Le plan G :
Une réussite
éclatante, préparons les lendemains
Par Jean-Pierre Duchesneau
Cest porté par un sentiment de réussite éclatante que les militantes et militants qui ont participé au plan G mettaient fin lundi vers 15h30 à laction de blocage du complexe G à Québec. Des cris de victoires, des pleurs, des danses, une manifestation improvisée vers la Basse-Ville de Québec, lambiance était invraisemblable. Après plus de huit heures de piquetages aux principaux accès, sous le regard des forces de lordre plus présente que jamais, ainsi que la présence de milliers de fonctionnaires, ajouter à cette ambiance un manifestation qui a fait le tour du G une vingtaines de fois, sois une dizaine de kilomètres, le tout paraissait presque trop parfait aux dires de certains participants et participantes. Il faut dire que nous avons perdu lhabitudes de ce type daction où la solidarité est à son maximum, dans une période de recul des luttes et de politiques néolibérales. De plus, le plan G avait était accueilli avec scepticisme par les différents milieux militants, y compris par lauteur de cet article.
Le soleil se lève sur Québec, le pan G est déjà en place
Laurore commençait à se pointer sur la Haute-ville de Québec quand apparurent de partout plus de trois cents militantes et militants de laction de désobéissance civile. À six heure quarante-cinq, soit quelques minutes plus tard, le G était déjà bloqué. À ce moment, la manifestation dappuie commence à ce former. Rapidement de quelque dizaines, elle atteint la centaine. Sont but : supporter les trois cents personnes de la vigiles et constituer un écran psychologique entre le blocage et lextérieur. Au Q.G ., nom symbolique donné au lieu où était réuni le comité extérieur de laction, lavocat était prêt, les responsables des liens avec les médias et les groupes dappuies aussi. Au levé du soleil tous et toutes étaient déjà en place depuis plus de quarante-cinq minutes. Aucune intervention policière pour le moment, aucun accrochage avec les gens de lextérieur.
La manif commence son premier tour. Le comité danimation de la manif présente les groupes daffinités qui bloquent les accès dès que nous somme devant eux. L ambiance est survoltée, les slogans de solidarité encouragent nos camarades qui visiblement maintiennent la vigilance au maximum. Ils sont quinze groupes qui ont pris part à la formation de désobéissance civile de plus de quatre heures organisée un peu partout au Québec. Les premiers que nous rencontrons, sur la rue Tachereault sont de McGill et Concordia. Suivront, sur Saint-Amable, la Coalition Y, le groupe De la bouffe pas des bombes ainsi que des individus ne formant pas un groupe spécifique. À lautre coin de rue, sur De La Chevrottière, les étudiantes et étudiantes des Cégep de Mainsonneuve, Saint-Laurent, Jonquière et Limoilou, suivi de la JOC (Jenesse ouvrière chrétienne, lADDS-QM (Association de défense des droit sociaux de Québec-métro), des groupes communautaires de la Pointe-Saint-Charles. Les accès du Boulevard René-Lévesque sont gardés par les étudiant-e-s de Joliette, Sherbrooke, du Vieux-Montréal et finalement, de retour sur Tachereault luniversité de Montréal, des groupes de Femmes, le Canevas des étudiantes et étudiants de lUQAM.
Les fonctionnaires semblent mitigés
Cest vers huit heures que les fonctionnaires commencent à arriver au parc de la Fancophonie, en face du Complexe G. Heureusement, plusieurs militantes et militants de diverses organisations de la région de Québec ont compris que cette heure serait un moment fort de laction. En effet, depuis environ sept heures trente, les rangs de la manifestation grandissent sans cesse. Vers huit heures trente, la manif conte plus de 500 personnes. Les organisateurs et organisatrices décident de faire une pose devant les fonctionnaires faisant ainsi un écran psychologique entre les dizaines de militante-e-s bloquant les deux accès de ce côté et les milliers de fonctionnaires. De plus, des membres du comité de soutien de la manif font une distributions massive au fonctionnaires dun « Tract» expliquant les revendications de laction. Sans se lacer, les manifestants les invitent à se joindre à eux en expliquant que nos revendications sont aussi les leurs. Plusieurs semblent incertains, joindre la manif ou attendre lordre de rentrer chez eux. Finalement, vers neuf heures, ils reçoivent la permission de quitter et de se présenter à une heures trente au même endroit.
