Les dessous sordides de l'impérialisme canado-québécois
L'entreprise minière Cambior veut que les tribunaux québécois fassent taire ses critiques au sujet de ses pratiques anti-écologiques dans le tiers monde
En août 1995, les médias du Québec rapportait qu'une mine en Guyana, dont l'entreprise minière Cambior, qui a son siège social est à Montréal, est le principal propriétaire, avait pollué toute une rivière dans ce pays d'Amérique du Sud. Puis ce fut le silence. Pourtant l'affaire n'en est pas resté là, ni en Guyana ni au Québec.
La compagnie montréalaise Cambior Inc. est la propriétaire majoritaire de la mine d'or du Guyana, Omai Gold Mine Ltd.. Le 19 août 1995, les déchets de la mine s'échappaient de leur bassin de rétention. 3.2 milliards de litres d'effluents contaminés de cyanure se répandirent dans la forêt tropicale guyanaise. La région fut immédiatement déclarée «zone de désastre écologique». Le président de Cambior, Louis Gignac dut s'excuser.
Exactement deux ans plus tard, le 19 août 1997, Cambior dépose une demande d'injonction interlocutoire permanente auprès des tribunaux québécois pour faire taire Recherches Internationales Québec (RIQ) et son porte-parole Dermod Travis. De quoi s'agit-il ? La compagnie veut épuiser cette petite organisation dans d'interminables démarches judiciaires, une pratique courante aux ÉU.
Mais on peut aussi penser qu'elle craint l'impact de la lettre que RIQ vient d'envoyer aux principales institutions financières canadiennes auprès desquelles elle cherche à obtenir du financement pour un important projet au Pérou. En voici le contenu :
La compagnie montréalaise Cambior cherche à obtenir 500 millions $ pour financer le développement de la mine de cuivre de La Granja au Pérou. Si jamais votre institution est sollicitée pour participer à ce financement, nous vous serions obligés de prendre en considération le comportement de Cambior au niveau environnemental et des droits humains.
Cambior est connu pour ne pas prendre en considération les écosystèmes où elle possède des installations. La compagnie a été interpellée à douze reprises pour bris de règlements environnementaux à sa mine d'or de Valdez Creek en Alaska. Son projet de mine de cuivre à Carlota, en Arizona, a reçu le plus basse cote d'impact environnemental de la part de l'Agence de protection environnementale des ÉU (EPA). Et Cambior a aussi été poursuivi pour non respect des lois environnementales du Québec.
Cependant, c'est le désastre environnemental de la Omai Gold Mines Ltd. (OGML) en Guyana qui démontre clairement l'attitude de la compagnie face à ses responsabilités environnementales et sociales. Le 19 août 1995, les résidus de la mine, 3.2 milliards de litres d'effluent contaminés de cyanure, se sont échappés dans la rivière Essequibo.
Immédiatement après le désastre, le Gouvernement de la Guyana mit sur pied une Commission nationale d'enquête pour trouver les causes de la catastrophe.
Malgré les tentatives de Cambior pour limiter la durée et le champ d'enquête de la Commission, le sous-comité chargé d'examiner la qualité du bassin de rétention des effluents, fut capable de conclure : «Il est évident que le bassin de rétention, tel que conçu et construit, allait un jour céder Nous sommes totalement incapables d'expliquer pourquoi la conception et la construction des éléments essentiels du réservoir, dont l'importance crucial était évidente et reconnue, furent à ce point bâclés.»
Selon la Section des ressources en eau des Nations unies, le bassin de rétention n'a pas été construit par des spécialistes mais par OGML elle-même.
Après «la pire catastrophe environnementale à avoir jamais frappé la Guyana», des militants environnementaux et sociaux du monde entier ont rapidement appuyé les 23 000 victimes habitant la «zone de désastre environnemental» tel que définie par le président de la Guyana, Cheddi Jagen.
Après de nombreuses tentatives pour rencontrer Cambior afin de négocier une entente équitable, RIQ a demandé l'autorisation d'instituer une action collective en Cour supérieure du Québec pour des dommages personnels de 69 millions $, et pour remédier aux dégâts environnementaux dus à ce désastre.
Tout compensation sera utilisée pour créer un Fonds de développement durable au bénéfice des 23 000 victimes de la région de l'Essequibo et pour faire le suivi de la santé des résidents affectés.
Sachez que Cambior, malgré le profond impact de ce désastre, n'a payé, à ce jour, que 90 000 $ aux résidents locaux.
Nous aimerions aussi, en ce qui concerne l'attitude de Cambior vis-à-vis les droits humains, attirer votre attention, non seulement sur le désastre d'Omai mais aussi sur son projet minier au Surinam et sur son embauche de Carol Mathieu comme directeur de la sécurité internationale de la compagnie.
M. Mathieu était le comandant du régiment aéroporté en Somalie. Sous son autorité, un Somalien a été torturé à mort et un autre sévèrement blessé. Le Toronto Star a rapporté que M. Mathieu, six jours avant ces tragédies, avait ordonné à ses hommes de «tuer ces bâtards et on va vous couvrir.»
Nous croyons qu'il est impératif que Cambior non seulement instaure une gestion environnementale mais qu'il en arrive à une entente équitable avec les victimes du désastre d'Omai. Nous vous demandons donc de bien évaluer toute décision de financer le projet de la Granja ou tout autre similaire.
Les militants environnementaux et sociaux vont soupeser sérieusement la possibilité de boycotter toute institution financière qui financerait ce projet jusqu'à ce que Cambior ait réglé d'une façon satisfaisante le désastre d'Omai et ait établi une saine gestion environnementale et des pratiques compatibles avec les droits humains pour toutes ses opérations.
[ ] Notre but n'est pas d'arrêter les opérations minières de Cambior mais de s'assurer, de façon indépendante, qu'elle respecte l'environnement locale et les résidents avoisinant ses installations. [ ]
RIQ lance un appel urgent à tous les environnementalistes et aux militants pour les droits sociaux de l'appuyer dans sa lutte contre la demande d'injonction et pour lui permettre de poursuivre sa demande d'action collective. Cette injonction vise à empêcher RIQ, Dermod Travis ou «tout autre personne ou corporation» de parler directement ou indirectement avec quelque banque, institution financière ou agent mobilier que ce soit «dans le but de persuader, un ou plusieurs d'entre eux, de ne pas faire affaire avec Cambior.» Cette injonction empêcherait tout militant de discuter du cas Cambior avec les média.
Recherches Internationales Québec
901 de Bleury, Suite 380, Montréal (Qc) H2Z 1M3
(514) 393-3883 ; Fax (514) 393-3398 ; E-Mail pira@axess.com
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