Mexique

1997: l'année de la réforme

par Dan La Botz,
rédacteur du bi-mensuel électronique,
Mexican Labor News and Analysis

L'année 1997 a marqué les débuts d'une ère nouvelle de réformes dans la politique mexicaine ainsi que dans le mouvement syndical du pays. Mais on s'en souviendra aussi comme de l'année du massacre de Noël, l'assassinat le 22 décembre 1997 de 45 Indiens Maya Tzotzil dans le village d'Acteal par un groupe paramilitaire lié au maire, un membre du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI). Le peuple mexicain se bat pour des réformes, confronté à une répression brutale, tout spécialement dans les états du sud.

La brève période de crise et de changement social, amenée en 1994 par le soulèvement armé de l'Armée zapatiste de libération nationale, s'est terminée à la fin de 1997 avec le triomphe des réformes, l'opposition politique ayant remporté la majorité à la Chambre des députés et Cuauhtemoc Cardenas du Parti de la révolution démocratique (PRD) fut élu maire de la ville de Mexico. En même temps, dans le mouvement ouvrier, la création du syndicat modéré et réformiste de l'UNT, Union nationale des travailleurs, en novembre 1997, montre qu'en dépit de la suprématie exercée par la Confédération des travailleurs mexicains (CTM) et le Congrès du travail (CT), la force des réformes a beaucoup augmenté son influence dans le mouvement syndical.

Aux élections du Congrès de 1997, les Mexicains ont montré leur écoeurement du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et dans les syndicats, le dégoût du CTM et du CT augmente. La plupart des électeurs ont voté pour les candidats du Parti révolutionnaire démocratique (PRD) au centre-gauche et du Parti de l'action nationale (PAN) conservateur, parce qu'ils désiraient des changements économiques et des réformes politiques modérées. La minorité d'ouvriers et de syndicats qui ont créé l'Union nationale des travailleurs (UNT) l'ont fait pour les mêmes raisons : exigence de démocratie et d'un nouveau programme économique. Le peuple et les travailleurs sont fatigués du contrôle autoritaire sur leur vie et réclament des institutions démocratiques ; ils ont été épuisés par des années de privations économiques et réclament une amélioration de leur niveau de vie. En un mot, ils donnent une chance aux réformes.

La victoire des organisations et des programmes réformistes a eu tendance à éclipser l'aile radicale de la politique et des syndicats. Depuis la création du PRD en 1989, presqu'aucun parti n'a occupé la gauche du PRD à l'exception de groupuscules qui agissent à l'intérieur ou autour de lui, tel le Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT). Le mouvement de guérilla, l'Armé zapatiste de libération nationale (EZLN), a perdu beaucoup de son influence suite à la répression gouvernementale et à ses erreurs politiques. En même temps, l'UNT essaye de marginaliser la fédération radicale du travail, le Comité de coordination intersyndical du premier mai (CIPM), pour le moment du moins.

La crise sous-jacente continue.

Pendant que le pays s'engage dans une ère de réformes, la crise économique et politique mexicaine est loin d'être résolue. Premièrement, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), qui a existé pendant plus de 70 ans en virtuelle fusion avec l'État mexicain, reste le parti au pouvoir au Mexique et exerce son contrôle sur la Présidence, le Sénat et la Cour suprême, la majorité des postes de gouverneurs, les municipalités et l'armée. Les réformes ne font que débuter, elles n'ont pas gagné l'ensemble du Mexique. L'opposition à la Chambre des députés, qui consiste principalement en une alliance parlementaire entre le PRD et le PAN, jouit seulement d'un très fragile avantage numérique. La réalité est que le PRI continue à gouverner le Mexique. Il demeure le parti d'État, avec d'importants liens dans les milieux d'affaires et le contrôle corporatiste du Congrès du travail (CT), la Confédération des travailleurs mexicains (CTM), et les autres fédérations (CROC, CROM, FSTSE, etc.). Il continue à gouverner par le patronage politique et la répression. Le système politique autoritaire du gouvernement du PRI reste en grande partie intacte et opérationnel.

