Le Bloc, instrument d’un nouvel associationnisme... et masse de manoeuvre de Lucien Bouchard...

Le Bloc québécois est et demeure le parti de Lucien Bouchard. C’est un instrument de promotion de l’affirmationnisme faite de morceaux de souveraineté et de partenariat avec l’État fédéral. Faire une meilleure place à la bourgeoisie québécoise dans le cadre de l’économie impérialiste nord-américaine, voilà l’objectif réel du Bloc québécois, alors que la bourgeoisie réelle au Québec ne partage même pas ces objectifs. S’il risque encore une fois de canaliser les aspirations à l’indépendance au profit d’un camp affirmationnisme, les votes pour ce parti ne nous fera pas avancer d’un iota vers l’indépendance du Québec.

Pour dépasser les flottements Faire du Bloc un instrument du gouvernement péquiste

Le Bloc québécois a été formé, dans un premier temps, par les députés nationalistes conservateurs du Québec, frustrés par l’échec du beau risque que leur avait offert le gouvernement Mulroney. La formation du Bloc visait à permettre à ces politiciens de continuer à surfer sur la vague nationaliste qui continuait à déferler depuis l’échec du Lac Meech. La formation du Bloc, et son nom reflète bien sa réalité, permettait de donner un parti politique sur la scène fédérale. à des différents courants nationalistes présents à l’intérieur de la société québécoise.

Le travail du Bloc a la Chambre des communes a reflété parfaitement cette hétérogénéité. Les éléments les plus dynamiques de la députation ont occupé presque toute la place. Tant que Lucien Bouchard a dirigé le Bloc québécois de façon totalement bonapartiste, les différends idéologiques laissés en plan par l’absence de programme politique élaboré étaient refoulés et ne s’exprimaient pas sur la scène publique. Michel Gauthier, le chef démissionnaire, avait le seul défaut de ne pas avoir l’ascendant sur ses troupes lui permettant de faire taire les différentes sensibilités. Francine Lalonde, par exemple, pouvait user facilement et habilement de la rhétorique social-démocrate. En fait, la politique du Bloc se dessinait à partir des capacités d’initiatives des différents députés et l’orientation était ainsi tracée à la petite semaine. Cette faiblesse a conduit à la multiplication des frustrations au sein de sa députation et ses mésententes pouvaient déboucher sur un affaiblissement du Bloc aux prochaines élections.

De plus, sur le plan social, les prises de positions du Bloc allait ouvertement à l’encontre de la logique des politiques appliquées par le PQ à Québec. Arguant du devoir de réserve concernant les politiques péquistes, le Bloc pouvait facilement appeler à plus d’équité fiscale, dénoncer la politique de coupures dans l’assurance-chômage et déplorer l’utilisation de la caisse d’assurance-chômage pour financer le déficit. Les attaques antipopulaires et anti-démocratiques du gouvernement Chrétien étaient suffisamment nombreuses et scandaleuses pour nourrir les critiques de l’opposition bloquiste. Mais comment ne pas mesurer le niveau de démagogie de tels discours lorsqu’on est incapable d’apporter la moindre critique au gouvernement péquiste qui maintient une fiscalité injuste, s’attaquent aux programmes sociaux dans la santé et l’éducation et frappent à coups redoublés sur les assistées sociaux au nom d’un objectif de réduction du déficit encore plus dur que l’objectif fédéral. Le devoir de réserve est une bien transparente feuille de vigne sur les indignations du Bloc alors que ces mêmes députés ne disent rien sur les politiques antisociales du PQ. Pour la direction du gouvernement péquiste, c’était une autre raison pour mettre un peu d’ordre dans la maison.

Une course au leadership, accompagnée par ailleurs d’une démarche de définition programmatique, permettait de préciser l’orientation du parti, de renforcer la visibilité médiatique du Bloc facilitant le recrutement et le financement du Parti. Et il fallait faire vite face à l’éventualité prochaine des élections fédérales.

La prise de position de Bernard Landry de s’opposer à la candidature de Duceppe, déjà soutenues par près de la moitié de la députation et la majeure partie des présidents de comté, en soutenant Duhaime n’est pas fortuite. La droite péquiste voulait avoir un homme de confiance à la direction du Bloc qui bannirait de son discours toute rhétorique social-démocrate afin de ne pas embarrasser le gouvernement du Québec. Duhaime était pour eux l’homme de la situation. Il a d’ailleurs présenté sa candidature en mentionnant que la poursuite du déficit zéro est un objectif essentiel., qu’il était en désaccord avec Parizeau sur ce point comme sur la place et l’étendue du partenariat d’ailleurs.

Mais quelque soit l’issue de la bataille à la chefferie, -Duceppe malgré son autoritarisme dénoncé par une Francine Lalonde, reste une homme de confiance de Lucien Bouchard- le Bloc doit rester un instrument du premier ministre Bouchard et de ses manoeuvres futures. Au dernier Conseil national du PQ, on a appelé à la mobilisation des troupes derrière le Bloc. Cette mobilisation a été présentée par le premier ministre Bouchard comme le premier moment d’un nouveau scénario à trois temps (élections fédérales, élections provinciales, référendum) devant marquer la marche à la souveraineté du Québec. Il fallait bien rassurer les membres du PQ secoués par une série de reculs programmatiques. En fait, c’est surtout même dans l’optique d’un réaménagement du fédéralisme que la présence d’un fort contingent du Bloc s’avère essentiel. Bouchard a encore un ascendant plus fort sur le Bloc que sur le PQ. Des prises de positions plus avancés sur le partenariat (comme une assemblée du partenariat élu directement par le « peuple canadien ») pourraient plus facilement être adoptées par le Bloc et constituer le moyen de « forcer » le gouvernement péquiste et le PQ à faire un nouveau tournant. Il faut pas oublier que Lucien Bouchard s’était appuyé sur le Bloc pour forcer Parizeau, en pleine campagne référendaire, à centrer la campagne référendaire sur le partenariat... Mais pour Bouchard, chaque chose en son temps... Aujourd’hui, il a beaucoup de travail à faire comme commis-voyageur des entreprises et saccageur des programmes sociaux...

Il faut en finir avec les illusions et les scénarios des défenseurs du nouveau partenariat qui osent se prétendent souverainistes. Le Bloc est un parti « associationniste » sur le terrain national, un parti conservateur et populiste sur le terrain social qui est complètement solidaire des politiques antisociales et antipopulaires du gouvernement péquiste. Il ne mérite aucun soutien des classes ouvrière et populaires.

Bernard Rioux

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