ALENA ET MILITARISATION
par Benito Rojas
Dans le modèle de l'autre de côté de lAtlantique , le Mexique est et a été présenté par son associé nord-américain, les États-Unis, comme un exemple et un site de diffusion et des nouvelles relations avec lAmérique latine. Au Mexique, avec de libre échange (ALENA ), des relations de domination et d'enrichissement d'une petite couche de la société sont en train de se mettre en place, laissant la majorité de la population dans des conditions difficiles, pour ne pas dire dans l'esclavage, comme l'affirme un haut responsable des finances du Legal research international , Christopher Whalen. « La relation économique entre les pays du nord est inégale et le Mexique est notre colonie. Nous sommes un empire colonial. Le Mexique est notre plus grand holding. »
Néolibéralisme et intervention
L'objectif des néolibéraux, made in Mexico, semble bientôt atteint sans gros problèmes. En plus de la Société de télécommunication du Mexique (Telemex ), déjà privatisée, on progresse dans la vente partielle de la pétrochimie, ce qui ouvre la porte aux privatisations totales d'autres secteurs stratégiques (chemins de fer, électricité, ports et aéroports). Cuauhtemoc Cardenas, candidat à la présidence de la République pour le PRD, est prêt à dire qu'« il existe des pressions étrangères, mais aussi un groupe qu'on pourrait qualifier de collaborateurs ». Lex-président, Carlos Salinas a modifié la constitution pour en faire un cadre de lois subordonné à lAlena. José Luiz Manzo (prix d'économie 1997) et ex-fonctionnaire des Pétroles mexicains, Pemex) affirme quactuellement, le gouvenement « confond les produits pétroliers de base et secondaires pour violer la constitution et se rattacher à lAlena ». Dans un pays où la plus grande partie de la population vie de l'agriculture, « la goutte d'eau qui fait déborder le vase » a été la réforme de l'article 27 de la constitution. Le 7 novembre 1991 pour respecter les exigences de lAlena et les accords néolibéraux du FMI le nouveau texte de l'article 27 légalisait les grandes propriétés en déclarant qu'il n'y avait plus de terres à distribuer aux pay- sans et indigènes, qui l'exigeaient depuis des années, et facilitait la privatisation des terres ejidales et communales. En ajoutant à cela l'article 704 de lAlena qui interdit les subventions sur les produits de la terre, on voit que les appuis aux paysans pauvres se réduisent en peau de chagrin. Avec ces nouveaux textes les grands propriétaires se trouvent renforcés, condam nant une grande partie de la population paysanne et indigène à un futur incertain (augmentation de l'émigration vers les grandes villes et miroir aux alouettes nord- américain), où seule la mort est garantie pour des millions de paysans qui sont en concurrence avec les puissances écono- miques mondiales. La condamnation est assurée aux millions de chômeurs, issu de la fermeture de milliers de petites et moyennes entreprises incapables de concurrencer celles du nord. La poitique néolibérale, pendant plus de dix ans, garantissait aux partenaires du nord que les conquêtes de la Révolution de 1910 et de lÉtat « providence » issu de cette révolution étaient en train d'être enterrées.
Racisme et colonialisme
Alors que les frontières mexicaines s'ouvrent, les gouvernements des États-Unis renforcent leurs lois racistes en durcissant celles sur l'immigration afin d'éviter la contamination mexicaine. Le journaliste nord-américain, Royko-prix Pulitzer de journalisme demande dans le Chicago Tribune que les États-Unis envahissent le Mexique, qui est « un pays inutile », n'ayant rien apporté d'utile à la planète depuis le début du siècle, excepté le breuvage enivrant nommé «tequila ». Il faut donc le conquérir pour en faire « une colonie avant que toute sa population ne vienne se faufiler à travers notre frontière » On demande un nouveau mur de Berlin, mais auparavant, on exige la remise de la Basse Californie pour le paiement aux États-Unis du prêt de 1995. Bill Clinton assure dans son livre Quand histoire et espoir se rencontrent que «le prêt était remboursé bien avant la date convenue » - et cela « en assurant un gain de 500 millions de dollars ». Cette ambiance de profit, avec la mort des autres et la xénophobie, fait partie de la stratégie de guerre de basse intensité (guerre psychologique). Il faut donc prendre au sérieux la proposition-fiction de lex-chef du Pentagone, Caspar Weinberger, quand il présente dans son livre Prochaine guerre un scénario d'invasion du Mexique en 2003 « si un gouvernement radical assume le pouvoir, Washington est prêt à envahir le pays et à même bombarder la capitale », tout cela avec le prétexte de la lutte contre le trafic de drogue, ce qui rappelle le scénario de propagande évoqué par la grande nation de la liberté pour occuper le Panama.