 

Deuxièmement, pendant que les gains de l'opposition dans la course au Congrès et l'élection de Cuauhtemoc Cardenas du PRD en tant que maire de la ville de Mexico représentent de vraies victoires pour la démocratie et les réformes, en même temps d'autres contre-tendances ont fait surface. Durant les quatre années passées, le Mexique a vécu un processus de militarisation par l'installation de l'armée au Chiapas, Oaxaca, Guerrero, Tabasco et d'autres états. L'occupation militaire du Chiapas en particulier a été accompagnée par le déploiement des unités paramilitaires d'extrême-droite qui ont assassiné, torturé, violé, battu et menacé à la fois les membres de la gauche et la population indigène et paysanne. Le sauvage massacre des 45 à Acteal en représente le pire exemple, mais la répression et la terreur militaire existent dans tout le Mexique.

 

Dans une inquiétante et dangereuse évolution, la très conservatrice Association du barreau mexicain a demandé au Président Ernesto Zedillo de déclarer l'état d'urgence dans la ville de Mexico, suspendant les droits légaux des suspects impliqués dans la perpétration de crimes violents tels les séquestrations et les vols. L'Association du barreau enlèverait aux suspects le droit à un avocat durant l'interrogation policière, et a demandé des procès rapides sans caution ou droit d'appel. L'Association du barreau justifie l'état d'urgence par la vague de crimes violents à Mexico et à travers le pays.

 

Troisièmement, bien que l'économie mexicaine se soit particulièrement améliorée dans la dernière année, les racines de la crise économique demeurent. Une autre dépression demeure toujours possible dans l'immédiat. Le récent désastre économique asiatique révèle justement la fragilité de tout le système capitaliste actuel et à quel point une crise dans un pays ou une région peut s'étendre rapidement à d'autres. Avec sa santé économique fragile, le Mexique pourrait être touché n'importe quand.

 

La violente intégration du Mexique dans l'économie nord-américaine dominée par les États-Unis n'a pas été réalisée complètement et l'Accord nord-américain sur le libre-échange (ALÉNA) continue à semer beaucoup de victimes dans les monde des affaires mexicain, les communautés et les ouvriers. L'industrie automobile mexicaine et les maquilladoras ont réalisé la transition vers la production pour l'exportation mais peu d'autres industries ont connu du succès. Même dans ces industries, le prix de la réussite est le maintien du régime autoritaire de travail, les bas salaires et la contamination environnementale. Le Mexique n'a pas encore d'institutions financières stables et le pays est aux prises avec une énorme dette. Les conséquences de cette situation imposent à la population du Mexique des bas salaires, une pauvreté endémique et peu de chance pour la majorité d'améliorer sa situation économique. Les efforts du Mexique pour passer du rang d'un pays du tiers-monde à celui d'un pays développé ont échoués, pendant que les efforts de l'élite pour atteindre ce but ont coûté privations et souffrances au peuple.

 

 

L'opposition: un survol

 

Le Parti d'action national (PAN)

 

Au cours des années 80 et début 90, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) a réussi à transformer le Parti d'action national (PAN) en un partenaire junior, principalement avec l'intention de bloquer et détruire le Parti de la révolution démocratique (PRD). Le président Ernesto Zedillo a même attiré le PAN dans son cabinet, associant du même coup le PAN au programme politique du PRI. Mais la profondeur de la crise qui s'est déclarée en janvier 1994, premièrement avec la rébellion zapatiste et ensuite avec la dévaluation du peso et le crash boursier de décembre de cette même année, a brisé l'alliance PRI-PAN. Le PAN revint dans l'opposition, et après les élection de 1997, forma une alliance parlementaire avec le PRD.

