qui explique les différentes initiatives du gouvernement fédéral à létape actuelle.
Le gouvernement a décidé de sadresser à la Cour suprême pour demander si la proclamation unilatérale de lindépendance était ou non constitutionnelle. On se doute de la réponse que la Cour suprême rendra. En fait, la Constitution canadienne non seulement ne prévoit pas la séparation dune de ses composantes nationales, mais elle ne reconnaît même pas lexistence de la nation québécoise ou des autres nations comme des nations véritables. La notion de société distincte, forme la plus édulcorée et hypocrite possible, de la reconnaissance de la nation québécoise, nest acceptée que du bout des lèvres pourvu quelle ne signifie rien et quelle ne débouche pas, bien sûr, sur la reconnaissance du droit à lautodétermination.
A la requête fédérale, sajoute le refus de reconnaître un vote de 50% plus un pour la souveraineté. Le ministre Stéphane Dion, soutenu en cela par son premier ministre, nhésite pas à brandir la menace partitionniste.
Les péquistes du rang doivent se demander où sen vont les partenaires canadiens, ces grands démocrates, comme aime à les qualifier le premier ministre Bouchard. Ils ne font que dire de plus en plus clairement leur intention de défendre à tout prix lintégrité de leur pays et quils refuseront toute collaboration avec des politiciens qui envisagent son démantèlement.
En fait, cette ligne dure reflète également lincapacité totale de la classe politique denvisager la moindre réforme importante en terme de transfert de pouvoirs. La mondialisation de léconomie et les politiques néolibérales ont déjà mis à mal la cohésion de lÉtat canadien. Au niveau économique, les marchés se définissent de plus en plus sur une base régionale et dans un axe nord sud. Cette fragmentation du marché canadien va amener les forces politiques régionales à demander plus de pouvoirs pour appuyer les dynamiques économiques régionales. Les régions marginalisées vont exiger plus de pouvoirs pour faire face à la dynamique dexclusion. Les pôles de croissance, plus de pouvoirs pour favoriser la compétitivité de leurs régions. Cest pourquoi plus les effets économiques de la mondialisation toucheront le Canada et lespace particulier des différentes régions, plus la question constitutionnelle, qui touche le problème essentiel de la répartition et de laménagement des pouvoirs entre paliers des gouvernements reviendra centrale. Il nest pas étonnant dans ce contexte, que les gouvernements provinciaux prennent linitiative.
Dans un tel contexte, toute perspective de fédéralisme asymétrique constitue un danger potentiel pour lintégrité de lÉtat canadien et pourrait déboucher sur une dynamique de fragmentation. Et cela, dautant plus que le nationalisme canadien (en dehors de son caractère négateur de lexistence des autres nations) est dabord un nationalisme civique sans force idéologique importante favorisant un fort sentiment didentification. Le multiculturalisme exprime bien cette faiblesse.
Alors, toute perspective de réforme de lÉtat canadien allant dans le sens d'une redistribution des pouvoirs est complètement bloquée. Les grandes entreprises canadiennes peuvent bien presser les politiciens fédéralistes de régler au plus vite la question de lunité nationale, en fait, leurs propositions sont en deçà des positions du PLC car elles nosent même pas parler de société distincte. Leur seule perspective est lécrasement du mouvement souverainiste. Et cest bien, à partir de cette orientation, que travaille actuellement le gouvernement Chrétien.
Bernard Rioux
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