Le partitionnisme, un intégrisme nationaliste à combattre

Par Marc Bonhomme

Quel rapport y a-t-il entre la la province de Montréal proposée par le justicier Guy Bertrand, le transfert des vols aériens internationaux de Mirabel à Dorval, la concentration d’une grande partie de l’industrie de la haute technologie dans l’ouest et le nord-ouest de l’Île de Montréal et l’assaut des conseils municipaux de l’ouest de l’Île de Montréal par les partitionnistes, en particulier sur Lachine, Lasalle et Verdun ?

Il y a là un plan clair de création d’une Ulster high-tech débarrassé d’un arrìère-pays francophone dépendant de ressources naturelles dilapidées (forêts, ressources halieutiques) ou dont la propriété lui serait contestée (hydroélectricité) où se retrouveraient, à Laval, à Longueuil, à Québec, quelques enclaves de haute technologie qui bénéficieraient d’une main-d’oeuvre formée relativement bon marché.

Ce qu’il faut aux industries aérospatiales, électroniques et pharmaceutiques de la province de Montréal c’est moins un port qu’elles n’auront pas, qu’un aéroport international pour transporter leur composantes et produits finis à haute valeur ajoutée par unité de volume, et leur personnel cosmopolite jet-set. Mais il leur faudra aussi un lien routier avec les ÉU et l’Ontario, tant pour des raisons économiques que politiques et psychologiques.

L’annexion de Lachine et de Lasalle, peut-être de Verdun et de Pte-St-Charles, tous à majorité fédéraliste, leur assurerait le contrôle du pont Mercier. Moyennant alors une alliance avec la nation Mohawk, la nouvelle province s’assurerait le contrôle de l’autoroute 15 vers l’État de New-York à travers une zone rurale à majorité fédéraliste. S’il n’était pas possible d’annexer la région fédéraliste de Vaudreuil, pour se lier à l’Ontario par la 417, il serait toujours possible de contourner le problème par la très fédéraliste région de l’Outaouais dont le noyau urbain dépend économiquement du fédéral.

Une telle province de Montréal se justifierait, aux yeux de ses partisans, par leur volonté de rester Canadiens contre, éventuellement, le choix de la majorité des Québécois. Leur refus d’adhérer à la règle de base de la démocratie bourgeoise, celle de la volonté de la majorité, s’appuie, en dernière analyse, sur un ultra-chauvinisme anti-québécois qui les emmène à refuser leur réalité de minorité nationale au sein de la nation québécoise, qu’il ne reconnaisse d’ailleurs même pas, en faveur du statut d’un bastion de privilégiés de la nation dominante au sein de la nation conquise.

Du chauvinisme à l’intégrisme nationaliste

Ce refus de l’Autre (nation) au nom d’une mythique nation canadienne – non-conforme à l’histoire – encadrée par une Constitution et une Charte des droits sacrées – intouchables à moins d’accord quasi unanime – au sein d’inviolables frontières – nécessitant de punir ceux dont on ne peut pas empêcher qu’ils les violent – font du partitionnisme un intégrisme nationaliste.

(Les nationalistes québécois qui plaide l’intégrité territoriale du Québec, donc qui refuse la pleine reconnaissance des nations aborigènes, bien que bénéficiant des circonstances atténuantes de la résistance à l’oppression et du caractère démocratique bourgeois de leur projet, sont teintés par cet intégrisme nationaliste qui, tel un cancer naissant, menace et contredit leur volonté libératrice.)

Le partitionnisme, en plus de participer à l’intégrisme, réunit en plus quelques caractéristiques du fascisme : une base de classes moyennes (petite-bourgeoise et classe ouvrière supérieure), l’appui ouvert ou tacite de représentants politiques et médiatiques (Chrétien, Dion, Black) de la grande bourgeoisie, une idéologie ultra-chauvine et un populisme de droite pour charrier les exclus de langue anglaise et non-francophones, et les Autochtones ; et une politique de découpage territoriale à base ethnique qualitativement différent du projet national rassembleur de la majorité du peuple québécois, tel qu’il s’est révélé lors du débat sur le projet de société précédant la dernière campagne référendaire.

Il manque aux dirigeants partitionnistes des troupes de choc et une volonté de nettoyage ethnique. Mais sans cette volonté, comment ses partisans les plus extrêmes imposeront-ils un corridor le long de la frontière américaine jusqu’au Nouveau-Brunswick ?

Un combat à mener

Ce mouvement doit être combattu avec la dernière des énergies. Le PQ est complètement décontenancé devant ce mouvement réactionnaire qui ne correspond ni à son image de l’adversaire – des gentlemen respectueux du jeu démocratique bourgeois – ni à son projet de partenariat à base de concessions et de compromis de part et d’autre. Il lui laisse donc le champ libre, se réfugiant derrière une morgue méprisante pour cacher son impuissance, et abandonnant à leur sort de courageux mais isolés Franco-Ontariens et Québécois, en grande partie fédéraliste d'ailleurs, de l’ouest de l’Île de Montréal qui ont su infliger des défaites tactiques à ces ultra-chauvins dans le comté de Prescott-Russell, à Lachine, à Lasalle et à Verdun.

Ce vide politique du côté indépendantiste laisse la porte ouverte à une réaction nationaliste québécoise droitière qui a déjà commencé à se manifester autour du groupe marginal de l’ex-felquiste Villeneuve. Il n’y a rien de dramatique pour l’instant mais, comme le dit la sagesse populaire, il faut tuer le mal dans l’oeuf. Répondre à la réaction par la réaction ne détachera pas les bases ouvrières et populaires non-francophones des directions partitionnistes. Au contraire. Par contre, le programme de libération nationale du Parti de la Démocratie Socialiste répond aux besoins et inquiétudes de ces bases.

Mais comment le faire connaître d’abord aux éléments les plus progressistes des milieux allophones et anglophones, inquiets eux aussi de la tournure des événements ? Le groupe Alternatives de Montréal a su développer des racines dans ses communautés. Des militants et militantes du PDS et de Gauche socialiste sont membres et, certains, actifs dans cette organisation. D’autres travaillent dans des milieux anglophones populaires.

N’y aurait-il pas lieu de poser la question, au sein d’Alternatives et ailleurs, sur la nécessité d’animer un débat au sein des communautés culturelles de Montréal à propos de comment se sortir du dangereux cul-de-sac dans lequel s’enlise l’éternel débat constitutionnel et des conséquences potentiellement dramatiques de ce pourrissent pour les relations entre les Québécois de souche et les Néo-Québécois ? N’y aurait-il pas lieu, aussi, pour le PDS, de prendre position sur le mouvement partitionniste et sur tout le plan B dont ce mouvement est le fer de lance, de créer des contacts officiels en milieu néo-québécois, aborigène et canadien-anglais ?

À être figé par la peur ou la consternation devant la montée du partitionnisme, non seulement on laisse un monstre se développer mais on finit par en trouver sympathiques les chauvins modérés comme la Cour Suprême qui, dans un langage sirupeux et cajoleur, vient de donner raison aux Libman et Grey qui sont les premiers à prendre le chemin tracé au bulldozer par les partitionnistes. Mais est-il modéré ce jugement qui, sous prétexte de changer un détail, détruit un des fondements des plus démocratiques de la loi référendaire, soit la limitation réelle du pouvoir de l’Argent à dépenser de façon illimitée ? Dorénavant, à condition d’y mettre les formes, la bourgeoisie, fédéraliste jusqu’au bout des ongles, pourra écraser de campagnes publicitaires le camp des désargentés.

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