Le rapport sur
lendettement étudiant
Écoeurant et prévisible
Par Josée Larouche et Sacha Alcide
Calixte
Étudiant-e du Cégep de Limoilou, Campus Charlesbourg
9 octobre 1997
Attendez, je cherche le mot juste. Décevant? Ça dépend toujours de ce à quoi on s'attendait. Écoeurant? Ça nous a donné mal au coeur un peu, c'est vrai... Désespérant? Prévisible? Prévisible...
Le rapport Montmarquette sur l'endettement étudiant, officiellement intitulé " De la remise de l'aide financière au remboursement: la vigilance et la souplesse sont de rigueur " s'inscrit parfaitement dans la politique néolibérale de gestion de l'économie préconisée par notre gouvernement. Il est tout ce à quoi on pouvait s'attendre de la part d'un comité chargé de " proposer différentes hypothèses touchant de nouvelles modalités de remboursement de la dette d'études''. Considérant sans même s'en cacher l'éducation comme composante du processus économique, il constitue un parfait exemple d'une analyse de problème qui pêche par son manque de perspective, d'audace et d'ouverture d'esprit. En bon élève docile et capable, ce comité mis sur pied en décembre 1996 à la demande de la ministre de l'éducation Mme Pauline Marois s'est acquitté de sa tâche, mais seulement de celle-ci malheureusement, avec conscience et efficacité, ne lésinant pas sur les moyens à employer pour rendre leurs recommandations les plus concluantes possibles, étayant celles-ci des statistiques les plus diverses. Ayant suivi à la lettre l'esprit de leur mandat, on ne peut reprocher à M. Montmarquette et à ses acolytes d'avoir mal fait leur boulot.
Mais revenons un peu sur la tâche du comité. " Proposer différentes hypothèses touchant de nouvelles modalités de remboursement de la dette d'études. "
Il faut savoir qu'entre 10 et 15% des bénéficiaires de prêts et bourses éprouvent des difficultés de remboursement. Cette situation semble donner bien des maux de tête à notre gouvernement qui y voit sans doute une sortie de fonds inexcusable que l'on doit enrayer au plus vite. Sortie de fonds inexcusable... que dire alors de tous ces argents cachés grâce aux précieux abris fiscaux, ou encore du faible taux d'imposition dont bénéficient les grandes compagnies ? On oublie bien facilement qu'entre 85 et 90 % des bénéficiaires de prêts et bourses sont de bons payeurs.
Le comité met énormément l'accent sur l'importance de faciliter la réussite scolaire dans les délais prescrits. Premièrement, les délais prescrits sont-ils réalistes dans les conditions de vie actuelles? Deuxièmement, ce n'est sûrement pas en recommandant que les droits spéciaux de 2$ l'heure versés par les étudiants et les étudiantes du collégial pour leurs cours non réussis (taxe avec laquelle nous sommes déjà en désaccord) ne fassent pas partie des dépenses admises du programme de prêts et bourses.
Depuis quand facilitons-nous une situation en employant des mesures administratives négatives? Il serait bien plus logique de se demander et de découvrir la raison réelle de la prolongation des études et de l'échec. Il serait temps que le gouvernement réalise que l'aide financière accordée aux étudiants-es autonomes est insuffisante et emprisonne ces gens dans des conditions de vie se situant sous le seuil de la pauvreté. Ces personnes sont dans l'obligation de travailler pour vivre décemment. Il est maintenant difficile de travailler et de donner un rendement maximal à ses études. C'est une des raison qui nous fait dire que le rapport Montmarquette favorise une fois de plus la population la mieux nantie. Un autre exemple de cela est la recommandation de mettre en oeuvre un programme étude-travail pour les plus démunis. Quelle chance! Désormais, les étudiants et les étudiantes les plus pauvres seront tout de suite identifiable.
Revenons encore sur la manière de faciliter la réussite. Une autre des recommandations du comité se lit comme suit: que la programme de garantie de prêts pour l'achat d'un micro-ordinateur soit réservé aux bénéficiaires du programme de prêts et bourses. Et la suivante recommande que l'étudiant ou l'étudiante commence à effectuer le remboursement du prêt un mois après avoir reçu le certificat du prêt. Chèrs-es confrères et consoeurs étudiants-es, payons nos dettes et trouvons ensuite le temps d'étudier!!! L'étudiant qui se doit d'être à la fine pointe de la technologie pour répondre aux exigences de sa formation n'a pas droit à l'aide financière qui lui permettrait de réussir dans les meilleures conditions à moins qu'il ne soit déjà endetté. Si vous trouvez la logique, venez-nous l'expliquer.
Conclusion ? Le rapport Montmarquette ne changera rien, ou alors pas dans le sens où l'on voudrait qu'il le fasse. Toujours dans le même esprit, ne faisant que déshabiller Saint Pierre pour habiller Saint Paul. Il n'est bon qu'à prouver encore une fois le refus systématique de notre gouvernement à s'attaquer au vrai problème, soit l'optique dans laquelle s'effectue la gestion de l'économie. L'insulte faite au peuple en utilisant les fonds publics pour produire un rapport ne visant qu'à l'opprimer davantage est grossière et ne fait qu'entretenir davantage le questionnement sur les mesures à prendre face à un gouvernement si hypocrite qu'il se méprend sur la finalité de son propre rôle: être à l'écoute du peuple.
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