Jean Chrétien s'ingère grossièrement dans les affaires internes des Philippines en recommandant au peuple philippin de réélire le président Ramos l'ex-général en chef du dictateur Marcos, qui avait retourné sa chemise juste à temps malgré que la constitution de ce pays l'interdise. Mais le chef libéral a bien pris garde, en Corée du Sud alors en pleine révolte ouvrière, de ne pas dire clairement et publiquement au président sud-coréen que convoquer le parlement en cachette de l'opposition, pour voter une profonde réforme des lois du travail, n'est pas politically correct en démocratie parlementaire.
Ce comportement à l'américaine du premier ministre s'ajuste d'ailleurs comme un gant à son style plan B envers le Québec et au refus total de son gouvernement de donner suite aux recommandations modérées du rapport Erasmus-Dussault au sujet des nations aborigènes. Si on ajoute les comportements méprisants, jusqu'au meurtre et au viol, de l'armée canadienne en Somalie et en Bosnie, on ne peut que constater que l'image d'impérialisme à visage humain, dont le Canada aime se parer, en prend un coup. Mais n'y a-t-il là que dérapage ?
Depuis quelques années, on constate que les transnationales canadiennes investissent beaucoup à l'étranger tant et si bien que les investissements directs du Canada à 'étranger sont pratiquement égaux aux investissements étrangers au Canada le fort endettement net canadien envers l'étranger vient surtout des emprunts publics). À la pointe de ce flux conquérant, on retrouve d'importants investissements miniers de chefs de file mondiaux dans leur domaine, comme Barrick et Placer-Dome, particulièrement dans le tiers monde.
On constate aussi que ces compagnies affectionnent les régimes autoritaires comme le Chili au temps de Pinochet, le Pérou de Fujimori, l'Indonésie de Suharto depuis quelques mois Barrick et Placer s'y disputent le contrôle de ce qui pourrait devenir la plus grande mine d'or au monde et le Zaïre de Mobutu. Une des raisons qui a motivé Ottawa a vouloir prendre la tête de l'intervention impérialiste au Kivu a été l'intérêt de compagnies canadiennes dans le cuivre et le cobalt du Shaba et dans un métal rare, le niobium, du Kivu.
On réalise enfin que ces compagnies minières n'y vont pas de mains mortes pour ce qui des conditions de travail et des normes environnementales, ce qui n'a pas manqué de produire des résistances syndicales et aborigènes. Aux Philippines, la délégation de Team Canada a été accueilli par une cinquantaine de protestataires syndicalistes et étudiants qui dénonçaient la pollution d'une rivière l'année dernière par une mine de cuivre partiellement contrôlé par Placer-Dome. Au Panama, la nation aborigène Ngobe-Bugle s'oppose à l'ouverture d'une mine par la compagnie canadienne Tiomin Resources sans leur accord, pour s'assurer une forte protection environnementale.
Autrement plus sérieux est le " massacre de Noël " des 19 et 20 décembre dernier dans la région du Potosi en Bolivie. Onze mineurs et paysans furent tués, et une centaine blessés, par l'armée et la police boliviennes parce qu'ils réclamaient de la compagnie aurifère canadienne Da Capo Resources le salaire minimum, la fin des congédiements, le paiement de taxes et le respect de l'environnement. Ce conflit est parti prenante de la lutte des mineurs et du peuple bolivien contre la privatisation des mines.
Une réponse solidaire de la classe ouvrière du Canada serait le développement de liens syndicaux et entre groupes environnementaux avec les organisations en lutte du tiers monde. Ces liens pourraient rendre possible le développement de campagnes d'information et de solidarité sur le modèle de celle contre la chaîne de magasins GAP l'année dernière menée par National Labor Committee.