Bulletin d'octobre des
Marches européennes contre le chômage, la précarité et les exclusions

Dans le mouvement ouvrier et populaire naît un nouvel internationalisme à la base, début de réponse de la classe ouvrière au néolibéralisme. Le zapatisme, les campagnes contre Nike et Walt Disney, la lutte des débardeurs de Liverpool, les euro-manifs contre Renault sont tous des manifestations, à différents niveaux et degrés, des premiers balbutiements de ce nouvel internationalisme d'en bas. Il faut compter aussi sur la suite des Marches européennes contre le chômage du printemps dernier – nous avons publié leur manifeste dans notre dernière édition Internet heddomadaire – qui se donnent de nouveau rendez-vous à Luxembourg le 20 novembre prochain à l'occasion du Sommet européen sur l'emploi. Il faut être des plus attentifs et solidaires de ces militants et militantes de la base qui, sans moyens et en-dehors des circuits bureaucratisés, sont quand même capables de rassembler des travailleurs et travailleuses de plus d'une dizaine de pays.

La Gauche

 

Un nouveau départ à Luxembourg 4 et 5 octobre 1997

Des décisions importantes ont été prises à Luxembourg par les participants de la rencontre du premier week-end d'octobre. Une motion constitutive d'un réseau intitulé Marches européennes contre le chômage, la précarité et les exclusions a été adoptée. La première initiative concrète de ce réseau ouvert et pluraliste a été de confirmer l'appel à la manifestation le 20 novembre à Luxembourg, à l'occasion du sommet européen consacré à l'emploi.

Une centaine de participants, onze pays représentés (Allemagne, Belgique, Danemark, Etat espagnol, France, Grande-Bretagne, Grèce, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Suède), le rendez-vous de Luxembourg de ce début octobre a confirmé la dynamique lancée par les Marches européennes. Le 28 juin dernier, une coordination européenne avait convoqué cette réunion doublement nécessaire. Les questions posées étaient : confirmation de l'évaluation positive du succès de la manifestation d'Amsterdam et quels objectifs pour l'avenir. Le deux mois de marches et la manifestation d'Amsterdam ne pouvaient rester sans suites. Pour cela, il fallait fixer de nouveaux objectifs et décider de conforter le réseau d'information et d'action mis en place sur la base de l'appel de Florence, puis de la contribution revendicative de Bruxelles.

Ouvert et pluraliste

Un texte avait été préparé pour la constitution du réseau, sur la base des discussions de la coordination de Paris, le 28 juin dernier. Les débats de Luxembourg ont dégagé l'idée qu'il devait garder dans son intitulé les termes Marches européennes qui signent notre identité depuis la manif d'Amsterdam. Il ne s'agit pas d'une nouvelle organisation. En particulier, ce réseau n'est pas en concurrence avec les structures syndicales européennes (Confédération européenne des syndicats (CES), ou des mouvements de chômeurs (European Network of the Unemployed (ENU) ou des associations de lutte contre l'exclusion.

Il s'agit d'un réseau ouvert dont les décisions ne sont pas exécutoires par les organisations ou collectifs qui en font partie. Les décisions ne sont pas prises à la majorité mais par la recherche du consensus. Il s'agit d'un réseau pluraliste. Les diversités de situation dans les pays d'Europe, la volonté de rechercher le débat et l'action plutôt que les clivages qui figent les positions de chacun, conduisent à accepter les différences d'approche de l'objectif commun : la lutte contre le chômage, la précarité et les exclusions qui en découlent.

Une grande souplesse de fonctionnement

Le principe du réseau adopté, il est nécessaire de fixer un minimum de règles de fonctionnement et de trouver des moyens financiers. Depuis la préparation des Marches, le secrétariat de la coordination européenne a été confié par délégation au collectif français. Le collectif belge et les Hollandais ont participé autant que cela était possible à ce secrétariat. Ce mode de fonctionnement n'est pas satisfaisant, le collectif français en particulier, le souhaiterait plus multinational car il s'agit d'une lourde charge. Cependant la centralité de Paris, la difficulté de réunir les moyens financiers pour des réunions internationales fréquentes ont amené à reconduire provisoirement le système qui a fait ses preuves jusqu'ici.

Au demeurant, le secrétariat de la coordination européenne n'a pas un rôle dirigeant mais de mise en oeuvre technique des décisions prises collectivement. Il s'agit essentiellement de la circulation de l'information, de la préparation des coordinations européennes et de la coordination des initiatives prises, telle que la future manif de Luxembourg le 20 novembre prochain. La réflexion continue afin de réunir les conditions permettant d'associer les différents pays. Parmi les problèmes à résoudre, celui des traductions n'est pas le moindre. La décision a été prise de communiquer en anglais et en français. A charge pour chaque groupe de langue d'organiser pour l'instant les traductions. Un élargissement est certes souhaitable mais hors de notre portée pour l'instant. Les concours sont recherchés, les aides et idées sont les bienvenues pour un travail qui pour l'heure ne peut être que bénévole.

