Mexique
La
marche zapatiste et la fondation du FZLN
par Edgard Sanchez
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| Du 12 au 16
septembre, Mexico a accueilli la marche des 1 111
délégués des communautés de base de l'armée
zapatiste et le congrès de fondation du Front zapatiste
de libération nationale. II est sans doute superflu de
rappeler le coup de tonnerre qu'a signifié I'irruption
du mouvement zapatiste en janvier 1994 avec le
soulèvement en armes des communautés indigènes du
Chiapas, superflu aussi de souligner le bouleversement
profond de la situation politique au Mexique qui en a
résulté : la cinglante défaite électorale
essuyée par le parti-État au pouvoir lors des
élections du 6 juillet dernier en est, dans une certaine
mesure, la plus récente expression. L'intelligence
politique des dirigeants zapatistes, qui leur a permis de
garder l'initiative dans une situation souvent contraire,
leur souplesse tactique et leur intransigeance sur les
questions essentielles faisant la raison profonde de leur
combat, expliquent l'immense prestige qu'ils ont acquis
de haute lutte. Nous avons répondu sans hésitation à I'invitation qu'ils nous ont adressée à I'occasion de l'arrivée à Mexico de la marche des 1 111 représentants des communautés zapatistes et de la tenue du congrès de fondation du FZLN. Reçus très chaleureusement, nous avons pu participer à l'accueil de la marche à Mexico près de 100 000 personnes sur la place du Zocalo , suivre I'installation de la deuxième session du Congrès national indigène sur le site cérémoniel de Cuicuilco et les travaux du congrès du FZLN. Lors de la séance de clôture, Alain Krivine a été invité à prendre la parole devant Ies 1 111 représentants des communauté indigènes et l'ensemble des délégués des comités de base du mouvement zapatiste civil. Son intervention, au nom de la LCR et de la IVe Internationale, a été longuement applaudie. Soulignant l'espoir d'un renouveau du mouvement révolutionnaire qui a fait naître le soulèvement zapatiste dans ce monde unipolaire où le neolibéralisme prétend régner sans partage, Alain Krivine a réaffirmé notre solidarité total et notre volonté commune de construire à I'échelle mondiale un nouvel internationalisme révolutionnaire Nous publions ici un article polémique de notre camarade Edgard Sanchez, dirigeant du PRT I'organisation de la IVe Internationale au Mexique. Nous reproduisons régulièrement dans nos pages les analyses et les déclarations de I'EZLN. On peut ainsi se reporter à notre numéro de septembre (Inprecor no 416) pour mieux apprécier les positions des zapatistes : le long texte que nous avons publié présente leur analyse de la situation après les élections et l'annonce de la marche des 1 111 représentants de l'EZLN sur Mexico. II rappelle aussi le choix qu'ils avaient fait à la veille du scrutin d'appeler, d'une part, à boycotter les élections dans les régions où, comme au Chiapas, face à I'occupation militaire et aux exactions des bandes armées, les communautés indigènes sont privées des droits les plus élémentaires ; et à voter, d'autre part, là où ce vote peut hâter la crise du parti-État et contribuer a élargir les espaces démocratiques. Nous avons également publié dans notre dernier numéro (Inprecor no 417) octobre 1997) la déclaration de Marcos lue à I'ouverture du congrès du FZLN où il explique les raisons profondes de leur refus de déposer les armes et de dissoudre I'EZLN dans le Front zapatiste. Pierre Sylvain (Inprecor) |
Ils sont partis le 8 septembre du Chiapas. Ils étaient 1 111, représentant autant de communautés zapatistes. Ils sont arrivés, après avoir reçu le soutien du peuple Ià où ils passaient, à San Cristobal, Juchitan, Oaxaca, Tepoztlan et d'autres localités intermédiaires, pour arriver à la ville de Mexico le 12 septembre, où ils sont restés jusqu'au 17. Dans le cadre d'un accord préalable avec le Congrès national indigène (CNI) la marche avait été organisée en commun et des représentants de différents peuples indigènes, en particulier d'Oaxaca et Guerrero, ont rejoint le cortège, jusqu'à compter par moments plusieurs milliers de manifestants.
Rompre I'encerclement
La marche zapatiste sur la ville de Mexico au mois de septembre se produit après un isolement complet et prolongé de I'EZLN (Armée zapatiste de libération nationale) dans les mois précédents. Durant pratiquement tout le premier semestre de I'année, pendant la campagne électorale, I'EZLN a gardé le silence, les provocations du gouvernement, I'encerclement militaire et les groupes paramilitaires se sont maintenus autour des positions zapatistes et aucune initiative politique n'a été prise par I'EZLN.