Une première victoire
Un cri de victoire fait rapidement le tour du Complexe G. De plus, des dizaines de fonctionnaires se sont joint à la manifestation et ce, au moment ou les autobus des régions, parties a six heures du matin, commencent à arriver en renfort. Treize autobus arriverons entre neuf heures et midi. La majorité, sept viennent de montréal, mais il viennent aussi de Sherbrooke, Joliette, Trois-Rivière, Hull, du Bas du Fleuve et deux de Jonquière. Une dizaine de membres du syndicat de lAlcan arrivent des autobus de Jonquières. Le plan G est maintenant composé de la majorité des secteurs de la société : jeunes, femmes, étudiant-e-s, assisté-e-s social-e-s, chômeurs et chômeuses, groupes populaires, syndiqué-e-s du secteur public et privé. A chaque tour la manifestation aborde lune des six revendications du plan G :
A) Un revenu décent garanti sans discrimination pour toute personne, avec ou sans travail. (contre le travail forcé, le cheap labour et les « parcours » vers la précarité)
B) Pour laugmentation du salaire minimum au dessus du seuil de pauvreté. (Contre le travail à abais)
C) Pour la réduction du temps de travail sans perte de revenu, notamment par la réduction progressive de la semaine de travail à 32 heures. (Contre le chômage et le sous-emploi)
D) Pour des services sociaux, de santé et déducation gratuits, accessibles, universels et de qualité. (Contre les coupures à répétition, la médecine de guerre et léducation élitiste)
E) Pour le contrôle démocratique et communautaire des équipements collectifs, de services publics et de lenvironnement. (Contre la privatisation des ressources naturelles et la dilapidation du patrimoine collectif à des fins commerciales)
F) Pour une économie mondiale et des relations internationales fondées sur léchange équitable et la solidarité. (Contre la compétition mondiale, la dictature du capital multinational et le libre-échange néolibéral)
Les groupes daffinités prennent la parole pour expliquer leurs revendications. La solidarité semble être à son plus haut degré et ce, malgré la fatigue, plusieurs nont pas dormis de la nuit dans lattente de cette journée mémorable. Dans la manifestation, un roulement se fait, plusieurs vont faire une petite pause dune demi-heure, mais ils sont aussitôt remplacé par dautres qui arrivent des autobus ou de la région. Tous et toutes savons que le prochains moment crucial sera vers treize heures lors du retour des fonctionnaires.
Surprise, vers onze heures, les «flics» jouent à la provocation. En effet, derrière le manège militaire, lieux de larrivé de nos autobus, un groupe dintervention se met sur pied composé dune dizaine de motos, de paniers à salades, dune ambulance, etc. Vont-ils chercher à intervenir dans cette période daccalmie ? Rien nest claire. Mais pourquoi le feraient-ils maintenant alors quils nont rien faient à sept heures ? La tension monte dun cran. Finalement rien ne se passent et ils nous ont permis de resserrer les rangs dans un moment de fatigue.
Jusquà la victoire final
À treize heures, tous et toute sommes prêts pour le dernier face à face. Tout est fait pour transformer se face à face en une manifestation conjointe. Mais, malheureusement, ce moment ne se produira pas. Vers quatorze heures les fonctionnaires reçoivent lavis de quitté les lieux. Cest le cris de la victoire final. Les militantes et militants qui ont bloqués les accès se sautent dans les bras des larmes de joie coulent, la danse commence partout. Vers quatorze heures trente, la manif fera sont dernier tour, environ son vingtième de la journée et son dixième kilomètre. À ce moment, chaque groupe daffinité ce joint à elle dès son passage. La fin approche, personne ne veut vraiment se quitter, la solidarité de cette journée à été trop forte, trop intense. Comment terminer cette journée en beauté ?