Le bulletin

Un bulletin est réalisé sur support papier car de nombreux collectifs ne sont pas connectés à Internet. Le présent bulletin a pour titre provisoire : Marches européennes / news (version française et version anglaise). Il a pour fonction la circulation de l'information collectée par le secrétariat européen. L'abonnement constituera la principale ressource financière du réseau. Toute personne, organisation, ou collectif abonné recevra toutes les informations concernant les activités et débats du réseau. Le bulletin (10 numéros par an) sera amélioré, en terme de présentation et de contenu, en fonction des collectes d'abonnements et des besoins exprimés. L'expédition de la version papier représente un coût postal très élevé. Il faut ajouter les frais techniques de rédaction, fabrication et impression. Nous comptons sur les abonnements de soutien pour permettre au bulletin de se développer. La plupart des informations et articles disponibles seront également diffusés par courrier électronique (e-mail). Pour des raisons de change (en attendant l'euro !!), il sera préférable dans un premier temps de collecter les abonnements par pays au sein du collectif national avant de transférer les fonds au secrétariat à Paris.

Initiatives

Les initiatives que devra prendre le réseau des Marches européennes ont été longuement discutées à Luxembourg, début octobre. D'une part nous ne pouvons pas refaire Amsterdam tous les six mois. D'autre part nous devons avoir des objectifs à long terme afin de faire mieux qu'Amsterdam. Une opinion largement partagée est que nous ne pouvons pas nous permettre d'être seulement présent chaque fois qu'un sommet européen est organisé. Dans le même temps, une forte pression est exercée par les collectifs des pays où un sommet est organisé pour que les Marches fassent quelque chose à cette occasion. Comment sortir de cette contradiction ? Disons que la question reste à l'étude, la coordination de janvier aura pour tâche de proposer des éléments de réponse.

Le 20 novembre à Luxembourg

La coordination a cependant considéré que le sommet européen sur l'emploi des 21-22 novembre à Luxembourg était un cas particulier. En effet, il ne nous a pas paru possible de réaliser une mobilisation comparable à celle d'Amsterdam. Cependant, l'évaluation que nous faisons de la Marche du printemps nous amène à penser que nous avons pesé dans la décision prise par les gouvernements de faire quelque chose sur le sujet. Notre propre mobilisation a été un des éléments, avec les changements politiques intervenus en France et Grande-Bretagne, les pressions de la CES, la demande du gouvernement Jospin, ainsi que les mobilisations autour de la revendication du plein emploi à l'initiative du réseau d'économistes européens et celui des parlementaires européens autour de Ken Coates.

Cette évaluation fait bien sûr l'objet de débat, certains considérant notamment que la CES est un obstacle à l'action efficace et unitaire sur la question de l'emploi et des exclusions. Il est toutefois apparu impensable que nous ne soyons pas présents le 20 novembre à Luxembourg. La CES ayant décidé une manifestation européenne, les Marches européennes seront présentes. La mobilisation concernera surtout les régions les plus proches de Luxembourg (dans un rayon de 100 à 200 kilomètres), les collectifs plus éloignés étant invités à envoyer des délégations (avec un renfort possible d'une forte participation italienne, les Britanniques envisagent également une participation).

Cela représente pour les Marches un objectif de 2 000 manifestants, la CES prévoyant pour sa part un cortège syndical de 20 000 personnes. Les syndicats de la CES n'ayant lancé aucun mot d'ordre de grève à cette occasion, la manifestation sera essentiellement composée de permanents et de délégués syndicaux. La CGT française, qui n'est pas membre de la CES mais participe à la manif fournira vraisemblablement la part la plus important des participants, sans doute avec les Belges. La manif ayant lieu à 17 heures, les Marches européennes ont décidé de donner un rendez-vous plus tôt dans la journée afin de marquer notre identité. Il est notamment prévu de réaliser des animations dans les rues de Luxembourg. Les collectifs luxembourgeois, belges et français sont chargés de la préparation technique. Les détails seront fournis par les collectifs nationaux concernés.

Cardiff

Les prochains sommets européens auront lieu en fonction des présidences successives de l'UE. Pour marquer le sommet de Cardiff, probablement en juin prochain, les Britanniques souhaitent une manif internationale le 1er mai 1998 à Cardiff. Cet objectif pose un problème aux collectifs déjà engagés dans des mobilisations dans leur propre pays (le 1er mai 1998 coïncidera avec les décisions de l'UE sur les pays qui seront admis à participer à la création de l'euro). Il reste qu'il sera sans doute possible d'envoyer des délégations à Cardiff, si les Britanniques maintiennent leur projet. La question reste donc à l'étude. Dans le même ordre d'idées, les Allemands souhaitent vivement que les Marches organisent une initiative dans leur pays afin - selon leur propos - d'aider à la mobilisation dans leur pays. La question reste également à l'étude.

