Nike soutien les femmes dans ses annonces
mais non dans ses usines

Le 18 octobre dernier, des militants et militantes, dont une grande proportion d'étudiants et étudiantes et de femmes, de 13 pays (Australie, Canada, États-Unis, Finlande, Grande-Bretagne, Irlande, Italie, Malaisie, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Singapour, Suède et Suisse), dont 28 états américains.

Une coalition de groupes de femmes accuse Nike d'hypocrisie à cause d'un nouveau clip commercial qui met en vedette des femmes athlètes. Elles affirment que ça ne tourne pas rond quand la compagnie invite d'une main à donner le pouvoir (empoyer) aux Américaines et de l'autre n'offre que des salaires de misère à ses employées outre-mer.

La pub en question montre des femmes qui disent qu'elles deviendront plus fortes, en meilleure santé et plus indépendante si on leur donne l'occasion de pratiquer des sports.

Dans une lettre au président de Nike, Philip Knight, la coalition qui comprend entre autres, le National Organization for Women (NOW) et le Ms Foundation for Women, a écrit : «Tandis que les femmes qui portent des souliers Nike aux États Unis sont invitées à se réaliser pleinement, les Indonésiennes, les Vietnamiennes et les Chinoises qui fabriquent les souliers n'obtiennent souvent que des salaires inadéquats, des punitions corporelles, du temps supplémentaire obligatoire et du harcèlement sexuel. » (1)

Eleanor Smeal, présidente de Feminist Majority, un groupe de défense et de recherche, dit: « Le message de la pub en faveur du pouvoir des femmes est très fort mais il est en contradiction avec la manière dont Nike paye et traite ses employées. Les "sweat shops" que nous croyons une chose du passé, sont de retour. Et tout comme les féministes du début du siècle les ont combattues, il nous incombe de faire de même ».

Les usines de Nike sont devenues la cible des groupes qui luttent pour les droits du travail et qui dénoncent sans cesse les salaires de famine et les mauvaises conditions dans les quelles peinent les travailleuses et travailleurs. Global Exchange, un organisme pour les droits et libertés basé à San Francisco et qui a souvent dénoncé Nike, a profité de la nouvelle publicité de Nike pour embarquer les mouvements féministes dans un nouvel effort pour critiquer la compagnie.

La coalition invite Nike à laisser des inspecteurs indépendants visiter ses usines en Asie et à augmenter les salaires ; ainsi au Vietnam, il pourrait les augmenter de 1.60$ à 3.00$ par jour. Vada Manager, un représentant de Nike, accuse les groupes de femmes de se méprendre sur le rôle de Nike en Asie, ajoutant que les usines au Vietnam, en Indonésie et en Chine payent de meilleurs salaires que la plupart des autres usines de ce pays. (2)

« Nike a créé quelques 500 000 bons emplois, bien rémunérés, à travers le monde dans les économies en développement » prétend Manager. « Les opportunités que nous avons procurées aux femmes, dans les pays en développement comme le Vietnam et l'Indonésie, ont permis à ces individus de jouir d'une meilleure qualité de vie. »

Mme Smeal a répondu: « Nous nous réjouissons des emplois créés, mais le niveau des salaires devrait être augmenté et les conditions de travail améliorées. » D'autres signataires de la lettre à Nike incluent l'écrivaine Alice Walker, la représentante de l'état de Californie Maxine Waters, le Black Women's Agenda et la Coalition of Labor Union Women.

La lettre de la coalition dit que plusieurs travailleuses chez Nike au Vietnam peuvent difficilement se permettre trois repas par jour sans parler du transport, du loyer, des vêtements et des soins de santé. Mais les représentants de Nike ont fait valoir une récente étude faite par des recherchistes du Dartmouth College qui conclu que le salaire journalier de Nike au Vietnam équivaut à quatre fois le coût de 3 repas dans ce pays. (3)

La lettre rend aussi Nike responsable de mauvais traitements envers ses travailleuses et ses travailleurs, se référant à un incident au Vietnam où un gérant a puni des employées en les obligeant à courir sous un soleil de plomb. (4)

Manager a reconnu que des punitions de ce genre avaient été utilisées à l'occasion mais que le gérant avait été congédié. Il ajouta que les usines de la compagnie en faute avaient été passées en revue par Andrew Young, un dirigeant de droits et libertés. (5)

{Selon le New York Times, 26 octobre 1997.}

Notes de La Gauche

(1) Selon l'ONG britannique, Christian Aid, le coût du travail pour une paire de chaussures Nike, vendue au détail pour 100$ aux ÉU, est de 3$.

(2) Selon Thuyen Nguyen du Vietnam Labor Watch  :

« Il ne faut pas oublier que Nike a refusé de signer la clause de «salaire au coût de la vie tel que proposé par le président Clinton dans le Apparel Industry Partnership, alors que la compagnie affirme en même temps qu'elle paye des salaires au-dessus du coût de la vie au Vietnam et en Indonésie. »

(3) Selon Campaign for Labor Rights :

Deux jours avant la mobilisation du 18 octobre, Nike a publié un résumé un sommaire d'une étude de Datmouth College sur les salaires et conditions de travail des employées de ses sous-traitants en Indonésie et au Vietnam. Cette étude affirmerait que les travailleuses de Nike sont tellement bien payées qu'elles s'achètent des téléphones, des magnétoscopes et des mobylettes et qu'il leur reste assez pour envoyer à leurs familles.

Mais Nike a refusé l'accès à l'étude complète avant deux semaines, ce qui est une sérieuse violation des règles établies en recherche académique. Cela est d'autant plus troublant que les mêmes auteurs avaient déjà fait une étude similaire sur les sous-traitants de Walt Disney à Haïti que plusieurs avaient jugé pour le moins incomplète, si ce n'est frauduleuse. À première vue, il semble, par exemple, que les auteurs n'aient pas tenu compte du temps supplémentaire forcé qui améliore le revenu annuel, ni de la pratique courante de ses travailleuses venues des campagnes, corroborée par une étude du Bureau international du travail, de se priver de nourriture pour aider leur famille.

(4) Si on en juge par les grèves récentes des travailleuses de Nike en Indonésie et au Vietnam, pays où sévit une dure répression, il faut en conclure à une insatisfaction généralisée. En effet, du 13 au 15 octobre, 6 000 travailleuses en Indonésie ont fait grève pour obtenir une paye de séparation qui leur était due selon la loi. En avril dernier, 10 000 travailleuses indonésiennes et 3 000 au Vietnam avaient fait la grève.

(5) Selon Asia Monitor Resource Centre and Hong Kong Christian Industrial Committee, qui font un suivi depuis 1995 de cinq sous-traitants de Nike et Reebok en Chine du Sud, dont l'interview en profondeur de 50 travailleuses en juillet 1997 et des conversations avec des dizaines d'autres :

« Cette année, Andrew Young from Goodworks International, a été engagé par Nike pour faire le suive de leurs usines au Vietnam, en Indonésie et en Chine. M. Young a produit un rapport qui supporte Nike, disant que la compagnie fait un bon travail et stipulant certaines recommandations pour améliorer la situation. Cependant, M. Young admet lui-même qu'il a eu beaucoup de difficultés à parler à des travailleuses ordinaires. Il en résulte que son rapport manque de substance et de crédibilité. »

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