DÉCLARATION DE SOLIDARITÉ AVEC LES MANIFESTANTS
ET MANIFESTANTES CONTRE LA FAIM

On a toujours aussi faim !

Citoyen-ne-s opposé-e-s à la brutalite policière

tél. : 514-525-5273 (répondeur : nos porte-parole sont en prison...)
Comité des sans emplois Montréal-centre
fax : 514-524-0222

Affamer et écraser

Les bénéficiaires (sic) du bien-être (re-sic) social ont faim. À 490 $ par mois, on en est rendu là. Quand on a faim dans la famine, on crève dans la fatalité. Quand on a faim dans l'abondance capitaliste, on se sert au buffet de l'hôtel Reine-Élizabeth. Ce ne sont pas des discours sur la sacro-sainte propriété privée qui vont nous en empêcher. Et ce ne sont pas les propriétaires du Reine-Élizabeth qui vont protester, trop conscients du scandale de relation publique qui leur pend au bout du nez. La compétitivité a ses bons côtés.

(Mal)heureusement, il y a le gendarme pour défendre l'intérêt général de la bourgeoisie. Lui, et ses maîtres, ont compris que le famine des exclus mêne à la révolte, pire, à nier la prééminence du droit à la propriété sur tous les autres droits de toutes les chartes du monde. Alors ils ont sévi, sans discrimination (une fois n'est pas coutume). Tout le monde, tous les 108 bouffeux de salade dans le panier à salade. Et pour les têtes de cochons, la prison. Un jour, bourgeois salaud, on aura ta peau.

Celui qui habite l'hiver

Le 3 décembre dernier, une centaine de personnes ont participé à une action du Comité des sans-emploi Montréal-Centre qui avait pour but de dénoncer la faim et de faire entendre leur colère face aux élu-e-s qui préfèrent capituler devant les lobbies financiers. La manifestation se tenait devant l'hôtel Reine-Élizabeth après qu'un groupe de personnes soit allé chercher de la nourriture dans le restaurant de cet hôtel afin de la redistribuer symboliquement.

Alors que cette manifestation se déroulait dans le calme et qu'elle ne bloquait ni la rue ni les portes de l'hôtel, la police est intervenue en très grande force et avec rapidité. Elle a arrêté 108 personnes qui ont passé entre 13 et 20 heures en prison. Il s'agit d'une des opérations policières les plus spectaculaires de l'histoire du Québec dans le cadre d'un événement politique.

Parmi les personnes arrêtées, il y a des militantes et des militants d'une dizaine de groupes populaires, des étudiantes et étudiants des CEGEPs Saint-Laurent, Maisonneuve et Vieux-Montréal, de l'UQAM, de l'Université Concordia et de l'Université de Montréal, des chômeurs et chômeuses, des travailleuses et travailleurs, des personnes assistées sociales, etc.

Au moins une quarantaine de personnes sont accusées de divers délits : vol, méfait, complot, incitation à commettre un acte criminel et voie de fait. Quatre des accusés se sont fait imposer des conditions de libération extrêmement sévères incluant l'interdiction d'organiser ou de participer à toute manifestation et de communiquer entre eux d'ici la fin de leur procès. En date du 10 décembre, deux des accusés étaient toujours en prison, l'un pour avoir refusé ces conditions, l'autre ayant été empêché par le juge René Déry de plaider sa cause.

Pour avoir dénoncé la pauvreté et la faim deux membres du COBP (Citoyens-ne-s opposés-es à la brutalité policière), Alexandre Popovic et Yves Manseau, vont rester en prison jusqu'au 16 décembre. Ils faisaient partie des 108 pauvres arrêtés pour avoir voulu manger, lors de l'opération serve yourself au Reine Élisabeth, le 3 décembre. Il n'y a pas eu de plainte du Reine-Elisabeth pour vol. L'événement s'est déroulé sans violence : les citoyen-ne-s arretées n'ont offert aucune résistance.

L'arrestation massive a eu lieu a 12h45. Le soir même, le commandant Michel Gagnon déclarait aux médias : nous devons determiner « qui sont ceux et celles qui ont pris une part active dans l'événement, quel rôle ils ont joué...». Nous devons aussi « identifier positivement chacun d'entre eux ». Celui-ci d'ajouter que ce serait « une tâche longue et ardue ».

Ce qui nous amène à nous poser la question : si l'événement en cause est la manifestation, alors manifester est illégal pour M. Gagnon. Et si le fait de transporter des assiettes est le crime, alors pourquoi avoir arrêté les 108 personnes?

Était-ce une partie de pêche? Peut-être que des gens ont transporté des assiettes, peut-être que d'autres ont mangé de la nourriture. Pourtant, le propriétaire de la nourriture n'a pas porté plainte et « le transport des assiettes » s'est déroulé dans un lieu privé. Ainsi, pour quelles personnes doit-on avoir des motifs raisonnables de croire qu'elle ont commis un acte criminel ? C'est ce que les forces policières tentaient d'élucider après avoir décidé d'arrêter tout le monde.