Université d'été en 98

La réunion de Bruxelles en février 1997 a été un moment fort et important des Marches européennes. Elle a notamment permis d'avancer dans la connaissance mutuelle des mouvements sociaux nationaux en permettant de poser les bases revendicatives d'un mouvement social européen. Afin de prolonger et approfondir les débats, les participants de la réunion de Luxembourg ont émis l'idée de réunir une université d'été. La Grèce et l'Allemagne examinent la possibilité de réalisation dans leur pays. La coordination de janvier devrait pouvoir prendre une décision concrète.

Réunion des syndicalistes membres du réseau

Les membres du réseau des Marches appartiennent à des organisations diverses : associations de chômeurs, de sans-logis, de syndicats, etc. Les syndicalistes participant à la réunion de Luxembourg se sont rencontrés afin de convenir d'une réunion des syndicalistes européens. De nombreuses questions leur sont en effet communes : positionnement par rapport à la CES, etc.

Temps de travail : la France donne l'heure

Le premier ministre français a annoncé le 10 octobre dernier une loi réduisant la durée légale du travail à 35 heures hebdomadaires sans perte de salaire. Le patronat a aussitôt fait connaître son opposition au processus engagé. Le président du CNPF, l'organisation patronale, a démissionné de ses fonctions estimant qu'il devait laisser la place à un patron de combat. La réduction du temps de travail, c'est la logique que défendent, avec de nombreuses nuances les syndicats et associations de chômeurs en France. Tandis que les syndicats sont relativement divisés sur la question, les associations de chômeurs et de lutte contre le chômage (AC!, APEIS, MNCP) revendiquent ensemble les 32 heures hebdomadaires, sans perte de pouvoir d'achat pour les salariés et avec embauches correspondantes.

La position du gouvernement français sur la question a eu immédiatement un retentissement important en Europe. La crise du gouvernement Prodi en Italie se serait dénouée sur la base d'un accord qui inclut les "35 heures en 2001", sans qu'on en connaissance encore toutes les modalités... Les déclarations du gouvernement français du 10 octobre sont pourtant très ambiguës. En fait, rien n'est joué et seule la mobilisation des salariés et des chômeurs permettra de lever les obstacles à une réduction du temps de travail permettant des embauches correspondantes. Le délai des négociations prévues (2 ans pour les entreprises de plus de 10 salariés, 4 ans pour les autres) risque d'être utilisé par le patronat pour flexibiliser et intensifier le travail, atténuant ainsi l'effet sur l'emploi du passage à 35 heures.

Lionel Jospin a annoncé que les négociations devaient porter sur l'organisation du travail et la modulation du temps de travail. Le risque est grand de voir les entreprises se précipiter sur des dispositifs comme l'annualisation du temps de travail, qui diminueront les nécessités d'embauche et seront négatives pour les salariés contraints de venir travailler au moment et à l'heure voulus par le patron. De même, si le gouvernement a annoncé sa volonté de revenir sur les abus permis par les mesures d'incitation au temps partiel, rien n'est précisé sur les nouvelles règles envisagées alors que le temps partiel imposé se développe et pénalise en particulier les femmes. Les aides financières prévues pour inciter les entreprises font de la réduction du travail une opération peu coûteuse pour les employeurs.

Lionel Jospin a annoncé que les 35 h se feraient sans perte de salaire, mais seront assorties de modération salariale, ce qui signifie en langage patronal le blocage ou les pertes de pouvoir d'achat. Des initiatives sont déjà prévues en France qui peuvent permettre de faire converger les acteurs du mouvement social : le 15 novembre, à l'appel du Collectif national pour les droits des femmes, manifestation à Paris. D'autres initiatives seront prises. La loi sur les 35 heures ne sera votée qu'au début 1998. D'ici là, salariés, chômeurs, précaires, associations et syndicats devront construire ensemble une mobilisation à la hauteur de l'enjeu. Au niveau européen également, l'enjeu est de taille : la création d'un mouvement pour que la réduction du temps de travail nous concerne toutes et tous. Le 20 novembre, à Luxembourg, nous seront là pour défendre cette idée !

Venise

Le 13 septembre dernier, plusieurs dizaines de milliers de manifestants venus de toute l'Italie se sont retrouvés à Venise, à l'appel de nombreuses organisations sociales, syndicales et politiques. Il s'agissait de s'opposer au projet sécessioniste de la Ligue du Nord qui défend un modèle économique et social ultra-libéral. A l'inverse de ce chauvinisme, les organisateurs de la manifestation défendaient l'idée d'une Italie ouverte sur l'Europe des peuples et des luttes et sur un monde solidaire. D'où l'ouverture faite à une délégation de zapatistes et aux représentants des Marches européennes invités à la manifestation.

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