"C'est impossible toutes ces coupures, ils vont devoir remplacer". Voilà comment réagit le personnel dans le secteur de la santé. L'ampleur de la défaite n'est pas encore vécue. Elle apparaît comme impossible. Pourtant, les visées gouvernementales sont claires. L'entente de principe conclue entre les centrales syndicales et le gouvernement entérine la fermeture massive de postes dans la santé (15,000 équivalents temps complet donc plus de 15,000 postes si on tient compte des temps partiel). L'affichage de postes aussi subit des transformations. La convention est ainsi touchée. C'est un gel dans l'affichage jusqu'en 1999. Le gouvernement s'assure donc d'un bassin de postes vacants où l'arbitraire dans le remplacement renforcera le droit de gérance de l'employeur.
Les syndiqué-e-s savent la profondeur de l'offensive, mais ils la réaliseront pleinement quand les fardeaux de tâches s'accumuleront. Déjà le personnel de la santé est reconnu pour ses problèmes de santé mentale, il y a fort à parier que cet état de santé va s'aggraver: stress et burn out seront le lot quotidien du travail des personnels du secteur hospitalier.
Il est difficile d'imaginer pour les travailleurs et les travailleuses de la base que les directions syndicales ont cautionné une telle attaque contre le réseau de la santé. Pourtant tout au long du processus, les directions syndicales ont travaillé pour éviter la loi-décret et pour en venir à une entente avec le gouvernement dans la perspective d'un bon partenariat. Cette stratégie d'éviter le pire et de participer à l'atteinte d'un déficit zéro a grandement mis en péril les principaux acquis sociaux des années 70 en éducation et en santé. Cette logique patronale d'en finir avec la crise et de se serrer la ceinture visait simplement à casser les conventions collectives. Les banques avec leurs milliards de profit sont loin elles de se serrer la ceinture. Que dire des compagnies pharmaceutiques, des trusts alimentaires, ...? Les directions syndicales ont voulu être les partenaires de la bourgeoisie en allant plus loin que les bourgeois eux-mêmes pour simplement prouver leur bonne foi. Voilà où mène la concertation à tout prix!
Les associations patronales, dans une déclaration au Soleil du 25 mars 1997, ont déclaré ne pouvoir remplir le contrat de coupures demandé par le gouvernement... non à cause de l'ampleur des coupures mais parce qu'elles ne vont pas assez loin. En effet, au delà des coupures de postes, les associations patronales voulaient la remise en question des conventions collectives. La sécurité d'emploi était entamée par une baisse de salaire de 20% pour les temps complets et pour les temps partiels un calcul formel des heures de travail qui aggravait la perte de 20 %, la mobilité était aussi à l'ordre de jour avec le replacement à 125 kilomètres au lieu de 50 et par l'obligation de prendre un poste y compris avec des baisses de 20% de salaire pour les sécuritaires d'emploi (les infirmières auxiliaires se voyaient ainsi devenir des préposé-e-s aux bénéficiaires). En plus, l'affichage de postes gelés sanctionnait (et sanctionne encore) l'arbitraire patronal et son droit de gérance. Sauf pour l'affichage de postes, le gouvernement dans la négociation a laissé tomber les remises en cause des conventions, au grand dam des associations patronales (le gouvernement aurait trop cédé, selon l'Association des hôpitaux). Mais face à la gourmandise des organisations patronales, le soi-disant recul du gouvernement fait oublier la force de l'offensive comme telle.
La conclusion a tirée de cette négociation historique c'est qu'au cours des prochains mois, la santé va être malade au Québec. L'offensive gouvernementale pour atteindre son déficit zéro va prendre tout son ampleur, les réseaux de la santé et de l'éducation seront tout simplement ébranlés. Les travailleurs, il faut en fait dire les travailleuses car elles sont majoritaires dans le secteur public, vont voir leur droit au travail entamé. Et monsieur Bouchard va sortir de cette période comme le héros négociateur, au lieu d'être le macho fossoyeur de la fonction publique. Les directions syndicales y auront malheureusement contribué.
En tout cas, le gouvernement pouvait bien dépenser beaucoup de sous en remerciant ses employé-e-s, dans une page entière de journal, pour leur effort vers le déficit zéro... C'est une vraie insulte. Il y a de quoi être malade....
Les travailleurs et travailleuses du secteur public de la base ce sont eux et elles qui font fonctionner les services. Le départ de plus de 7000 personnes d'ici le 1 juillet, en pleine période de vacances, est une planification difficilement imaginable et illustre bien l'incompétence des gestionnaires actuels. Non seulement les services vont être coupés, mais ce qui va rester va être perturbé. Alors des retards dans la mise en application de lentente risquent d'apparaître et là aussi le gouvernement pourra choisir de ne pas tenir sa parole. On n'est pas à une remise en question près de toute façon.