Le Rassemblement pour une alternative politique
Quelle alternative politique construire?

Par Bernard Rioux

Les 28 et 29 novembre dernier s’est tenu à Montréal un « Un rassemblement pour alternative politique » qui a réuni plus de 600 personnes qui ont discuté de la nécessité de construire une force politique à gauche du PQ. Réunissant des personnalités connues comme Michel Chartrand, Andrée Ferretti, Léopold Lauzon, Victor Lévy-Beaulieu ce rassemblement à réussi le tour de force de redonner une visibilité publique à la gauche au Québec. Les titres des quotidiens ont été éloquents à cet égard. Il faut saluer cette initiative de l’Aut’journal qui a permis de créer un espace démocratique où il est possible de discuter des enjeux majeurs pour la construction d’une alternative politique au PQ.

Le contexte de son apparition

Le Rassemblement s’est tenu à un moment marqué par une offensive tout azimut du gouvernement péquiste contre le mouvement syndical, les personnes assistées sociales et contre l’ensemble des mouvements sociaux. Troquant la lutte pour l’indépendance pour un sale travail d’asservissement du Québec aux volontés du capital financier international, menant des politiques de coupures et de laisser-faire économique conduisant au développement du chômage et de l’exclusion sociale, laissant des régions entières du Québec se détériorer, jouant un rôle de destruction du système de santé public, le gouvernement péquiste, par ses politiques néolibérales, sème la démoralisation mais aussi la révolte.

Toutes ces politiques ont provoqué une rupture plus ou moins prononcée de nombre de militantes et de militants outrés de voir ce gouvernement, qui se dit social-démocrate, se montrer féroce contre les couches sociales les plus démunies.

Les tentatives des directions syndicales de mousser la concertation sociale dans l’espoir que le gouvernement atténue ses attaques se sont avérées vaines. Le mécontentement d’importants secteurs de la population contre le gouvernement péquiste prend de l’ampleur chaque jour. Une certaine agitation sociale, minoritaire mais active contre l’offensive néolibérale, se développe.

La capitulation du gouvernement péquiste sur le terrain national également, son incapacité à faire face et à se mobiliser face aux attaques du gouvernement fédéral, diminue également la capacité de ce parti de garder son ascendant sur la partie francophone de la société québécoise, ascendant qu’il était parvenu à reconstruire depuis sa victoire aux dépens du Parti libéral du Québec.

Les initiateurs et les initiatrices…

Les initiateurs et les initiatrices du Rassemblement, regroupés autour de l’Aut’journal ont su saisir le moment propice pour une telle initiative et cette dernière a eu un écho plus grand encore qu’il ne l’espérait.

La nécessité d’une alternative politique s’inscrivait d’une part dans le constat d’un fossé grandissant entre les classes ouvrière et populaires et le gouvernement péquiste. Elle reposait également sur la conviction qu’il était désormais impossible de changer quoi que ce soit des choix de ce parti à partir d’un travail au sein même du PQ. Il fallait, comme l’écrivait Paul Cliche dans le texte qui lançait le débat, une autre formation politique capable d’initiative pour cesser de « reconnaître à un gouvernement qui dessert de plus en plus les intérêts de leurs membres, le monopole politique en matière d’accession à la souveraineté ... ». La souveraineté, écrivait-il encore, serait l’œuvre de deux formations politiques… et pas seulement du Parti québécois.

La mouvance présente à la rencontre…

Intellectuel-le-s, militant-e-s des milieux populaires, syndicaux, de la solidarité internationale, militantes féministes, groupes de jeunes en provenances de différentes régions du Québec, la rencontre rassemblait un bon échantillon de ce qu’on peut nommer la gauche sociale au Québec, c’est-à-dire ces personnes actives sur le terrain de la représentation et des luttes contre les politiques actuelles du gouvernement. Ce sont les personnes avec lesquelles pourra se construire une opposition politique de gauche au gouvernement péquiste.

Au niveau politique, les personnes présentes au rassemblement occupaient un spectre assez large s’étendant des nationalistes de gauche, déçus du PQ, qui veulent brasser la cage pour le ramener à de meilleures intentions jusqu’à la gauche socialiste qui pense nécessaire d’avancer un programme anticapitaliste clair et qui se retrouve pour une bonne partie dans le PDS, en passant par des sociaux-démocrates qui en ont assez des politiques néolibérales et qui espèrent voir le jour où les politiques keynésiennes et le développement des services publics auront de nouveau la cote des gouvernants.

La base politique des textes présentés à la discussion…

Les textes présentés à la discussion étaient marqués par une orientation centrale: l’opposition aux politiques néolibérales du gouvernement péquiste. Ces textes ne sont pas clairement anticapitalistes et ne se réclamaient pas d’une orientation socialiste. Si on y retrouvait un appel à la rupture avec le PQ et au rejet de ses politiques néolibérales, on n’y affirmait pas non plus une perspective clairement anticapitaliste et la nécessité d’une démarche de rupture avec ce système.