Alena et révolte
L'application de lALENA, signé entre les trois pays du nord (Mexique, États-Unis, Canada), étaient prévue pour le janvier 1994. Personne ne soupçonnait la voix de ceux d'en-bas (ceux du sous-sol, comme le dit le sous-commandant ) qui s'organisaient pour dire « Basta! » à plus de 500 ans de misère et de mort. L'apparition en première ligne et comme mémoire de la résistance, des Indigènes mexicains (comme ils le disent eux-mêmes : « nous sommes évidemment Mexicains et Indiens par notre histoire ») avec lArmée zapatiste de libération nationale ) a contré la passivité dont faisait preuve la société civile et un secteur de l'opposition au modèle néolibéral. Avec le cri de « non à lAlena», les indiens mexicains et se sont opposés directement aux desseins nord-américains, ouvrant une parenthèse dans l'application des accords.
La crise ouverte par l'apparition de lEZLN, au lieu d'éviter un nouveau vol des richesses nationales avec un nouveau système politique démocratique, a provoqué l'utilisation de méthodes autoritaires, des assassinats politiques et des arrestations de militants, ainsi qu'une militarisation de type Cono sur, comme modèle économique, avec l'appui de moins en moins voilé des États-Unis. La ligne dure à l'intérieur du PRI a choisi la solution violente, et dans l'opposition, on compte, pendant les deux ans de présidence dErnesto Zedillo, dans les seuls rangs du PRD, 150 assassinats de dirigeants. Les assassinats politiques de Luiz Donaldo Colosio, candidat du à la présidence en 1994 et du secrétaire général du PRI, Francisco Luiz Massieu, montrent un scénario d'horreur à l'intérieur du PRI, avec ses règlements de compte et une odeur de mort qui commence à se répandre.
Service d'intelligence militaire
L'intervention des services de la CIA, du Pentagone et la militarisation du pays ont été la règle. LEZLN n'a pas seulement dérangé le gouvernement mexicain en révélant un système politique en pleine décomposition. Pendant plus de 65 ans le PRI a réussi à se maintenir au pouvoir grâce au clientèlisme, à la corruption et à la fraude, tout cela sur les conseils et d'après les plans interventionnistes, qui devaient être légitimés par lAlena . Jack Cope, colonel à la retraite et professeur à l'université de la défense du Pentagone confirme cette thèse, en affirmant que le principal axe stratégique des États-Unis, après lAlena, sera de convaincre le Mexique que les voisins du nord n'étaient plus un adversaire interventionniste mais un allié de confiance important et partageant les mêmes intérêts nationaux.
On sait que l'espionnage au Mexique n'est pas nouveau. Les grands ont toujours surveillé ce qui se passait sur le territoire national . Entre 1965 et 1969, la CIA avait un bureau à en liaison directe avec la Maison blanche. Le journaliste Pascal Bertran del Rio a révélé que Winston Scott, agent de la CIA au Mexique, avait eu des relations très étroites avec trois présidents mexicains , Adolfo Ruiz Cortines, Lopez Mateos et Diaz Ordaz à une époque d'importante répression des mouvements sociaux (enseignants, cheminots et étudiants) qui s'est soldée par des interventions militaires. Dans cette analyse nous pouvons constater que Winston Scott avait une grande influence à « los Pinos » (résidence présidentielle), protégé par le président Diaz Ordaz (président en fonction en 1968, au moment des massacres de la Place des trois cultures à Mexico). Winston Scott entretenait une étroite collaboration avec le gouvernement mexicain et jouissait d'appui opérationnel dans tous les secteurs. D'après un autre livre, d'un agent déserteur de la CIA, Philip Agee, on sait que Diaz Ordaz était très proche de la CIA depuis sa nomination comme secrétaire du gouvernement de Mateos.
