Quand les précaires du sud nous interpellent
| Nous
avons déjà souligné l'importance du nouvel
internationalisme par en bas entre le Nord et le Sud qui
naît à partir des campagnes contre The Gap, Nike et
Walt Disney et surtout à partir de la lutte des
débardeurs de Liverpool. L'article ci-contre montre que
cet internationalisme par en bas se développe aussi en
Europe occidental. Mais les propos d'Antoinette Brouyaux
démontrent surtout l'importance politique de ce nouvel
internationalisme. Malheureusement, le Québec est à la traîne. Il y a bien les campagnes tout à fait pertinentes de l'organisme catholique Développement et Paix mais celles-ci paraissent sans beaucoup de liens avec le Sud et restent isolées des mouvements internationaliste, populaire et syndical du Québec. Ces mouvements semblent plus enclins à développer un internationalisme par le haut, dont le contenu éducatif est certes fort utile, mais qui aussi se démarque difficilement des objectifs de politique extérieur du gouvernement canadien. L'internationalisme jet set coûte cher et a besoin du financement de l'ACDI. Il est malheureux que plusieurs syndicalistes jugent cet internationalisme par le bas comme relevant d'un idéalisme moralisateur. Il a effectivement ce défaut. Il n'est pas non plus sans être influencé par les forces protectionnistes. L'implication de syndicalistes expérimentés de gauche pourraient corriger ces défauts. Mais il faudrait qu'ils s'y intéressent au lieu de le juger du haut de leur réalisme conditionné par 20 ans de défaites. |
par Antoinette Brouyaux, Belgique, 2/12/97.
Chers amis militants : voici une information qui a priori n'a pas grand rapport avec les sujets prioritaires de notre réseau international. Cependant, il est parfois frustrant de constater à quel point dans le monde militant, chacun lutte dans son petit mouvement. Et si nous trouvons justifié de solliciter la solidarité d'autres associations lors d'actions importantes, nous ne sommes pas toujours très attentifs à ce ces autres associations nous proposent ensuite.
On a beaucoup parlé lors de la marche européenne, de solidarité internationale dépassant l'Europe, et des liens se sont noués avec le mouvement zapatiste. Mais partout ailleurs dans le monde, il y a des travailleurs très très précaires qui se battent comme nous au quotidien pour un emploi et un salaire décent, de meilleures conditions de travail, une sécurité sociale, une liberté d'expression et d'association...
Une occasion leur est donnée de venir s'exprimer en Europe, à Bruxelles, au printemps prochain (du 30 avril au 5 mai 98). J'ai pensé qu'une action des mouvements d'exclus et de précaires européens, à cette occasion, serait très pertinente. Par solidarité avec des travailleurs souvent encore bien plus précaires que nous, issus de nombreux pays, mais aussi pour montrer si possible d'une manière interpellante que les pauvres, ici, sont aussi des consommateurs de seconde zone. Si cette proposition inspire l'un ou l'autre, on a encore le temps d'y songer.
La "marche globale" devant atteindre Genève en juin avec des groupes d'enfants ex-travailleurs serait aussi un moment intéressant où marquer notre présence, d'autant qu'il sera possible pour ceux que cela concerne, d'y associer leurs enfants. Voilà, pour ceux que cela intéresse ...
Ces dernières années, on a pu constater une évolution intéressante dans la démarche des ONG de développement, se rapprochant de la démarche syndicale, du moins sur le plan de la solidarité nord-sud. Rien d'étonnant à cela : la mondialisation de l'économie et la globalisation des marchés nécessitent une nouvelle organisation des travailleurs comme des consommateurs au nord et au sud, chaque citoyen du monde étant tout à la fois (enfin quand il le peut) travailleur et consommateur, et solidaire tout en veillant à la défense de son pouvoir d'achat (quand il en a un), où qu'il vive (on a beau prôner un autre projet de société, il faut tout de même bien manger et se vêtir, allez !)
La solidarité nord-sud a donc un nouveau visage, plus égalitaire, plus pragmatique, en tout cas moins paternaliste et caritatif. Et c'est tant mieux, même si chez nous le rapprochement entre les ONG, les syndicats, les organisations de consommateurs et autres mouvements militants ne va pas toujours de soi. Les experts en développement trouvent les nouveaux consommateurs-citoyens parfois un peu maladroits, les cadres syndicaux considèrent le monde associatif ainsi en ébullition avec une certaine perplexité, les militants associatifs ont du mal à se débarasser de leurs habitudes de fonctionnement finalement très individualistes.