Cette situation résultait de la rupture du dialogue de San Andrés par le gouvernement, fin l996, à la veille du début de la campagne pour les élections fédérales du 6 juillet. Le gouvernement Zedillo craignait certainement que I'approbation Iégale des accords de San Andrés ne soit capitalisée par I'EZLN, au détriment électoral du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel). En tout état de cause, le PRI devait subir plusieurs défaites électorales, notamment dans la capitale du pays, mais I'impact aurait certainement été plus fort si les Accords avaient été approuvés avant les élections. En tout cas cela aurait permis à I'EZLN d'adopter une position active face au processus électoral (comme elle I'avait fait, par exemple, pour I'élection présidentielle de 1994). Vu les circonstances, cela n'a pas été possible en 1997. La provocation de Zedillo qui a présenté des amendements à la proposition de réforme Iégale, ce qui revenait en pratique à dénoncer les Accords de San Andrés signés par I'EZLN et le gouvernement lui-même, a obligé I'EZLN a suspendre le dialogue. La non-reconnaissance des Accords par Zedillo a évidemment mis en cause la viabilité et le sérieux de la poursuite du dialogue. Cette provocation a également gêné I'EZLN dans la définition d'une position active face à un processus électoral inscrit dans les institutions chaperonnant le gouvernement de Zedillo, ce même gouvernement qui rompt les accords.
La possibilité que les zapatistes prennent une initiative sur la question électorale au niveau des instances intermédiaires était écartée par eux-mêmes quand ils ont, dans la Quatrième déclaration de janvier 1996, défini le caractère du FZLN, leur principale initiative organisationnelle à ce moment. Le FZLN est en effet défini dès le départ comme une « organisation qui ne lutte pas pour le pouvoir » et qui, dans la logique zapatiste, ne participe pas aux élections. Au vu de ces limites qu'elle s'était elle-même imposées, I'EZLN ne pouvait prendre aucune initiative face au processus électoral autre que de s'opposer à lui ou d'appeler à I'abstention comme elle I'a fait dans les rares communiqués ou déclarations préalables au 6 juillet.
Dans ce contexte, la marche sur la ville de Mexico a constitué une initiative intelligente et audacieuse pour rompre I'isolement. Cela a permis à I'EZLN de retrouver sa visibilité politique et de refocaliser I'attention sur la question indigène en soulignant la responsabilité du gouvernement fédéral dans la suspension du dialogue et la non-approbation des Accords de San Andrés.
L'accord entre I'EZLN et le CNI pour organiser la marche conjointe sur la ville de Mexico a tourné autour de trois points : I'application des Accords de San Andrés, la démilitarisation des zones indigènes et la libération des prisonniers politiques accusés d'être zapatistes. Par ailleurs, I'EZLN a annoncé que sa délégation participerait en qualité de témoin au congrès de fondation du FZLN.
C'est le gouvernement et ses porte-parole dans les médias qui, à la veille de I'arrivée des zapatistes à la ville de Mexico, ont commencé à donner une importance particulière à la constitution du FZLN. Ils ont tenu à le présenter comme la décision des zapatistes d'abandonner les armes, d'« entendre le message » du 6 juillet et de constituer une organisation Iégale. Ils ont tenu ainsi à saluer la constitution du FZLN, tout en faisant la sourde oreille quant à I'exigence d'appliquer les Accords de San Andrés (1). C'est pourquoi dans ces mêmes médias on s'est déclaré surpris par le message du sous-commandant Marcos au congrès du FZLN, annonçant que I'EZLN ne se dissoudrait pas dans le FZLN et ne déposerait pas les armes.
S'il est vrai que la tentative de manipulation des objectifs de la marche zapatiste par le gouvernement explique la contradiction supposée dans la décision de I'EZLN de ne pas intégrer le FZLN, il est vrai également qu'il y a eu un changement dans I'appréciation de cette initiative par I'EZLN elle-même. On peut I'expliquer, en partie, comme le fait le sous-commandant Marcos qui considère qu'ils ont surestimé les possibilités de conquérir la paix dans des délais plus courts. Cela expliquerait le changement par rapport à la position exprimée dans le message de Marcos à la réunion des comités civils de dialogue de février l996 à Poza Rica, où il affirmait que I'avenir de I'EZLN ne se déciderait pas dans le dialogue avec le gouvernement à San Andrés mais dans I'avenir du FZLN « Si ça marche, s'il a de bons résultats, c'est I'avenir du FZLN. » II déclare aujourd'hui que le FZLN doit poursuivre ses efforts pour se construire et qu'il doit se développer, même sans I'EZLN, « même sans ceux qui ont appelé à sa construction ».