En fait, les initiateurs ou initiatrices veulent que le mouvement puisse ratisser large et les propositions avancées restent suffisamment vagues pour ce faire. « Nous devons, écrivent-ils dans leur document, Rassemblement pour une alternative politique, mettre sur pied un mouvement d’action politique qui prendra position, questionnera les décisions des gouvernants, interpellera le pouvoir, réconfortera les citoyens désabusés, affichera ses couleurs, proposera et organisera une alternative.  Ce mouvement doit défendre un projet de société qui serve de point de ralliement pour l’action collective, un projet de société basé sur la souveraineté populaire des citoyens et qui doit considérer l’indépendance du Québec comme un outil permettant de réaliser ce projet de société libérateur. » En bref, il s’agit de se donner une plate-forme minimale clairement souverainiste et à gauche du PQ sur le terrain national et sur le terrain social pour pouvoir donner une voix à ceux et celles qui veulent exprimer leur opposition au discours dominant.

Si ce mouvement naissant n’a pas de plate-forme explicite, il a néanmoins une tactique de construction implicite fondée sur une conception d’une organisation, processus qui précise ses orientations au fur et à mesure de son enracinement et de sa consolidation. Dans le cadre d’une telle tactique, des prises de position très précises sur des enjeux centraux risqueraient d’avoir l’avantage de la clarté mais l’inconvénient de bloquer des ralliements.

Les débats politiques

Les débats politiques ont débouché sur la perspective de la formation d’un mouvement d’action politique au printemps prochain, l’élection de divers comités et une démarche précise pour la préparation d’une assemblée de fondation du mouvement au printemps prochain. Même si les débats de fond devaient passer par des amendements à des propositions organisationnelles, ils ont été révélateurs des diverses sensibilités présentes à l’assemblée

La rupture avec le PQ et la lutte indépendantiste

Un amendement proposé par Andrée Ferretti, proposait que le mouvement se donne comme finalité première la lutte pour l’indépendance du Québec. Cet amendement a été rejeté. Andrée Ferretti arguait que la lutte pour l’indépendance constituait un aboutissement des autres luttes. Elle a soutenu que le PQ n’avait jamais été indépendantiste. Si ses arguments n’étaient pas faux, elle n’a pu que rallier une minorité derrière sa proposition parmi lesquelles les personnes incapables d’assumer une rupture complète avec le PQ. Ce qu’elle n’a pas compris et qui l’a amenée à quitter la salle avec certains de ses partisans, c’était que la volonté qui s’est manifestée n’avait rien avoir avec le rejet de l’indépendance, mais tout à voir avec la nécessité de placer le projet de société répondant aux besoins des classes populaires au centre du combat du mouvement et qu’il fallait faire ce renversement si on voulait pouvoir repenser dans un cadre entièrement nouveau la lutte indépendantiste. Mentionnons que la définition d’un nouveau cadre ne fera pas l’économie d’une position claire sur le droit à l’autodétermination des peuples autochtones. Cette question, une question test pour la gauche québécoise a été presqu’absente des débats.

La rupture avec le PQ était quand même assez profonde dans ce rassemblement que les considérations « stratégiques » sur le rôle que serait encore appelé à jouer le PQ comme seul parti capable, du moins dans un avenir prévisible, de gagner une élection et de tenir un référendum sur la souveraineté du Québec n’ont même pas été avancés.

La dimension féministe, une dimension essentielle de notre projet de société, en grande partie esquivée

L’absence d’une oratrice clairement représentante du mouvement féministe le vendredi soir, l’absence, le lendemain, d’un atelier portant sur la dimension féministe du projet de société, a été la grande faiblesse du forum. Le spécial de l’Aut’journal « Les femmes et l’alternative politique » aurait mérité d’être l’objet d’un atelier. Ce dernier aurait pu déboucher sur des propositions pour que cette dimension essentielle soit d’emblée pris en compte dans la démarche de construction du mouvement.

Parti et mouvement

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’idée de la construction d’un parti n’était pas populaire dans l’assemblée. Certain-e-s rejetaient la notion de parti en l’identifiant à une forme d’organisation antidémocratique. Ils-elles prenaient alors l’exemple des partis traditionnels (bourgeois). Ils passaient ainsi allègrement du rejet des partis bourgeois décrits comme antidémocratiques et manipulateurs au rejet de la forme parti elle-même. Cette attitude reflète peut être un réflexe populaire mais a l’inconvénient de faire l’économie d’une analyse sérieuse des partis bourgeois, de leur caractérisation de classe, de leur rôle particulier et précis dans le système de domination de la bourgeoisie.