La réponse arrive rapidement. Les groupes daffinités, ceux qui ont fait le blocage, doivent aller chercher leurs bagages à léglise Jacques-Cartier, dans la Basse-Ville de Québec. Tous et toutes décident de descendre en manifestant jusquen Basse-Ville. En fait, nous devons être environs mille manifestants, les trois cents des groupes daffinités plus environs sept cents de la manifestations dappuie. La manif emprunte le boulevard Réné-Levesque pour tourner par la suite sur Dufferin. Arrivé au coin Dufferin et dAbraham, les manifestants décident de sassoir dans la rue. Une personne prend la parole pour dénoncer les injustices que subissent nos camarades de partout dans le monde. Une minute de silence, poings gauches en laire, est prise pour souligner les morts quont produit les systèmes néolibéraux de par le monde. Arrivée en Basse-Ville, la manifestation prend fin, ainsi que cette journée mémorable.
Cette journée restera présente dans le coeur de plus dun millier de personnes qui y ont participés. Elle a marqué limportance de la solidarité des différents secteurs de la société et ce, non uniquement en parole, mais aussi par une action commune qui cimente des acquis militants comme seule une action de cette portée peut le faire.
Préparons les lendemains
Le plan G fut une réussite. Mais noublions surtout pas que par le passé ils y a eux des actions importantes et de masses qui furent des réussites mais restèrent sans lendemain. Nous navons quà penser à la marche des femmes contre la pauvreté qui fut sans nul doute la plus grande action de cette décénie mais qui, malheureusement, na pas servi à impulser un regain important aux luttes des femmes par la suite. Des centaines de personnes vont retourner dans leurs groupes respectifs, reprendre avec le localiste, il y a là un danger réel.
Il faut que nous trouvions des espaces nous permettant de solidifier cette solidarité que nous avons construite lors de ce 3 novembre 1997. Il faut dès maintenant continuer la lutte pour la victoire contre les politiques néolibérales du Parti québécois. Le plan G fut une victoire de la solidarité agissante, mais aucune victoire sur des revendications immédiates et cétait prévissible. Lurgence de la situation ne nous permet pas de nous contenter seulement de victoire de la solidarité agissante. Nous devons avoir des victoires partielles, sur des revendications immédiates qui touchent directement la population comme sur la santé, laide social, léducation, etc. Seules ces victoires combinées avec des actions militantes de masse pourront démontrer à la population quil est possible de faire reculer les gouvernements dans leurs politiques néolibérales.
En 1998, des élections auront probablement lieu au Québec. Encore une fois et surtout malheureusement, une partie des militantes et militants voteront pour le P.Q. ou niront pas voté. La lutte contre les politique néolibérales est une lutte politique. Cest une lutte qui doit se mener sur tout les terrains y compris lors des élections. Pour être crédible pour lensemble de la population nous devons offrir une alternative politique lors des élections.
De puis quelques années des militantes et militantes de différents secteurs populaires, syndicales, femmes, jeunes, etc. travaillent à construire un parti agissant dans nos luttes, un parti qui est le reflet de nos luttes, un parti sous le contrôle des gens en lutte, un parti qui pose la question du pouvoir. Ce parti quils sefforcent de construire cest le Parti de la démocratie socialiste (PDS). Le PDS a appuyer le plan G et ce, non seulement par la décision de son exécutif national, mais aussi par la participation de plusieurs de ses membres dans lorganisation du plan G.
Contrairement à ladage anarchiste, les élections ne sont pas un piège à con, mais un lieu où nous devons poser la question du pouvoir. Le pouvoir aux classes ouvrière et populaire ou à la bourgeoisie ? À nous de décider.
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