Qu'à cela ne tienne : la mise en réseau de tout ce petit monde est une nécessité incontournable, face aux coalitions économiques et financières qui gouvernent aujourd'hui la planète. Et par dessus tout, un élément essentiel de cette restructuration des réseaux sociaux doit nous motiver : c'est l'organisation des mouvements syndicaux dans les pays nouvellement industrialisés [nous soulignons, La Gauche].
Grâce aux contacts entretenus entre les ONG et leurs partenaires du sud, grâce à Internet qui facilite quoi qu'on en dise la communication à l'échelle internationale, grâce aux images télévisées qui nous parviennent, tant bien que mal, à travers la jungle des programmes, nous entendons divers appels à la solidarité, extrêmement mobilisateurs.
Citons par exemple les témoignages entendus lors de rencontres organisées par la plate-forme européenne Clean Clothes ("Vêtements propres" en Belgique francophone, coordonnée par les Magasins du Monde OXFAM, "Libère tes fringues" en France, coordonnée par Artisans du Monde, "Schone Kleren", en Flandres et aux Pays-Bas, etc.)
En Belgique on se souviendra de l'appel à la solidarité lancé par Amirul Aque Amin, secrétaire général de la principale organisation syndicale du secteur textile au Bengladesh, de passage en Europe en avril 1997. Coordonnant 900 comités d'entreprises, tous clandestins, dans la revendication d'un jour de congé par semaine, il a profité de cette occasion pour lancer à tous les consommateurs européens un message très mobilisateur, pour que nous maintenions la pression sur les entreprises commercialisant les produits fabriqués dans son pays.
Ce jeudi 27 novembre, on pouvait voir à la télévision belge un reportage réalisé par Solidarité Mondiale au Salvador, où les ouvrières travaillant ou ayant travaillé dans les zones franches, se battent pour constituer un syndicat. Leur représentante lançait elle aussi un appel, citant les marques des vêtements confectionnés dans ces zones franches, dans des conditions matérielles et humaines déplorables.
D'autres informations nous parviennent, de l'Asian Monitor Resource Center de Hong-Kong, qui visite des usines en Chine et constate les mêmes problèmes de violation des droits de l'homme dans le travail, tandis que "Bataille ouvrière" à Haïti, se bat contre H.H. Cutler, le plus important sous-traitant de Walt Disney ...
Les exemples abondent, il n'en reste pas moins difficile de faire le choix des produits que l'on achète, en fonction de critères éthiques ou sociaux. Certaines sociétés ne donnent-elles pas l'impression d'être au-dessus de tout soupçon, parce qu'elles sont simplement plus soucieuses de leur image de marque ? Les pires abus n'ont-ils pas cours dans les filières d'importation de produits sans marque, dont on ignore tout ?
Ne va-t-on pas bientôt constater la formation d'un nouveau clivage dans la société, entre les nantis qui auront les moyens de consommer des produits pourvus de socio-labels, et les pauvres qui devront se contenter d'acheter les produits importés de la façon la plus opaque ?
Du 30 avril au 5 mai 1998 sera organisée à Bruxelles une session spéciale du Tribunal Permanent des Peuples organisée en collaboration avec la plate-forme européenne Clean Clothes, et consacrée aux conditions de travail dans l'industrie de l'habillement et des chaussures de sport. Des travailleurs du tiers-monde y seront invités et leurs témoignages seront confrontés aux déclarations des entreprises concernées.
Ce pourrait être l'occasion pour les exclus et les précaires de toute l'Europe, de manifester notre solidarité avec les précaires du reste du monde, et de sensibiliser le public militant présent à l'événement aux problèmes d'exclusion que nous vivons également en tant que consommateurs.
Les "hard-discounters" et autres sociétés de grande distribution, ciblant le "marché des pauvres" seront-elles également sur le banc des accusés, ou n'y trouvera-t-on que les firmes commercialisant des produits coûteux, comme Nike et Levis ?
Enfin signalons également le passage en Europe, en mai et juin 98, de la "marche globale" des enfants du monde, qui convergeront vers Genève pour la conférence de l'OIT sur le travail des enfants.
Cette initiative est lancée par le Coalition d'Asie du Sud sur la servitude des enfants (SACCS), située à New Delhi. Le projet regroupe actuellement 350 organisations réparties sur 82 pays ... et me rappelle les paroles de Farid, sur la tribune d'Amsterdam, le 14 juin dernier : "à quand une marche mondiale ?" Et bien Farid, nous voilà servis, voici une nouvelle marche, enfants admis de surcroît !
{Source : Marches européennes contre le
chômage, la précarité et les exclusions, 104, rue des
Couronnes Paris France F-75020 ; Tel : +33 1 44 62 63 44; Fax :
+33 1 44 62 63 45 ;
e-mail : marches97@ras.eu.org ;
http://www.mygale.org/02/ras/marches/
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