D’autres ne rejetaient pas carrément la perspective de la formation d’un parti mais considéraient que ce serait prématuré de travailler dans cette direction. Pour la majorité, un mouvement politique semblait plus rassembleur qu’un parti.

Pour toutes ces raisons l’idée de parti politique, et plus particulièrement de parti politique des classes ouvrière et populaires, n’a pas été pratiquement défendue lors du rassemblement, si ce n’est pas la présence du PDS et de ses militant-e-s.

Dans ce contexte, la discussion qui risque de se développer davantage au printemps est moins celle de la formation d’un parti politique, que celle de la participation ou non à la campagne électorale par la présentation de candidatures. Cette participation sera-t-elle écartée ; sinon, quelles conditions devra remplir le mouvement pour satisfaire à loi électorale? Le mouvement se contentera-t-il de soutenir des candidatures choisies dans les régions par les diverses assemblées régionales… Le mouvement pourrait-il soutenir les candidatures du PDS…? Tout reste en jeu.

Le PDS, un parti de classe, un programme anticapitaliste

Le PDS a accueilli avec ouverture l’initiative de ce rassemblement pour alternative politique. Il y a vu la manifestation d’une volonté de partie importante de la gauche sociale de marquer sa rupture avec le gouvernement péquiste et le Parti québécois.

Les organisateurs du forum et une majeure partie des participant-e-s, ont fait le choix jusqu’ici de ne pas rejoindre le PDS et n’ont pas encore fait de la construction d’un parti politique de classe indépendantiste et socialiste leur projet. Nous pouvons respecter cette position. Mais nous ne la partageons pas. C’est pourquoi nous investissons nos énergies dans la construction du PDS. Pour notre part, nous ne croyons pas qu’on peut mettre de côté, dans le cadre de la culture politique du Québec, la perspective d’un parti politique. Un mouvement politique doit se poser la question de la lutte pour le pouvoir, sinon on ne sort pas de la dynamique du groupe de pression quelque soit le radicalisme des moyens d’action utilisés.

D’autre part, ce n’est pas parce qu’ils sont ingrats et sans-cœur que les politiciens péquistes mènent des politiques néolibérales. Ces politiques correspondent aux intérêts bien compris des patrons du Québec et du capital financier international. C’est le fonctionnement de plus en plus régressif du capitalisme dans la période actuelle qui explique ces politiques néolibérales. Si nous voulons combattre ses politiques, on ne fera pas l’économie d’une lutte contre le capitalisme, d’une lutte pour une nouvelle répartition de la richesse et des pouvoirs dans cette société.

Un exemple entre cent. Parler de réduction du temps de travail ou de partage de travail, ne permet pas de fixer un objectif clair pour l’emploi et contre la répartition actuelle de la richesse. C’est pourquoi la réduction de la semaine de travail à 32 heures sans réduction des salaires ni reculs sur les conditions de travail est une revendication essentielle qui unifie et qui peut créer une dynamique de mobilisation essentielle. Notre choix a été d’élaboré un programme indépendantiste, anti-néolibéral clair. Nous croyons fermement que dans le contexte actuel, seule la clarté politique permettra de dépasser la désorientation présente.

Nous serons des débats à venir, parce que nous soutiendrons activement toutes les démarches qui impliquent une rupture avec le PQ. En participant à ces discussions, nous rappellerons que négliger la scène électorale, c’est laisser toute la place au PQ pour représenter l’opposition aux politiciens fédéralistes et, dans ce sens, c’est permettre à Bouchard et Cie de ne pas payer le prix politique de toutes ces attaques qu’ils mènent contre les classes ouvrière et populaires et leurs organisations.

Nous participerons à cette démarche du rassemblement pour rappeler qu’il faudra préciser les conditions politiques (le programme) et organisationnelles nécessaires à la participation à cette élection. Parce que nous croyons que la perspective partidaire est incontournable, parce que nous croyons que la clarté politique sur les enjeux essentiels est nécessaire aux combats qui sont devant nous, nous continuerons dans les prochains moins à construire dans les comtés, dans les régions, à la grandeur du Québec à enraciner notre parti… Comme militantes et militantes, nous sommes partie prenante de cette gauche sociale et indépendantiste qui s’est réunie à Montréal le les 28 et 29 novembre dernier, mais comme socialistes et membres du PDS, nous croyons que nous ne ferons pas l’économie de la construction d’un parti politique défendant un programme de combat et intervenant concrètement tant dans les luttes sociales que dans les luttes électorales.

Le dialogue que nous avons mené, sans aucun sectarisme, comme tous et toutes ont pu le constater lors de la rencontre, nous allons continuer à l’entretenir avec toute la souplesse mais aussi avec toute la rigueur nécessaire .

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