Au-delà du bout de la route
Depuis une génération, nous avons suivi la voie où nous guidait le Parti Québécois le parti du peuple québécois. Au long des jours de cette longue marche, nous avons souvent douté de la terre promise. Maintes fois, nous avons rebroussé chemin. Mais où aller ? Quelques-uns, au coin des froids bivouacs, parlaient de chemins à débroussailler à coup de hache menant à des paradis d'égalité et de liberté. Mais ceux qui en étaient revenus évoquaient de glacés jardins de fer. Sans issu, nous nous sommes alors remis en route derrière ces chefs qui s'étaient flanqués devant, au départ du grand voyage.
Marcher, marcher valait mieux que l'infinie tristesse.
Cette route, on nous la promettait radieuse et droite. Il nétait question que de nombreuses étapes. Qu'importe, disions-nous, nous sommes faits de frêne et de chêne. Mais pourquoi ce détour sans fin dans ce pays bleu qu'on dit nôtre ? Est-il nôtre ce pays où, pour ne pas être laissés ventre creux et grelottant sur le bord du chemin, il nous faut construire des palais pour ensuite y servir aux banquets de nos chefs ? Et qui sont ces invités au festin qui veulent nous garder dans leurs rouges prisons ? « Au bout de votre franc chemin, nous répondent nos chefs, il y a l'effroyable tempête : vaut mieux les oignons du Canada. Un jour, ces gens de bien consentiront à notre bonheur. »
Toutes ces sueurs pour rien ! Qu'avons-nous peur du tonnerre et des éclairs quand l'enjeu est la liberté des frères et des soeurs.
À leurs ripailles, entre plan B et plan A, nos chefs avaient supplié association partenariat. Les jeux sont faits dans leur pays-casino : nous sommes les serviteurs, ils sont les maîtres. Ils ne nous avaient pas dit que leur grand soir serait l'antichambre de notre nuit sans étoiles. Mais savent-ils que la force ouvrière, que l'intelligence prolétarienne, que la solidarité populaire peuvent arrêter la course du soleil au crépuscule de l'espoir ? Le savons-nous nous-mêmes, ou plutôt nous le rappelons-nous ? Ces chefs ne sont pas des nôtres. Notre parti est leur parti. Nous sommes orphelins au bout de la route, sans espérance de paradis cuit dans le bec.
Mais nous restent cette soif inextinguible de liberté fraternelle, cette énergie refoulée d'un peuple écrasée prête à éclater comme le volcan de la fin du monde, de leur monde.
Au-delà du bout de la route, nous construirons un Québec libre pour tout le monde. Peuple de défricheurs et de bâtisseurs, cette fois-ci, nous édifierons notre Québec socialiste, pas leur Québec néolibéral. Notre première bâtisse sera de nous donner notre parti qui nous guidera parce que nous le guiderons, notre parti à qui nous obéirons parce qu'il nous obéira. Le fracas du premier moteur à y tourner sera d'avoir enfin voté pour nous autres même.
Ensuite il y aura encore tout un pays bleu à peinturer des couleurs de l'arc-en-ciel.
Celui qui habite l'hiver
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