Négociations dans le secteur public

La gauche ouvrière et populaire se reconstruira dans un combat démocratique intransigeant contre le néolibéralisme!

Alors qu’il prétend retourner les personnes assistées sociales au travail, le gouvernement Bouchard s’attaque à l’emploi et vise à réduire les emplois dans le secteur public de plusieurs dizaines de milliers d’ici l’an 2000. Non seulement ces politiques attaquent des acquis sociaux, mais elles renforcent l’obstacle principal à la relance de l’économie, le recul du pouvoir d’achat des masses. Ces politiques nourrissent le chômage et conduiront à de nouvelles coupures, car l’augmentation du chômage mène à une réduction de l’assiette fiscale. C’est dans cette spirale destructrice... que nous amène le gouvernement.

Du réalisme... à la capitulation

En acceptant l’objectif du déficit zéro, les centrales syndicales acceptent que le capital financier puisse dicter ses quatre volontés au gouvernement du Québec et puisse exercer le véritable pouvoir sur les politiques économiques et sociales du Québec.

En souscrivant à l’objectif zéro en mars dernier, les directions syndicales ont adopté la logique néolibérale du gouvernent et elles sont aujourd’hui prisonnières d’une logique implacable. Ces directions ont beau apporter des nuances sur les moyens de parvenir au déficit zéro, leur refus de remettre en question l’objectif du déficit zéro les rend tout à fait incapables de s’opposer de front et de façon conséquente aux politiques menées par les gouvernements tant fédéral que provincial.

Après une année de coupures désastreuses dans l’éducation et la santé , malgré les plans de coupures, qui vont déboucher sur des milliers de pertes d’emplois et de postes dans le secteur de la santé tout particulièrement, les Clément Godbout , président de la FTQ et Gérald Larose, président de la CSN ont réitéré, dans leur bilan de fin d’année, leur soutien à l’objectif du déficit zéro.

Le mouvement syndical n’est plus sur une ligne de défense des acquis. Ces dernières années, les succès n’étaient pas nombreux sur l’orientation de la défense des acquis, et on pouvait remettre en question les stratégies avancées. Mais, avec les derniers sommets économiques et la volonté de leur intégration comme partie des élites de la société au même titre que les politiciens et les dirigeants d’entreprises, les directions syndicales sont en train de redéfinir leur rôle comme celui de gestionnaires des reculs. Pour ces directions, l’organisation de la résistance aux politiques gouvernementales seraient désormais hors de portée. La stratégie syndicale doit viser à gérer les reculs pour éviter le pire.

Au début décembre, les 2/3 des syndiqué-e-s d’Hydro-Québec ont dit oui à une convention collective prévoyant une clause de paix sociale de cinq ans. Ceci s’est fait au nom de la volonté d’améliorer la compétitivité de l’entreprise face à l’ouverture des marchés de l’électricité. La semaine de travail était réduite à quatre jours avec une réduction des salaires correspondante; l’entente prévoyait que la réduction de travail serait modulée selon les besoins cycliques de l’entreprise et des clients. Cette entente s’inscrit parfaitement dans l’orientation adoptée dans la prétendue « plate-forme sur l’emploi » signée au sommet d’octobre dernier.

Les négociations dans le secteur public,
ou quand les directions syndicales trouvent des idées plus
brillantes que le gouvernement pour parvenir au déficit zéro.

Le gouvernement Bouchard avait lancé les négociations en prévoyant une réduction du temps de travail avec une perte de salaire compensé par le non-paiement par les employé-e-s de leurs cotisations aux régimes de retraite... La réduction des salaires apportait immédiatement de l’argent au gouvernement à une hauteur de plus de 1 milliard de dollars. Le gouvernement pensait qu’il avait une excellente idée et que sa proposition pourrait passer sans trop de mal.

Mais une majorité des 400 000 employés de l’État ont rejeté la proposition et s’est prononcée pour une journée de grève générale. Certains secteurs restaient en retrait de la mobilisation mais la dynamique du mouvement ne faisait que s’amorcer. Au début décembre, la possibilité d’une mobilisation massive contre les intentions gouvernementales se confirmait par la multiplication d’importantes manifestations tant au niveau régional qu’au niveau national. La fusion des luttes de différents secteurs attaqués était une perspective possible. Et nous soutenions une telle orientation.

Mais, avant même d’avoir exercé leur journée de grève, disant craindre la dureté d’une loi-décret imposant la proposition gouvernementale, les centrales syndicales et les syndicats indépendants proposaient un programme de départs volontaires (retraites et pré-retraites) financés en partie par les fonds de pension. Le gouvernement reprenait au bond cette proposition que le premier ministre Bouchard lui-même jugeait plus intéressante que la première proposition gouvernementale car la proposition syndicale avait un effet récurrent diminuant pour de bon la masse salariale en diminuant le nombre de salariés en emploi. Selon le président de la FTQ, Clément Godbout: « M. Bouchard a semblé content de voir émerger une proposition responsable comme la nôtre ». En effet, le premier ministre Bouchard a estimé que la proposition syndicale d’utiliser les surplus de la caisse de retraite pour financer des départs accélérés est « meilleure que celle du gouvernement parce qu’elle est récurrente. Si vous diminuez la masse salariale, les gains sont permanents.  »

L’entente que les dirigeant-e-s syndicaux ont accepté de recommander et de défendre dans leurs instances et dans les assemblées générales prévoit la suppression de 15 000 postes d’ici juillet 97 et une concessions de 100 millions de dollars, soit l’équivalent d’une journée de travail avant la fin mars 1997, pour apporter leur contribution aux objectifs budgétaires du gouvernement pour mars prochain.

