Éditorial
Répondre à la
globalisation capitaliste par en haut
par la globalisation ouvrière par en bas
La lutte des débardeurs congédiés de Liverpool (voir article ailleurs sur cette page électronique) est exemplaire et prémonitoire à plus d'un égard. Son point de départ a été une question de solidarité ouvrière envers des collègues congédiés, ce qui est déjà peu fréquent en nos jours néolibéraux qui ont tellement renforcer repli sur soi et individualisme. Son mode organisationnel, dès le départ, en a été un de démocratie directe ouvrière par des assemblées générales fréquentes et une direction de délégués syndicaux. Cela n'est plus tellement habituel non plus en ces temps de concertation qui exige des accords par le haut à l'insu de la base ou en la trompant par une habile désinformation (ex. le déficit zéro).
À souligner aussi, et particulièrement, la solidarité homme-femme complète où le pouvoir des conjointes est égal à celui de leurs compagnons. Le résultat, doit-on s'en surprendre, en a été une pleine participation des femmes au conflit y compris lors des multiples tournées internationales. Mais finalement la grande originalité de ce conflit, quelque soit son éventuel aboutissement, aura été son internationalisme à la base. Cet internationalisme, qui rappelle dans son esprit celui de la Première Internationale (l'Internationale des travailleurs), aura été rendu possible par la conjugaison inattendue de la solidarité ouvrière et des plus récents développement des forces productives que sont les communications électroniques et la rapidité des transports, y compris leur relatif bon marché. C'est peut-être une première mondiale que ces travailleurs et travailleuses à la base qui communiquent et échangent directement, virtuellement et physiquement, à travers toute la planète, à l'occasion d'une lutte.
Cette toile naissante de solidarité mondiale est, pour le moment, des plus précaires. Rien ne garantit une issue heureuse. Ces travailleurs et travailleuses à la base sont passablement faibles contre la gigantesque alliance des grands monopole maritimes, dont notre Canadian Pacific, des grands médias qui taisent ou minimisent cette lutte quand ils n'ont pas le choix d'en parler et, last but not not the least, des bureaucraties syndicales qui abandonnent ignominieusement ces travailleurs qui les engraissent de leurs cotisations syndicales, auxquels il faut ajouter leurs alliés sociaux-démocrates faudrait-il dire désormais néo-sociaux-démocrates en passant au New Labour britannique qui, à son récent congrès, vient de balayer les droits sociaux en faveur du devoir de travailler.
C'est là la globalisation ouvrière naissante qui répond à la globalisation capitaliste déjà passablement aguerrie (mais encore très loin d'être achevée). Il est à souhaiter que le syndicat des débardeurs du port de Montréal, après avoir été l'hôte de la Conférence internationale de mai dernier, ne s'assoupisse pas comme il semble l'avoir fait ce 8 septembre dernier à l'occasion de la seconde journée internationale de solidarité (puisse-t-il aussi nourrir leur site web par autre chose que des beaux logos et des photos). Si cette tactique des journées internationales de solidarité parvenaient à paralyser les principaux ports du monde en même temps pendant 24 heures, l'impact sur la psychologie ouvrière n'en serait pas négligeable. Plus efficace, peut-être, est cette nouvelle tactique, mise en application par les débardeurs de la côte Ouest américaine, de cibler un navire dont on empêche le déchargement.
S'ébauchent dans ce conflit les formes organisationnelles et les tactiques des luttes ouvrières de grande envergure de demain si le prolétariat mondial veut venir à bout du capitalisme mondial. On voit pointer à l'horizon le grand cri enfin réalisé du Manifeste : «Prolétaires du monde entier, unissez-vous».
Marc Bonhomme
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