 

Le PAN reste fondamentalement un parti socialement et économiquement conservateur, un parti néo-libéral, catholique, et en faveur de campagnes contre les brassières Maidenform et le condom. Mais le PAN ne s'est pas seulement rallié au PRD, il courtise aussi Francisco Hernandez Juarez, la figure dominante de l'Union nationale des travailleurs (UNT). Le PAN comprend la nécessité d'élargir ses appuis pour remporter le pouvoir puisqu'il demeure un parti régional limité aux états bordant la frontière nord, la péninsule du Yucatán et quelques unes des meilleures banlieues de Mexico. Le PAN a historiquement entretenu des liens étroits avec la plus conservatrice des associations d'employeurs mexicains, la COPARMEX, et avec les syndicats de boutiques (sindicatos blancos) de l'état de Nuevo Leon et sa capitale Monterrey. Depuis plusieurs années le PAN propose une réforme extrêmement conservatrice du code du travail qui affaiblirait, pour ne pas dire éliminerait, les syndicats. ( Rien n'indique que le PAN représente autre chose qu'un parti républicain au Mexique.)

 

Ainsi, ce ne fut une surprise pour personne quand le PAN a quitté le reste de l'opposition à la Chambre basse du congrès, en décembre dernier, pour voter avec le PRI sur le budget et la politique fiscale du président Zedillo. Il reste à savoir si le PAN est capable de voter avec le PRI sur les questions économiques, et en même temps, appuyer le PRD sur les questions de procédures en faveur de la démocratie parlementaire. Le charismatique Vicente Fox, le gouverneur de Guanajuato, s'est positionné pour devenir le candidat à la présidence pour l'an 2000. Si le PAN devait remporter la présidence ou en venir à dominer le Congrès, nous pourrions revivre une période d'alliance PAN-PRI, pour achever la contre-révolution néo-libérale.

 

Le PRD et Cuauhtemoc

 

Le Parti de la révolution démocratique est souvent décrit comme un parti de centre-gauche. En fait, c'est un parti nationaliste, populiste et social démocrate avec une base sociale centre-gauche et un leader passablement modéré dans la personne de Cuauhtemoc Cardenas. Créé en 1989 à partir d'une fusion du Courant démocratique, lequel avait été expulsé du PRI, et du Parti socialiste mexicain (PMS), descendant historique du communisme mexicain, les dirigeants politiques du PRD représentent un mélange de leaders PRI vieux-style, d'anciens communistes et de quelques chefs de guérilla des années 70. Les députés du PRD comprennent des meneurs du mouvement des débiteurs El Barzon et du mouvement radical des enseignants (la CNTE). Une députée, Patria Jimenez, est une militante lesbienne au franc parler et aussi membre du Parti révolutionnaire des travailleurs d'obédience trotskiste. Le maire Cuauhtemoc Cardenas a l'appui du conseil de ville où dominent les législateurs PRD qui sont les chefs radicaux de groupes communautaires militants.

 

Le PRD domine un mouvement social en ébullition. Les partisans du PRD à Mexico se trouvent parmi les pauvres, les enseignants militants, les professionnels éclairés, et plus récemment s'y retrouvent des industriels, des employés des services publics et des fonctionnaires mécontents. Dans le reste du pays, la base sociale du PRD comprend les paysans militants radicaux qui défendent farouchement leur droit à la démocratie, à la terre et à un futur. Plus de 500 d'entre eux ont été assassinés par le gouvernement du PRI au cours des huit dernières années.

 

Cependant, malgré ses chefs au passé révolutionnaire et sa base de paysans radicaux, le PRD peut passer pour un parti réformiste modéré. Ceci est dû en parti à l'influence de Cuauhtemoc Cardenas. Avec son nom historique (il est le fils du président Lazaro Cardenas qui a mené la réforme agraire des années 1930 et nationalisé l'industrie pétrolière) et son rôle comme candidat de son parti à la présidence du pays en 1988 et en 1994, Cardenas a tendance à dominer le PRD et, en dernier ressort, à établir les limites de sa plate-forme et de sa pratique.

