Au Sommet d'octobre, dit Sommet de l'emploi, les hautes directions syndicales, avec leurs partenaires, ont proclamé solennellement une Déclaration pour l'emploi. L'encre de cette Déclaration était à peine sèche, que ces hauts dirigeants proposaient, à la plus grande joie du PQ, 15 000 coupures de postes dans les services publics financées partiellement par l'épargne-retraite de ces travailleuses et travailleurs. Dans le privé, on sable le champagne pour peut-être 300 emplois retrouvés à Kenworth dans un an, sur 800, presque entièrement financés par l'épargne ouvrière et l'impôt populaire. L'entente était à peine signée que la compagnie demandait une nouvelle baisse de salaire. Pire, au nom de la défense de l'emploi, les hautes directions syndicales ont soutenu le PQ dans sa tentative réussie de réduire la portée de l'appauvrissement zéro des groupes communautaires aux seules personnes incapables d'intégrer le marché du travail.
L'acceptation du déficit zéro, au Sommet de mars, oblige en effet à choisir entre droits des syndiqué-e-s et droits des exclu-e-s. Le PQ avait ainsi pratiquement carte blanche pour obliger les jeunes, puis ensuite les femmes monoparentales, à travailler à n'importe quelle condition pour ne pas crever. Cette contre-réforme de l'aide sociale est à ce point barbare que même le Conseil du patronat admet que le parcours d'emploi obligatoire aboutit à des emplois qui n'existent pas. Mais bons pères de famille, à ceux et celles qui réintégreront le marché du travail à petit salaire, le PQ laissera leur chèque-enfant. On devine que ce chèque, une subvention salariale déguisée, fera l'affaire des employeurs.
Faut-il alors s'étonner du ras-le-bol du discours sur l'emploi chez certain-e-s exclu-e-s dont l'horizon est au mieux les emplois précaires de l'économie sociale (de plus en plus critiquée, y compris chez les groupes de femmes). La tentation est alors grande d'exiger, au nom de l'égalité des citoyens et citoyennes, un chèque-citoyen aux banques et spéculateurs de la Bourse. Faute de ne pouvoir imposer le partage de la richesse sociale par la participation au travail social, on quémande une allocation universelle aux propriétaires du capital. Mais on leur laisse le soin de se partager le gros de la richesse en proportion de leur participation à la propriété du capital. Ainsi le philosophe à la mode Philippe Van Parijs rejoint-il le super-spéculateur milliardaire George Soros qui, effrayé par la décomposition sociale néolibérale, lance de la formule-choc de la menace capitaliste pour plaider la cause d'un capitalisme à visage humain.
Ces messieurs accuseront les partisans du plein emploi d'en être resté à un discours éculé et combien récupéré. Ils leur prouveront, fort justement, que la croissance de la productivité du travail est telle qu'elle ne permet plus la fuite en avant du plein emploi par la croissance de la production, que la croissance pour la croissance n'est pas d'ailleurs écologiquement souhaitable. À continuer à devoir travailler 40 heures par semaine pour un salaire décent, c'est vrai. En 50 ans, la productivité du travail a triplé mais la semaine normale de travail n'a presque pas bougé. Si l'explosion des services a caché longtemps le problème, ce n'est plus possible tellement la longue dépression et la crise écologique ont arrêté net la hausse du niveau de vie. La solution néolibérale à ce dilemme a été exclusion, chômage, précarité et temps partiel obligatoire.
La réponse ouvrière qu'on trouve dans le programme du PDS : travailler beaucoup moins d'heures (semaine normale de 30 heures, congés d'éducation, parentaux , pleine retraite à 60 ans) sans aucune diminution de salaire et sans aucune intensification du travail, pour permettre à tous et toutes de participer au travail social. Il en va, non seulement de la sauvegarde du niveau de vie, mais de la solidarité sociale et de l'efficacité politique de la classe ouvrière. Il faut renouer avec la tradition ouvrière révolutionnaire qui réclamait le " 30 heures payées 40 " lors de la grande crise des années 30. Évidemment, à défaut d'autres sources de revenu, il faut un revenu minimum garanti au moins au niveau de faible revenu de Statistique Canada pour ceux et celles qui sont tout à fait incapables de participer au travail social.
Pour reprendre des formules marxistes connues, pour arriver au communisme (à chacun selon ses besoins), il faut passer par la période transitoire socialiste (à chacun selon son travail) qui est quand même une révolution par rapport à l'actuel " à chacun selon son capital ou crève-toi sur le marché du travail sinon disparais ". Inutile de donner dans le radicalisme distributif social-démocrate pour inventer un impossible néolibéralisme à visage humain. Vaut mieux bâtir une alternative politique prolétarienne autour d'un programme de plein emploi qui unit la classe ouvrière dans la lutte pour le renversement de la bourgeoisie.