En passant par le Luxembourg
Tentative de bilan (rapide) d'une initiative improvisée...
Lancée à quelques-uns, hors de tout cadre organisé, l'initiative « Un train pour le Luxembourg » (1) s'inscrivait d'emblée dans la lignée des Marches européennes qui ont convergées sur Amsterdam le 14 juin dernier (2), et de la manifestation/rencontre européenne de Venise les 12-13-14 septembre. Il s'agissait, même de façon modeste, de donner une fois de plus une indication sur le nécessaire caractère trans-national des luttes sociales aujourd'hui. Initiée de façon improvisée, à peine deux semaines avant le rendez-vous du « Sommet européen pour l'emploi » de Luxembourg, le 20 novembre, cette initiative a aussi revêtu le caractère d'un véritable pari. En proposant une action de réquisition, notre volonté était de brusquer le ron-ron revendicatif et/ou un certains défaitisme ambiant. Il ne suffit pas pour les chômeurs et les précaires de défiler pour leurs droits, mais bien plutôt de les faire valoir dans l'action.
Comme pour les occupations de locaux d'Assedic ou d'organismes sociaux, qui sont menée par des collectifs de précaires et de chômeurs ces dernières années, le propos était de pointer vers la construction d'un rapport de force, vers la construction de dynamiques de mobilisation à même de peser sur des pans de réalité. Comme nous l'avons exprimé dans notre texte d'appel, cette action symbolique - certes - entendait mettre en avant un contenu politique articulé :
« Nous voulons aller à Luxembourg sans payer parce que nous, chômeurs, précaires, travailleurs, jeunes et moins jeunes, n'avons pas des moyens de ministre pour nous déplacer. Mais surtout, il s'agit pour nous de revendiquer le droit et le bénéfice du service public et sa gratuité. Une manière de nous réapproprier une infime partie de la richesse sociale produite et d'affirmer le droit à un revenu décent pour tous. Nous voulons aller à Luxembourg en passant les différentes frontières sans exhiber nos pièces d'identité afin d'affirmer que la libre circulation n'est pas seulement réservée aux capitaux, aux marchandises et aux flics, mais bien un droit élémentaire de tout individu, comme la lutte des sans-papiers en France n'a cessé de le revendiquer. »
Une façon de mettre en avant des revendications qui nous semblent essentielles : - Pour réduction du temps de travail. Pour une réduction massive et généralisée du temps de travail dans toute l'Europe, sans perte de pouvoir d'achat, ni flexibilité et avec embauches correspondantes. Les 35 h (puis 32 h et au delà) étant une première étape qui doit pouvoir être appliquée partout ! - Pour un revenu garanti. Pour la garantie d'un revenu qui permette à tous et toutes de vivre décemment, que l'on soit salarié à temps plein, avec un temps partiel imposé, sous un statut précaire, travailleur intermittent ou que l'on soit au chômage. - Pour la libre circulation. Les capitaux, les marchandises, les flics sont libres de circuler, mais pas les individus, les sans-papiers, les sans-droits, les sans-revenus. Il est temps de montrer que ce monde nous appartient en pratiquant la liberté et la gratuité.
Sur le déroulement lui-même de l'initiative, peut de chose à en dire, la dépêche diffusée par l'AFP est, à ce titre, assez proche de la réalité :
« Paris - 20 novembre (AFP) - Une centaine de militants d'AC! (Agir contre le chômage!) ont effectué jeudi matin une opération "réquisition", à la gare de l'Est, consistant à prendre sans payer un train pour Luxembourg, afin de participer à la manifestation syndicale européenne, à constaté l'AFP. Le train à été retardé 35 minutes en raison d'une intervention d'agents de la SNCF, accompagnés d'une vingtaine de policiers. Après discussion avec les manifestants, la SNCF a décidé de ne pas effectuer de contrôle de billets. "Les manifestants d'AC! n'ont pas de billets, car, étant des chômeurs, ils n'ont pas les moyens de se le payer", ont expliqué des responsables de l'association, qui disposent du soutien des syndicats de cheminots CGT, CFDT, SUD-Rail et FMC (maîtrise et cadres). » (3)
Par contre du point de vue politique, plusieurs remarques doivent être faites.