Bouchard veut recommencer l’exercice les années suivantes. Selon l’économiste Pierre Fortin: « Ni plus que 55 000 des 450 000 employés actuels du Québec doivent partir d’ici trois ans. », toujours si on maintient l’objectif du déficit zéro.

Les services fournis à la population par ces travailleurs et ces travailleuses ne seront plus offerts. Ces postes seront abolis. Les départs volontaires ne seront remplacés que marginalement, -tel est le sens de l’exercice - et ce, par du personnel précaire sans protection sociale... Voilà ce à quoi les directions syndicales ont demandé à leurs membres de souscrire afin d’éviter le moins pire... qu’aurait été un décret.

En conseillant la réduction des effectifs du service public au nom de l’objectif zéro, en se disant prêt à négocier les modalités de ces mises à la retraite et des ces abolitions de postes, en recommandant à leurs instances puis à leurs membres d’accepter la proposition gouvernementale, le mouvement syndical a agi comme une force d’appoint permettant l’application de politiques néolibérales. Car l’argent dégagé par ces abolitions de postes sera désormais destiné aux paiements des banquiers plutôt qu’en salaires aux employé-e-s et en services à la population. De plus, il faut compter que ces abolitions de postes vont conduire à recourir davantage à la sous-traitance pour pallier au manque de personnel. La précarité des personnels restants fera un bond en avant. La détérioration des services va construire les conditions politiques permettant le renforcement des tendances à privatisation.

L’opposition à l’orientation des directions syndicales, sans politique alternative.

L’opposition à cette orientation dans le mouvement syndical a tout même été considérable. La FAS, 95 000 membres, a refusé d’accepter cette entente. Pour Louis Roy, président de la FAS, il n’est pas question d’accepter l’objectif de 15 000 suppressions de postes (équivalent temps complet) en signant une telle entente. Les délégués du conseil provincial des affaires sociales (SCFP-FTQ) dans une proportion de 90%. ont également refusé cette entente pour permettre à l’état d’économiser 800 millions $ par année sur une base récurrente. Ces délégué-e-s refusent les départs sans remplacement. A la CEQ, des syndicats très importants (dont l’Alliance des professeurs de Montréal, 8000 membres, le Syndicat de l’enseignement de la Rive-sud de Québec, 2000 membres...) ont rejeté l’entente, malgré les recommandations de la direction de la centrale. Les dirigeants des syndicats des affaires sociales de la CSD qui représentent 6 000 travailleurs de la santé et des services sociaux ont aussi annoncé leurs refus de recommander à leurs membres l’acceptation de la proposition gouvernementale. Mais le fait que la majorité des directions nationales et sectorielles aient accepté de recommander (si ce n’est de se battre) pour la proposition gouvernementale dans les assemblées générales a permis que cette dernière passe la rampe.

La capitulation des directions a joué un rôle central. Le mécontentement important chez les employé-e-s des secteurs public et para-public est manifeste. La volonté de se battre et de résister aurait pu faire boule de neige pour autant que les directions se soient tenues debout. Mais l’inexistence d’une gauche organisée a permis que cette opposition des bases ne trouve pas de porte-parole articulés pouvant proposer une perspective alternative à la capitulation proposée.

Bouchard se réjouit du faible prix politique qu’il a à payer

Et Bouchard se réjouit qu’il ait un prix politique si peu important à payer pour une offensive d’une telle envergure. « Qu’il y ait fléchissement dans le taux de popularité du gouvernement, dit le premier ministre du Québec, c’est tout à fait normal. Moi, je me serais attendu à pire que cela. Regardez ce qu’on fait, regardez qui on attaque, tout le monde, on touche à tout le monde. » Et s’il paye un faible prix, c’est qu’une série de capitulations se sont empilées sur une série d’erreurs stratégiques qui ont continué d’affaiblir la capacité de riposte des classes ouvrière et populaires.

Perspectives

Il est plus que temps que la gauche syndicale et populaire dénonce ouvertement le choix des directions actuelles du mouvement syndical.

Cette gauche doit construire son action:

- sur le refus de l’objectif du déficit zéro et sur l’abrogation de la loi sur l’élimination du déficit et de l’équilibre budgétaire;

- sur le rejet d’un modèle de développement économique centré sur la compétition de tous contre tous;

-sur le refus de la diminution des effectifs dans les services publics;

-sur le refus de la réduction des salaires et le développement d’une structure de plus en plus inégalitaires des revenus

-sur la relance du pouvoir d’achat des classes ouvrière et populaire;

-sur le refus de la liberté absolue du capital financier de spéculer, de s’attaquer aux économies productives ou aux services publics au nom d’une économie de plus en plus parasitaire et spéculative.

 

Il faut construire notre front du refus. C’est dans un combat démocratique intransigeant contre le néolibéralisme que pourra se reconstruire la gauche ouvrière et populaire.

Bernard Rioux

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