Vers la dictature des juges
Il faut relire et méditer cette citation d'un juge ontarien en janvier 1996 interdisant aux Amis des Lubicons de l'Ontario de faire campagne contre la papetière japonaise Daishowa, interdiction maintenu en juin dernier par la Cour suprême du Canada qui refusait d'entendre l'appel des Amis des Lubicons :
« le domaine privé et que le droit de Daishowa de commercer librement surpassait le droit des Amis des Lubicons à la liberté d'expression...»
En clair, cela veut dire que l'ALÉNA, la CÉAP (APEC) et l'OMC l'emportent sur la fameuse Charte canadienne des droits et libertés dont fédéralistes usent et abusent contre le droit de la nation québécoise à s'autodéterminer.
On devrait remercier les juges de réaffirmer haut et clair le droit absolu de la propriété privée sur le droit des gens, de la dictature du capital sur les libertés fondamentales. C'est ce qu'on appelle envoyer se rhabiller Trudeau et consorts, dont Jean Chrétien, qui ne cessent d'invoquer la préséance des libertés individuelles sur les droits collectifs et sociaux. Il est bon que de temps à autre le singe montre sa queue. Heureusement pour les juges qu'ils peuvent compter sur les monopoles des médias moins d'une dizaine dans l'État canadien en comptant généreusement pour taire ce matraquage juridique d'une petite nation autochtone de l'Alberta appuyé par une poignée de démocrates de l'Ontario, du Québec et d'ailleurs.
Mais la mansuétude des juges pour la propriété ne sauraient se contenter d'aussi peu. Le bras répressif de la «justice» ne s'est pas gêné pour mitrailler et bombarder, littéralement, ces militants aborigènes de la Colombie britannique qui occupaient pacifiquement, pour des fins religieuses, leurs terres traditionnelles, au lac Gustafsen, accaparées par un rancher américain. Et qui les juges ont-ils condamné pour cet outrancier abus de force qui n'a pas fait de mort que par une chance inouïe ? Les occupants pacifiques mais qui avaient osé violer la sacro-sainte propriété privée. Les tribuneaux bourgeois sont toujours prêt à pardonner le viole d'une femme, mais la propriété privée, que voilà un crime de lèse-majesté.
Mais les juges ont filé beaucoup plus doux contre les Innu et Inuit du Labrador et du nord du Québec qui se sont mobilisés en masse pour bloquer les travaux entrepris par la transnationale Inco à Voise Bay, le premier producteur mondial de nickel, et ses sous-traitants. Ces non-élus souvenons-nous que seul le premier ministre du Canada nomme les neuf juges de la Cour suprême isolés dans leur tour d'ivoire, ont peur du peuple mobilisé, encore plus que les «élus» de l'Argent dans nos parlements, parce qu'ils ont encore moins l'habitude qu'eux de la manipulation des foules mais surtout parce qu'ils se rendent compte de l'illégitimité de leur pouvoir en termes de «droit bourgeois».
Mais ce sont des gens mesquins et vengeurs, sous leur toque de grands légistes au-dessus du commun des mortels. L'incroyable mobilisation armée des Mohawks, durant l'été 1990, les avait empêché de prononcer toute condamnation malgré qu'il y ait eu mort d'un agent de la répression. Tapis comme des renards, ils ont attendu que la communauté s'assoupisse pour frapper le plus vulnérable d'entre eux, Ronald Cross. Évidemment, ces messieurs ne sauraient tolérer qu'un de leur auxiliaire, chargé des job de bras, ne soit condamné pour ses basses besognes, dut-il y avoir mort d'homme. Surtout que ce policier ontarien, ou ses confrères, aurait pu en révéler pas mal sur les pressions des élus ontariens à Ipperwash.
Et dire que la Cour suprême, enrobée de sa Constitution et de sa Charte que les fédéralistes lui ont donné en 1982, sans référendum et contre l'assentiment du Québec Charte qu'elle envoie aux orties quand elle ne fait pas son affaire se transforme de plus en plus clairement en direction politique de l'État canadien. Même le conseil des ministres, qui se fout de la chambre élue depuis belle lurette, devient le gestionnaire au jour le jour du tandem dictatorial monopole-tribunaux qui se partage la direction stratégique de l'économie et de la politique. Même les sénateurs, eux aussi non élus, s'essaient pathétiquement à narguer la Chambre des Communes de temps à autre.
Et ce sont ces juges qui vont bientôt trancher le grand débat politique de l'État canadien depuis une génération, qui vont déclarer que le droit à l'autodétermination de la nation québécoise est anticonstitutionnelle, c'est-à-dire qu'il est, en droit bourgeois, antidémocratique. Faut-il ajouter que la seule réponse qui pourrait raisonner ces grands raisonneurs serait une mobilisation à la Mohawk du peuple québécois. On peut être certain que juges et partitionnistes se tasseraient vite. Mais pour cela, il faut rompre avec la direction PQ-Bloc-Partenaires de la souveraineté du mouvement national qui démobilise en grande le peuple québécois depuis la grande frousse du référendum d'octobre 1995.
Et Dieu sait que ça commence à presser de sortir de cette prison des peuples qui se mue pas à pas en dictature à façade démocratique «la meilleure au monde», pour l'instant préservé du pire par une reprise économique importée des ÉU, qui lui se sert de tous ses pouvoirs de gendarme du monde pour rester à flots.
Marc Bonhomme
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