 

Depuis sa campagne aux élections présidentielles de 1994, Cardenas a mis de l'avant un programme économique modéré. Cardenas ne parle plus d'abroger l'ALENA comme il le fit en 1988, mais propose des augmentations de l'investissement étranger au Mexique, de même que des baisses de salaire et des diminutions de taxes pour étendre le marché domestique et, ainsi, aider les compagnies mexicaines. Dans sa campagne à la mairie, Cardenas a dit qu'il ferait de Mexico un centre financier mondial. Cardenas veut avant tout trouver un modus vivendi avec le capital mexicain et international, de façon à mettre à exécution un modeste programme de réformes politiques et économiques.

 

En tant que maire de Mexico, les actions de Cardenas vont être limitées par sa soumission financière à l'administration Zedillo et au PRI. Mais la lutte entre Cardenas et le PRD d'une part et Zedillo et le PRI d'autre part, ne sera qu'une partie de l'histoire. Parce que Cardenas va sûrement se porter candidat à la présidence en l'an 2000 et qu'il ne veut pas paraître radical, une constante tension va s'installer entre la modération de Cardenas, le radicalisme des autres chefs du PRD et les revendications des ouvriers et des pauvres des villes. Dès son premier jour en fonction, Cardenas a indiqué qu'advenant un tel conflit, il pencherait du côté de l'ordre plutôt que du côté des réformes. Un de ses premiers actes d'office fut, en réponse aux pressions des classes bourgeoise et moyenne, de nommer le Lieut. Col. Rodolfo Rebernardi de l'armée de l'air, chef de police de la ville de Mexico, malgré les revendications des chefs et des membres du PRD, et plusieurs résidents de Mexico, de mettre fin au contrôle militaire de la force de police. Ainsi, ironiquement, la première mesure prise par le nouveau mouvement démocratique de réforme fut de continuer le mouvement de militarisation.

 

Les zapatistes et le FZLN

 

En plus des partis politiques, le Mexique possède un important mouvement politique extraparlementaire comprenant des groupes de guérilla en plus de vastes mouvements politiques et sociaux. Les plus importants de ceux-ci sont deux constellations: l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) et son organisation politique le Front zapatiste de libération nationale (FZLN) d'une part, et l'Armée révolutionnaire du peuple (EPR) et le radical Front large pour la création d'un mouvement national de libération (FAC-MLN) de l'autre.

 

Depuis les débuts de la rébellion au Chiapas le 1er janvier 1994, l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) est devenue une des plus importantes forces progressistes du Mexique. Le leadership de l'EZLN de la révolte paysanne maya mis fin aux six ans de paix sociale de Carlos Salinas et leva le voile, révélant la pauvreté et l'oppression sur lesquels se basaient la révolution néo-libérale. L'EZLN gagna l'appui de Mexicains de tous les milieux à travers le pays et est devenu un pôle pour la construction d'une nouvelle gauche, après la disparition de la vieille gauche dans la campagne électorale de Cuauhtemoc a en 1988 et la chute du communisme soviétique en 1989. En même temps, le EZLN avait allumé un mouvement national des droits civiques des peuples indigènes, trouvant à s'exprimer dans le Congrès national indigène. Tel qu'exprimé par l'auteur Adolfo Gilly, l'EZLN avait une autorité morale énorme à cause de sa situation à l'extérieur du monde corrompu entourant le système politique mexicain.

 

Le gouvernement du PRI, pour miner l'appui aux Zapatistes, envoya une importante force militaire occuper le Chiapas et permis à ses organisations locales, aux éleveurs de bétail ainsi qu'à d'autres réactionnaires, d'organiser des forces paramilitaires qui ont entrepris un règne de terreur sur la plus grande partie du territoire. La militarisation du gouvernement mexicain a certainement conduit directement au massacre de Noël à Acteal, Chiapas. Tel qu'exprimé par le sous-commandant Marcos après le massacre, "Zedillo a du sang sur les mains"

 

L'EZLN dans une tentative de sortir de son encerclement militaire et de son isolement politique au Chiapas, a fait quelques tentatives au cours des quatre dernières années pour créer un mouvement social national ou quelqu'autre organisation politique. La première comprend le lancement de l'appel pour organiser le Congrès national démocratique (CND) tenu au Chiapas en août 1994; la plus récente a été la création du Front zapatiste de libération national (FZLN) en septembre 1997.