Le congrès du FZLN
Le débat qui s'est déroulé au congrès de fondation du FZLN reflète également le bilan du développement de cette initiative zapatiste, au-delà du fait que les délais pour I'intégration de I'EZLN se sont allongés. Cela touche aux conditions mêmes de sa convocation.
Plusieurs thèmes ont fait I'objet de vifs débats. Notamment celui relatif à la double appartenance, à I'existence de courants, aux formes d'adhésion au FZLN (adhésion à un comité, adhésion individuelle ou en groupe organisé) et peut-être dans une moindre mesure, ceux qui touchaient aux concepts de lutte pour le pouvoir et de société civile. Certains de ces débats concernaient de fait les choix définis lors de la consultation nationale, (ses points 4 et 5) pour savoir si le FZLN devrait se construire exclusivement sur la base de I'EZLN ou conjointement avec d'autres forces intéressées. Ce qui étonne dans ce débat, c'est qu'il avait lieu alors même que le résultat de la consultation et I'appel même à construire le FZLN excluaient la possibilité de le faire avec d'autres forces. Pour participer au congrès du FZLN il fallait en effet souscrire à la Quatrième déclaration de I'EZLN. Malgré tout, alors qu'il était acquis qu'il ne pourrait pas y avoir de militants d'autres organisations, le débat s'est rouvert sur la question de la double appartenance. Même si les résultats des votes du congrès n'ont été rendus publics que très tard, on sait que la différence entre ceux qui étaient pour accepter la double appartenance et ceux qui étaient contre n'était pas si grande même si, évidemment, le refus a été majoritaire.
Plus que la pression d'éventuels militants d'autres organisations, le débat reflétait la pression de la réalité politique de ces derniers mois où de nombreux militants du FZLN se sont impliqués dans la campagne électorale, surtout celle du PRD qui représentait une possibilité réelle, comme cela s'est vérifié à Mexico, de battre électoralement le PRI. Vu I'absence d'une orientation commune au FZLN pour participer activement à la campagne électorale, beaucoup I'ont fait individuellement et n'ont certainement pas estimé faire ainsi une erreur. Ce sentiment se manifestait dans I'accueil de nombreux militants de base du FZLN quand Cuauhtémoc Cardenas est arrivé à I'ouverture du congrès du FZLN, malgré le traitement que lui ont réservé les organisateurs et les dirigeants réels du FZLN qui I'ont laissé des heures durant dans la salle sans lui donner la parole pour qu'il lise son message.
Le débat sur la double appartenance et I'existence ou non de courants dans le FZLN éclaire le processus de rétrécissement de cette initiative zapatiste. Le contraste était saisissant entre la foule réunie par les zapatistes dans la ville de Mexico le l2 septembre, et le nombre réduit de militants qui ont participé au congrès de fondation du FZLN les jours suivants. D'après les déclarations du dirigeant du FZLN, Javier Elorriaga, lors d'une conférence de presse plusieurs jours après le congrès, 2 591 participants s'étaient inscrits, mais seulement 1 383 personnes ont participé aux votes (2). Peu de forces politiques pourraient compter sur un soutien moral et politique comparable à ce qu'a représenté la mobilisation et la présence de 1 111 délégués de I'EZLN.
Double appartenance et lutte pour le pouvoir
C'est d'autant plus surprenant si on considère que, au-delà du débat sur la double appartenance qui est très lié à des positions antiparti, les critères d'adhésion sur d'autres terrains sont très souples et non restreints par des définitions idéologiques ou de classe, quand on prétend par exemple organiser la «société civile», au-delà des différences sociales et idéologiques, pour autant qu'on déclare son accord avec la Première et la Quatrième déclaration de la selva lacandona.