L'intervention des États-Unis au Mexique continue. Les assassins de l'agent de lAgence anti-drogue des États-Unis (DEA), Enrique Camaena, en 1985 à Guadalajara, étaient des informateurs payés par la CIA, a affirmé dans une conférence de presse, Celectino Castillo, agent de la DEA de 1972 à 1992. Celui-ci s'est déplacé au Mexique pour montrer des documents sur la supposée implication de la CIA dans le trafic d'armes et de drogues destinés à appuyer la Contra au Nicaragua pendant la présidence de Ronald Reagan.
Le Mexique, une partie du continent
Le soutien des dictatures militaires en Amérique latine et l'utilisation de la guerre de basse intensité ont été des méthodes anti-insurrectionnelles que le Pentagone a enseignées aux militaires latino-américains. Un officier nord-américain à la retraite, Joseph Blair, a dit que le centre de formation des militaires latino-américains était «lÉcole des Amériques ». Des documents révélés par le Pentagone montrent les techniques enseignées dans cette école : la torture, l'exécution des opposants, lextorsion et autres méthodes qui violent les droits de l'homme. Les manuels utilisés montrent comment recruter des informateurs par l'intimidation, la rémunération des assassins d'opposants, l'exécution sommaire, l'usage du sérum de vérité, l'instauration de la terreur au sein des opposants afin de diviser et démobiliser, ainsi que la guerre psychologique visant à épuiser et diviser les militants. Les données du Pentagone mentionnent quenviron 60 000 militaires latino-américains ont été entraînés à ces techniques de défense depuis que les États-Unis ont initié ce processus en 1964, au Panama (ensuite transposés en Géorgie pour combattre la « menace communiste »). Parmi les militaires passés dans cette « école des dictatures » (comme l'a baptisée le sénateur démocrate Joseph Kennedy, qui ne cesse de demander sa fermeture) on trouve de nombreux officiers connus pour leurs viola tions des droits de l'homme : le major salavadorien Roberto dAubuisson, connu comme chef des Escadrons de la mort qui ont assassiné des milliers de militants sociaux et syndicaux, de paysans, étudiants et religieux ; ou encore le général Manuel Antiono Noriega, actuellement en prison aux États-Unis.
Les bottes militaires comme pouvoir
Quand William Perry, ministre de la défense nord-américain s'est rendu au Mexique en octobre 1995, il a levé le voile. Il a confirmé devant 10 000 soldats mexicains le cauchemar, annoncé par Marcos au Président Zedillo en affirmant que la sécurité nationale entre son pays et le Mexique était le « troisième lien », et que l'objectif de sa visite était de renforcer les étroites relations où « on a déjà deux bases fortes dans nos liens politique et économiques ». Donc en plus de l'intervention « clandestine » CIA-DEA ) et de l'instruction militaire, les relations entre les États-Unis et le Mexique se sont formalisées avec les déclarations de William Perry qui a affirmé que le gouvernement nord-américain avait suggéré à plusieurs reprises la possibilité de réaliser conjointement des manoeuvres militaires. Immédiatement après ces déclarations, le ministre des affaires étrangères mexicain a démenti en précisant que la coopération entre les deux pays « ne comprend en aucun cas des manoeuvres conjointes », mais « exclusivement » la modernisation du matériel militairre, des entraînements militaires et une coopération dans la lutte contre le trafic de drogue, ainsi que contre les catastrophes naturelles. Ainsi, le 20 novembre, le transfert de 20 hélicoptères Uhi-Huey a commencé vers le Mexique pour la lutte contre le trafic de drogue (53 autres seront livrés en 1997). Cependant, les représentants du congrès des États-Unis et le département dÉtat disposent d'un rapport montrant que ce matériel militaire était utilisé dans le Chiapas. Le directeur du Washington Office on Latin America a envoyé une lettre au ministre de la Défense nord-américain où il dénonce cette situation, avertissant que le rôle de l'armée mexicaine était de plus en plus important dans les affaires de sécurité publique. Le danger est évident, en effet, à chaque instant que le centre du pouvoir ne se déplace vers les bottes militaires, réclamées à grands cris par quelques nostalgiques, effaçant tout espoir d'un Mexique démocratique épris de justice et liberté.
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