 

Le congrès de fondation du FZLN du 13 au 16 septembre à Mexico s'est révélé, cependant, non seulement une faillite mais un fiasco à tous les égards. Les raisons sont nombreuses, à commencer par la répression gouvernementale au Chiapas destinée à miner et détruire l'EZLN. Mais le leadership révolutionnaire clandestin de l'EZLN et particulièrement ses plus éminents chefs -le sous-commandant Marcos et Javier Elorriaga - doivent prendre la responsabilité de l'échec du FZLN.

 

Pourquoi le FZLN a-t-il failli ?

 

Premièrement, l'EZLN n'a jamais établi clairement ce que le FZLN était, soit un parti politique, un mouvement social, ou un bras politique de la guérilla. Deuxièmement, au début de janvier 1996, l'EZLN appelle à l'établissement du FZLN comme organisation nationale et la formation de groupes locaux, mais en même temps, empêche les groupes locaux de prendre des décisions ou de mener des actions. Les groupes, formés de vieux gauchistes cherchant une nouvelle direction et de jeunes gens avec de vagues sympathies anarchistes, attendirent patiemment pendant un an et demi les instructions de Marcos, et, quand rien ne vint, les militants en vinrent à se chamailler entre eux ou arrêtèrent simplement d'aller aux réunions. Pendant ce temps, Cuauhtemoc Cardenas et le PRD lancèrent leur campagne électorale et plusieurs jeunes militants, n'ayant rien reçu d'utile à faire du EZLN, commencèrent à dériver vers le PRD.

 

Quand l'EZLN a finalement convoqué le congrès de fondation du FZLN en septembre 1997, la présence aux sessions fut pauvre (2,591 présents, mais seulement 1,383 ont voté), les délégués se sont montrés incapables de s'entendre sur on programme concret pour créer une structure organisationnelle ou pour élire des dirigeants.

 

L'expérience du FZLN a révélé qu'en dépit de leur discour autour de nouvelles idées démocratiques, les vieux guérilleros guevaristes, devenus chefs zapatistes, avaient une approche autoritaire et ne permettraient aucun degré d'autonomie au FZLN. Le résultat fut qu'après la faillite du congrès de fondation, quelques uns des vieux gauchistes qui avaient travaillé avec le EZLN, ont quitté, écoeurés, tandis que la jeunesse anarco-zapatiste est devenue désillusionnée et confuse. Les chefs zapatistes ont étouffé leur propre mouvement.

 

La faillite des Zapatistes à lancer le FZLN fut un grand désappointement pour leur sympathisants, et pour beaucoup d'autres de la gauche mexicaine qui espéraient que le mouvement de guérilla pourrait créer une nouvelle force de changement social. Les Zapatistes ont toujours un réservoir d'autorité morale et de respect parmi le peuple mexicain et particulièrement dans le mouvement social et ouvrier. Le terrible massacre de Noël à Acteal a de nouveau ramené l'attention sur le Chiapas et pourrait conduire à de nouvelles initiatives de la part du EZLN. L'EZLN peut essayer à nouveau et réussir à créer un autre mouvement ou organisation radicale au Mexique, si le leadership de la guérilla veut essayer une expérience de démocratie et d'autonomie pour laquelle ils parlent si éloquemment. Mais pour le moment, l'échec du FZLN met fin à une courte période de l'histoire du Mexique où le radicalisme du EZLN cède le pas au réformisme du PRD.