L'initiative prise par les zapatistes pour construire une nouvelle force politique et civile, le Front zapatiste, exprimait la possibilité de relancer un nouveau parti de la gauche révolutionnaire, avec une présence et une influence nationales, après la crise des années 80. Un appel, lancé sous I'autorité morale de I'EZLN qui, tout au long, à joué un rôle d'avant-garde, qui aurait permis I'intégration de militants d'autres forces, aurait provoqué une grande redistribution des forces politiques du pays dans la lutte pour mettre fin au système de parti-État, mais aussi pour défendre une politique économique alternative à celle du néolibéralisme et une transformation révolutionnaire. Cette possibilité se trouve aujourd'hui limitée et réduite. II en va de même avec la décision, pratiquement élevée au rang de principe et non pas de question à résoudre tactiquement, de ne pas participer aux élections, dans une situation où la lutte populaire contre le système de parti-État passe par une tentative de s'approprier démocratiquement cette forme de participation politique qui sont les élections : une telle décision risque d'être marginalisante. Elle est liée à la prise de position polémique de « ne pas lutter pour le pouvoir » : elle est correcte pour se démarquer des arrivistes et face à la conception déformée de la lutte socialiste chez ceux qui identifiaient lutte pour le pouvoir des masses avec lutte pour le pouvoir du parti, mais elle a glissé vers la proposition d'une organisation qui surveille I'application des engagements d'un gouvernement, détenant par définition le pouvoir alors qu'il s'agit de le remplacer. Ce sont précisément ces conceptions, qui nourrissent aisément des attitudes sectaires, qui ont rétréci le projet des forces civiles du FZLN.
II ne s'agit pas d'un débat après coup sur ces conceptions et ces pratiques poli tiques. Le Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT) avait déjà défendu cette position lors de la consultation nationale, où nous avions appelé à répondre oui à la question 5, qui proposait de construire une force politique nouvelle à I'appel de I'EZLN mais en commun avec d'autres forces. C'était une engagement qui pour nous pouvait prendre corps à I'heure de I'appel à construire un front, le Front zapatiste, selon les termes de la Quatrième déclaration. Nos positions sur les thèmes relatifs à la participation électorale et à la lutte pour le pouvoir ont reçu une réponse dans la déclaration de Poza Rica déjà mentionnée, «Sept contre le sub», qui affirmait qu'il s'agissait d'un front, mais pas d'un front d'organisations, d'un front d'individus. Ces conceptions ont depuis gouverné la construction du FZLN.
Ce débat politique a donc bien eu lieu et on ne peut pas reprocher aux « trotskystes » d'avoir eu des positions ambiguës. Nous ne sommes donc pas visés par I'allusion contenue dans un récent article de bilan du FZLN signé par Jaime Avilés, un journaliste qui s'est toujours signalé par son attitude solidaire à I'égard des zapatistes et son aptitude à traduire objectivement les positions de I'EZLN. Jaime Avilés écrit : « Voilà pourquoi le Front zapatiste qui émerge de son congrès de fondation ne s'est pas transformé en quelque chose de moins nébuleux que ce qu'il était jusqu'ici : une petite formation qui réédite, dans sa pratique, la méthodologie d'une fraction du trotskysme qui sur cette voie n'a jamais conduit nulle part (3)»
Pour ajouter argument et clarté, il y a aussi la déclaration du camarade Alain Krivine, dirigeant de la Ligue communiste révolutionnaire de France au congrès du FZLN, dans son salut au nom de la LCR et de la IVe Internationale, où il affirme que nous sommes favorable à une convergence des révolutionnaires, mais une convergence qui respecte I'identité de chacun.
Comme de toute façon la présence des zapatistes dans la ville de Mexico allait au-delà du congrès du FZLN, le bilan global est certainement favorable. En particulier si on considère la sensibilisation politique obtenue au niveau social avec la mobilisation indigène et zapatiste autour des Accords de San Andrés. La solidarité avec les zapatistes a été surprenante. Tout particulièrement le vendredi l2 quand ils sont arrivés dans la ville de Mexico, les masses sont venues les accueillir dans une véritable apothéose. Entrés par Xochimilco, par où étaient déjà entrés le général Zapata et son armée en 19l4, ils ont parcouru le périphérique dans plus de cent cars et véhicules divers, une manifestation qui les a conduits de Chapultepec au Zocalo. Tout le trajet sur le Paseo de la Reforma, puis dans les rues étroites du centre, a été un triomphe. On a rarement vu dans I'histoire récente une manifestation aussi massive, aussi enthousiaste, qui entourait, protégeait et saluait les zapatistes, en les couvrant même de confettis.
