SOUS LE VERNIS, LA BARBARIE
Par Ginette Lewis
Peut-être est-ce très, très
loin.
Peut-être est-ce une république de bananes.
Peut-être est-ce un petit pays avec un gros dictateur.
Mais où est-ce ?
Cet endroit prive ces citoyens et citoyennes de libertés élémentaires; pas par la menace ou la torture mais encore plus subtil: par l'argent. Il enlève de l'argent , il coupe si les gens désobéissent aux règles établies.
Les personnes sont catégorisées: dans l'une tu es inapte, tu reçois plus d'argent. Dans l'autre, tu es un paresseux, tu dois travailler.
Une personne se doit de participer à des programmes de réinsertion à l'emploi, sinon on coupe.
Les gens ne peuvent partager leur logement avec d'autres personnes, surtout pas un conjoint ou une conjointe, sinon on coupe.
Les gens ne peuvent être autonomes et payer leur loyer car à la moindre erreur ( du propriétaire ou du locataire) on saisie le loyer directement sur l'argent.
Les femmes ayant des enfants de plus de deux ans doivent se réinsérer sur le marché du travail, sinon on coupe.
Les individu-e-s malades recevaient avant leurs médicaments gratuits, maintenant ils doivent payer une quote-part, sinon pas de médicaments.
Tout cela se déroule au Québec avec la réforme de l'aide sociale et les multiples coupures qui s'additionnent depuis la volonté gouvernementale d'atteindre le déficit zéro.
Ce sont des libertés fondamentales qu'on remet en question, petit à petit, qu'on gruge au fil de chaque règlement, de chaque réforme. Les justifications avancées sont celle des abus dans l'aide sociale (???) avec lesquels il faut finir et considérer la personne sur l'aide sociale comme une personne responsable qui doit aussi faire sa part dans l'endettement de l'État. Le problème ce ne sont pas les individu-e-s honnêtes ou non, paresseux-euses, handicapé-e-s ou monoparentales. Il faut arrêter de rejeter sur les épaules des gens, des crimes qui sont issus de la structure même de notre société. L'exclusion sociale est la conséquence directe de l'ALENA, de la mondialisation de l'économie. Les capitalistes le savent, l'ont décidé et vont en créer davantage au fil de l'accroissement des taux de profit. Comparer ces dernières années les courbes des profits (en terme de milliards $) des institutions bancaires, l'augmentation de la pauvreté, la perte de jobs. Ils veulent l'exclusion sociale, ils veulent de l'aide sociale, ils veulent un bon bastion de sans emploi pour faire baisser les salaires. Ce ne sont pas les individu-e-s pauvres qui sont paresseux-euses, ce sont les taux de profit qui commandent la pauvreté. Ils poussent même le cynisme à trouver que l'assistance sociale coûte trop cher, et ce ne sont pas eux qui la paye; ils ne payent pas d'impôts. Ils poussent donc pour un régime sévère d'aide. Pourtant ils veulent des citoyens et citoyennes de seconde zone, des gens jugés irresponsables, sans avenir et sans ressources.
Les républiques de bananes, ils connaissent ça. Sous le vernis, la barbarie.
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