1) Tout d'abord l'absence quasi totale de la "mouvance libertaire". Non seulement l'essentiels des organisations libertaires - à part quelques membres de Scalp-Reflex et surtout du collectif parisien « Dix-huitième parallèle » - n'a pas participé, mais surtout n'a pas même exprimé l'ombre d'un intérêt, ne serait-ce qu'en prenant position sur la proposition qui leur était faite. Le fait est surtout notable en ce que ce milieu est, ou a été, pour certains d'entre nous, notre espace politique "naturel", et que nous en attendions sans doute (un peu naïvement) "plus". Il est vrai que l'on ne peut pas se saouler de formules "radicales" toutes faites et s'auto-convaincre qu'on est les "meilleurs" et, dans le même temps prendre part à des luttes concrètes. Donc acte ! Nous saurons désormais sur qui l'on peut compter réellement dans les luttes.
2) Il s'est déterminé, de façon certes ponctuelle, autour de la proposition « Un train pour le Luxembourg » une convergence assez large entre des individus et des réalités diversifiés, montrant que, au-delà des chapelles et des divergences, pouvaient se dégager des perspectives de coopération politique productives. AC! nous à apporté officiellement et pratiquement son soutien. Cargo a contribué activement au niveau politique et logistique. Mais il y a eut aussi les syndicalistes SUD-PTT, SUD-Rail et CFDT « en lutte » (dont près de 200 militants ont pris le train avec les "resquilleurs"). Enfin des inorganisés, des gens qui ne sont pas des militants, des salariés qui, ne pouvant pas partir, sont quand même venus le matin participer à la réquisition... Et des chômeurs venus gratuitement de Grenoble et Bordeaux pour participer à cette action... Une conjonction activiste informelle, large et diversifiée, qui s'est révélée bien plus opérante que les gargouillis groupusculaires et les pudibonderies idéologiques de beaucoup de ceux qui s'auto-proclament « révolutionnaires » !
Comme nous l'avons dit, depuis le départ, notre propos était d'initier une dynamique, non de construire un nouveau groupuscule ou tendance : en toute logique, le Collectif pour une Europe sociale - « Un train pour le Luxembourg » disparaît au soir même de la manifestation du 20 novembre. Reste que nous espérons que la leçon portera, qu'au delà de l'éphémère convergence et son relatif succès, et que cette initiative aura permis d'ouvrir de nouvelles perspectives... Pour participer à de prochaines initiatives européennes ou internationales, pour développer aussi des actions directes de chômeurs et de précaires (comme ceux qui ont occupé le bureau du Centre d'action sociale de la Mairie du XIe arrondissement de Paris, le 24 novembre, pour réclamer une aide d'urgence), ou pour un nouveau "coup de folie" du style « un train pour Deauville », qui viserait à porter à un prix "abordable" (gratuit!) des centaines de chômeurs et précaires pour un week-end à la mer...
Aris Papathéodorou
------------------------------------------------
Nous proposions concrètement une montée collective, la plus massive possible, en imposant la gratuité des transports et la libre circulation : « Nous voulons aller à Luxembourg sans payer parce que nous, chômeurs, précaires, travailleurs, jeunes et moins jeunes, n'avons pas des moyens de ministre pour nous déplacer. Mais surtout, il s'agit pour nous de revendiquer le droit et le bénéfice du service public et sa gratuité. Une manière de nous réapproprier une infime partie de la richesse sociale produite et d'affirmer le droit à un revenu décent pour tous. Nous voulons aller à Luxembourg en passant les différentes frontières sans exhiber nos pièces d'identité afin d'affirmer que la libre circulation n'est pas seulement réservée aux capitaux, aux marchandises et aux flics, mais bien un droit élémentaire de tout individu, comme la lutte des sans-papiers en France n'a cessé de le revendiquer. »
À cette occasion, 3000 italiens, à l'appel des Centres sociaux autogérés, avaient "réquisitionné" deux trains pour monter à Amsterdam, sans payer, ni présenter de documents d'identité aux frontières. (3) Seul petit "couac" de l'opération : Les 14 Bordelais, ont étés arrêtés à Paris au retour, lors de l'opération « transport gratuit » qui devait les ramener à leur port et ont passé quelques heures au commissariat du XIVe arrondissement avant de pouvoir rentrer chez eux.
-----------------------------------------
Marches européennes contre le chômage, la précarité et les
exclusions
104, rue des Couronnes F-75020 Paris France
Tel : +33 1 44 62 63 44
Fax : +33 1 44 62 63 45
e-mail : mailto:marches97@ras.eu.org
http://www.mygale.org/02/ras/marches/
[ Accueil de La Gauche ] [ Index de La Gauche ]
[ INPRECOR
]