Parmi ces personnes arrêtées, se trouvaient deux porte-parole critiques du travail policier : Alexandre Popovic et Yves Manseau. (Ces membres de notre comité, dénoncent sur plusieurs tribunes depuis maintenant deux ans les écarts de conduite du SPCUM.) Au départ, les personnes arrêtées apprirent qu'elles seraient accusées de méfait. Par la suite, à leur sortie de prison, les prisonniers découvrirent qu'elles auraient à faire face à des accusations de vol de moins de $5000.00 et complot en plus. Sur le lot, deux personnes font face à des accusations de voies de fait, deux autres sont accusés d'incitation à commettre un acte criminel. Ces derniers, des agitateurs, selon le procureur, sont toujours incarcérés. Il s'agit de M. Manseau et Popovic. Le 16 décembre, ils auront déjà accumulé 14 jours de prison pour un méfait aussi grave qu'un vol de salade, encore non prouvé! A. Popovic a refusé ses conditions de libération qui sont : interdiction d'organiser ou de participer à une manifestation et ne pas communiquer directement ou indirectement avec les autres coaccusés – ils sont quatre en tout – soumis aux mêmes conditions.

M. Manseau, pour sa part, n'a pas eu l'occasion de se faire valoir à son enquête sous caution. Sans que la couronne n'ait donné ses raisons justifiant ses conditions, le juge Dery a demandé sur un ton vindicatif s'il les acceptait, ensuite, il n'a pas voulu que M. Manseau se représente lui-même et fasse valoir des témoins ou arguments sur la rigidité de ces conditions en regard du degré de dangerosité que sa libération pourrait représenter. Le même juge, insensible aux demandes du prévenu, a suspendu la séance sans donner de nouvelle date après qu'une personne de la salle ait signalé ce déni de justice. Aujourd'hui, cinq jours se sont écoulés depuis son incarcération et il n'a toujours pas eu d'enquête sous caution. Est-ce que critiquer la police met du sable dans l'engrenage du système de justice ?

Maintenant, peut-être, sommes-nous à même de voir l'aspect éminemment politique du choix d'imposer ce genre de conditions a M. Manseau et Popovic. Qui plus est, le réflexe de ne pas entendre la voix dissidente de M. Manseau vient peut-être de la même oreille que celle qui nous sera tendue cet après-midi à la Commission de la Sécurite Publique de la Communauté Urbaine de Montréal. M. Manseau, porte-parole du COBP, aurait voulu y être pour questionner le dépassement de budget que constitue l'implantation sauvage de la police de quartier alors que les coupures dans les services sociaux poussent de plus en plus de gens démunis vers l'itinérance.

L'arrestation massive, geste digne d'un régime totalitaire, s'inscrit dans la dérive coups de filets préconisée par le SPCUM. Pour nous, ces arrestations et accusations sont totalement injustifiées et ne visent qu'à briser le mouvement de contestation sociale qui prend de l'ampleur face à la pauvreté et la misère qui s'étendent.

Le droit à la liberté d'expression et le droit d'association font partie des libertés fondamentales et doivent être respectés. Le problème, c'est que la police et le milieu judiciaire prennent goût à cette répression. En effet, depuis la vaste manifestation contre la venue d'un groupe d'extrême-droite, Human Life International, en avril 1995, des centaines de personnes se sont vues interdire de manifester suite à leur participation à divers événements. Cette privation des droits démocratiques est injustifiée et nous mène dans une pente glissante. Le droit de manifester est tout simplement remis en question! Nous croyons aujourd'hui que cet état de chose a assez duré.

Nous en avons assez de la « guerre contre les pauvres et les insoumis-e-s » que mènent la police, les procureur-e-s et nos gouvernant-e-s en méprisant nos droits politiques et économiques. Des mesures immédiates doivent être prises pour combler le fossé grandissant qui sépare les riches et les pauvres, tant au niveau du droit à un revenu décent que dans leur accès à la justice, à la santé et à l'éducation.

Nous réclamons:

— le retrait immédiat de toutes les accusations arbitraires portées lors de cette intervention policière

— la libération immédiate et sans condition des deux individus susmentionnés et l'abandon des procédures contre tous les manifestants et toutes les manifestantes contre la faim;

— l'abandon par la police des pratiques de répression de plus en plus systématiques qu'elle emploie à l'égard des pauvres et des militant-e-s;

— l'abandon par les procureur-e-s et les juges de la pratique qui consiste à criminaliser les pauvres et les militant-e-s;

— le respect intégral par tous les représentant-e-s de l'ordre de la Charte des droits et libertés;

— le respect du droit de protester et de s'organiser contre la misère et la pauvreté.

{Synthèse de deux textes}

 

Venez avec nous faire une chaine humaine autour de la Cour municipale

Mardi 16 décembre, 9h00 AM, métro Champs-de-Mars

Le jour de la comparution de deux manifestants - Alexandre Popovic et Yves Manseau - qui sont toujours derrière les barreaux, venez manifester votre solidarité et défendre le droit de protester contre la pauvreté croissante!

- Pour la libération immédiate et sans condition des deux manifestants du 3 décembre encore détenus;

- Pour le retrait immédiat et sans condition de toutes les accusations portées contre les 108 personnes arrêtées le 3 décembre 1997;

- Pour le respect du droit de manifester.

PÉTITION D'APPUI AUX 108 MANIFESTANTES ET MANIFESTANTS CONTRE LA FAIM

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