L'obsession des organisateurs et de certaines organisations solidaires sur la sécurité, leur tentative caricaturale d'imiter la discipline militaire des zapatistes, ont produit à nouveau des incidents et des accrochages avec la presse (qui, elle, peut protester publiquement) et avec beaucoup de gens qui voulaient s'approcher pour voir les zapatistes. Le mécontentement a été tel (en laissant apparaître « le policier que nous abritons tous » comme le leur a reproché Blanche Petrich) que différents communiqués de I'EZLN, dont un de Marcos lui même le dernier jour à Mexico, ont dû s'en excuser. Comme nous I'avons alors dit publiquement, ce ne sont pas les contingents de I'EZLN qui ont agressé et maltraité les habitants de la ville de Mexico. Comme en 1914 quand on alarmait la population avec I'arrivée des zapatistes à Mexico, I'EZLN, tout comme les troupes du général Zapata, a été respectueuse avec la population civile et n'a jamais agressé, humilié ou maltraité personne. Ce sont d'autres qui I'ont fait, et c'est en lieu et place de ces gens que I'EZLN, dans un geste impressionnant, a demandé des excuses.
II en est allé tout autrement, chacun le reconnaît, lors de la rencontre des zapatistes avec la «société civile» à la cité universitaire le 15 septembre. Après les incidents qui s'étaient produits, I'EZLN a appelé à cette rencontre en précisant qu'il n'y aurait pas de fouille, d'accréditations, d'agrafes, de cordons de sécurité. La rencontre a été un grand succès. Comme si c'était une journée du mouvement étudiant de 68 en plein campus de la cité universitaire, dans les «îles», les 1 111 zapatistes se sont mêlés en petits groupes aux milliers de personnes qui sont venues les voir, qui n'étaient pas seulement des étudiants, des enseignants et des travailleurs de I'université. Ils ont parlé, écouté, dialogué, mangé, marché dans les jardins comme chez eux, et ont même participé à une partie de foot opposant 50 étudiants à 50 zapatistes masqués. Étaient absents les apprentis commandants qui avaient bousculé et maltraité les gens.
La présence des zapatistes à la session du Congrès national indigène a également été importante. Elle contribue aussi à souder la croissance et I'unité du mouvement indigène autour de I'application des Accords de San Andrés. Comme les zapatistes ont voulu réaliser une marche sur la ville de Mexico qui, contrairement aux mobilisations paysannes et populaires traditionnelles, ne venait pas remettre une «charte revendicative» ni réclamer d'être reçue, mais établir cette communication avec la société, le résultat sur ce terrain paraît peu tangible. Cela constitue de toute façon une pression importante sur le gouvernement pour qu'il applique les Accords de San Andrés, et plus encore aujourd'hui avec la nouvelle composition et les nouveaux rapports de forces à la Chambre des députés. La mobilisation zapatiste doit aussi servir à faire pression pour que tous les groupes parlementaires acceptent I'initiative Iégale de la COCOPA (Commission de concorde et de pacification) qui reprend les Accords de San Andrés.
La venue des zapatistes à Mexico confirme aussi la validité et la Iégitimité de leur présence au-delà du Chiapas. Depuis I'approbation de la loi de la COCOPA, le débat a porté sur le droit à poursuivre le dialogue en dehors du Chiapas, concrètement dans la ville de Mexico, et la possibilité que les zapatistes, dont les mandats d'amener sont suspendus tant que dure le dialogue, circulent librement hors du Chiapas. II y a un an la venue de la comandante Ramona a Mexico a permis de rompre cet encerclement. Aujourd'hui, I'effet fut beaucoup plus percutant avec la venue de 1 111 représentants de I'EZLN, désarmés mais masqués, qui se sont déplacés librement dans le pays. Cela reflète évidemment aussi le changement du rapport de forces. Un changement qui est aussi le résultat de la victoire électorale de Cuauhtémoc Cardenas dans la ville de Mexico, qui a à son tour facilité la mobilisation zapatiste. De même, la venue des zapatistes jusqu'à la capitale du pays a créé de meilleures conditions pour la lutte. ·
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1) Plusieurs auteurs ont polémiqué et dénoncé la manoeuvre, en particulier de la part du gouvernement, pour donner cette interprétation à la marche zapatiste C'est ce que souligne Luis Javier Garrido dans son article « La Marcha » publié dans La Jornada du 12 septembre 1997.
2) La Jornada. 24 septembre 1997
3) « EZLN : une étape s'achève », Jaime Avilés, La Jornada, 20-9-1997.
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{Source : Inprecor, novembre 1997}
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