L’indépendance,
Une perspective dépassée?

Que se passe-t-il donc à propos de la souveraineté? Après le recul du Bloc québécois aux dernières élections, les sondages, les uns après les autres, soulignent un recul du soutien à la souveraineté du Québec. Puis, un récent sondage souligne qu’une majorité des Québécois et des Québécoises ne sont pas opposé-e-s à ce que certaines régions du Québec puissent rester rattachées au Canada en cas de souveraineté du Québec. Cette évolution de l’opinion s’explique-t-elle d’abord comme le résultat de l’offensive actuelle du fédéralisme canadien? Est-ce un recul tout conjoncturel et peu significatif? Au contraire, faut-il y voir la conséquence de transformations importantes au Québec qui nécessitent des ajustements stratégiques fondamentaux des forces luttant pour l’indépendance? Ces questions méritent d’être traitées sérieusement.

Dans un texte important, « Entre le lys et l’érable », Cotnoir, Drouilly et cie (voir le site du GROP) cherchent à comprendre le tassement au soutien à l’option souverainiste... Ces auteurs refusent d’interpréter ce tassement uniquement en termes de tactiques politiques ou d’images qui passent plus ou moins. Ils tentent de tracer des tendances de fond qui permettraient de comprendre le phénomène. Nous résumerons ici, dans nos propres termes, les éléments essentiels de leur analyse.

Un recul qui n’est nullement conjoncturel

La montée du vote pour la souveraineté lors du dernier référendum ne s’expliquait pas d’abord par la popularité de Lucien Bouchard. Cette vision a beaucoup de crédit, particulièrement au Canada-anglais. C’est pourquoi on tente de démoniser le personnage, celui par qui le MAL arrive.

Mais à y regarder de plus près... on voit que cette montée était essentiellement portée par une combinaison, dans l’esprit d’une majorité, de la perspective de souveraineté avec celle d’une nouvelle société plus juste et plus égalitaire. D’ailleurs, Parizeau en tête, n’hésitait pas à faire cette liaison, en présentant la souveraineté comme pouvant constituer un rempart contre le vent de droite qui souffle sur l’ensemble de l’Amérique du Nord. Voir des patrons, comme Laurent Beaudoin, se mobiliser, arrogants et méprisants, contre la souveraineté du Québec, donnait envie de se donner un pays pour se construire un autre type de société.

Mais que s’est-il donc passé depuis lors?

Aussitôt après la défaite référendaire, le PQ a mis la souveraineté de côté. Il a fait de la lutte contre le déficit public sa priorité. Il s’est laissé emporté par le vent de droite. Il s’est attaqué aux acquis sociaux dans l’éducation et la santé. Il a commencé à démanteler l’État keynésien et à construire un État néolibéral. La liaison qui avait commencé à s’établir entre souveraineté et projet de société s’est brisé.

Après le PLC, le PQ a démontré que les politiciens bourgeois jettent leur programme électoral aux poubelles aussitôt qu’ils ont pris les rennes du pouvoir. La méfiance grandissante envers la classe politique se nourrit de ses sordides manoeuvres au service de leurs intérêts les plus immédiats et au service des puissants. Quand ce sont des politiciens souverainistes qui jouent ce petit jeu, à l’exemple des politiciens fédéralistes, pas surprenant que la perspective souverainiste non seulement se délie d’un nouveau projet de société, mais elle s’identifie à la tromperie et aux privilèges. Sont-ce pour la bourgeoisie québécoise et uniquement pour elle, qu’il faudrait faire l’indépendance...

C’est ainsi que la montée a été transformé en recul. Quand on est sous l’offensive antisociale et anti-populaire d’un gouvernement, on ne lui prête pas crédit pour lutter sur le terrain national. Plus, cette offensive gouvernementale est vécu concrètement comme une accumulation de défaites sur le terrain de la défense d’acquis essentiels. Ces défaites à répétition en découragent non seulement de pouvoir améliorer leur sort, mais de pouvoir changer quoi que ce soit à la situation actuelle. On se replie sur des possibles plus immédiats et plus limités.

Mais, il ne faut pas tomber dans une analyse objectiviste... Les reculs dans le soutien à la souveraineté ne sont pas la simple transposition sur la plan des idées et des affects de transformations dans la structure de la société. On expliquerait difficilement avec une telle approche objectiviste la montée du soutien à la souveraineté au dernier référendum.

La stratégie de la direction péquiste est essentiellement chevillée à un projet de classe bourgeois. Cette dernière part de la définition de la nation québécoise comme une « nation de marchands  » (Parizeau) et vise à améliorer la place du Québec dans le marché mondial. Voilà l’axe essentiel de la stratégie péquiste d’où découlent ses différentes politiques. S’il est nécessaire pour y parvenir de s’attaquer aux acquis de la population, le gouvernement péquiste a montré qu’il n’hésiterait pas.

Pour bloquer les reculs actuels du soutien à la souveraineté, on ne fera pas l’économie d’une redéfinition du projet indépendantiste sur une autre base de classe. Le centre de cette redéfinition passe par l’axe suivant: la lutte contre le néolibéralisme doit devenir le centre du combat indépendantiste. C’est à cette condition que tous les espoirs sont permis.

Bernard Rioux

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