 

L'autre mouvement de guérilla important, l'Armée révolutionnaire du peuple (EPR), a été écrasée par la répression gouvernementale. Le gouvernement mexicain a aussi brutalement réprimé le Front large pour la création d'un mouvement de libération national (FAC-MLN), un mouvement social radical. L'armée mexicaine et la police à Oaxaca et Guerrero ont incarcéré une foule d'enseignants du FAC-MLN, des chefs paysans et d'autres militants du mouvement social. Elle en a tué quelques uns et torturé d'autres, les accusant d'être de la guérilla de l'EPR. Quelques chefs de la FAC-MLN se sont présentés comme candidats du PRD dans l'élection de 1997 et quelques uns ont été élus, atteignant ainsi un certain degré de respectabilité, quelqu'influence politique et une certaine protection. Mais entre les extrêmes de la répression et les réformes, les perspectives du FAC-MLN ne sont pas claires.

 

 

La crise du syndicalisme "officiel"

 

La crise économique de 1994, la plus grande dépression depuis les années 20, a aussi créé une situation critique pour la bureaucratie syndicale mexicaine. Avec un chômage grandissant, des salaires réels en baisse et une grande augmentation de la pauvreté, les bureaucrates syndicaux ont été soumis à de fortes pressions pour riposter. Deux des plus malins chefs syndicaux mexicains, Elba Esther Gordillo, l'ancien dirigeant du Syndicat national des enseignants (SNTE) et Francisco Hernandez Juarez, le président du Syndicat des travailleurs du téléphone du Mexique (STRM) se sont joint à d'autres chefs syndicaux pour mettre sur pied le Forum unions face à la nation (groupe Foro), qui est graduellement devenu un groupe d'opposition dans le Congrès du travail (CT), bien qu'il inclus aussi quelques syndicats indépendants du Congrès. Le groupe Foro a soulevé trois points fondamentaux: 1) le besoin d'une plus grande indépendance face au parti au pouvoir; 2) le besoin d'un programme économique alternatif; et, 3) le besoin de démocratie dans le mouvement syndical. Le groupe Foro a ainsi légitimé l'idée de discussions, de débats et de dissidence dans les syndicats mexicains.

 

Il y a aussi une autre fédération syndicale plus radicale. Depuis quatre ans déjà, autour de la lutte du Syndicat des conducteurs d'autobus de la ville de Mexico (SUTAUR), un groupe de syndicats indépendants, de cocus démocratiques dans des syndicats officiels, d'organisations communautaires et de partis politiques de gauche se sont réunis pour fonder le Comité de coordination inter-syndical du premier mai. Le groupe du premier mai, beaucoup plus radical que le groupe Foro, a demandé la création d'un mouvement syndical autonome et mis de l'avant des mesures, telle l'annulation de la dette extérieure, et ainsi élargi le débat sur les syndicats ouvriers et leur rôle dans la société.

 

De plus, Fidel Velazquez Sanchez, dirigeant de la Confédération ouvrière mexicaine (CTM) depuis 40 ans, est décédé le 21 juin 1997 à l'âge de 97 ans. Plus que n'importe quel autre individu, Velazquez avait maintenu les travailleurs mexicains dans une position de subordination au gouvernement mexicain, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et les employeurs. Sa mort a dégagé la voie pour la réforme du mouvement ouvrier mexicain. La mort de Velazquez fut suivi par la victoire électorale en juillet 1997 de l'opposition politique, PRD et PAN, et l'élection de Cuauhtemoc Cardenas du PRD comme maire de Mexico. Ces deux événements ont rendu possible l'organisation d'un nouveau mouvement ouvrier réformiste.

 

La création de l'UNT

 

Francisco Hernandez Juarez, le dirigeant ambitieux du Syndicat des ouvriers du téléphone du Mexique (STRM), décida que le temps était mûr pour convoquer une réunion nationale des ouvriers pour lancer une nouvelle fédération, l'Union nationale des travailleurs (UNT). Hernandez Juarez n'a pas toujours été un réformiste. Durant la présidence de l'ancien président Carlos Salinas de Gortari, il appuyait la privatisation de la Compagnie mexicaine de téléphone (TELMEX) et plaidait en faveur d'un "nouveau syndicalisme" basé sur la coopération avec l'employeur. Hernandez Juarez a créé la Fédération des syndicats des marchandises et des services (FESEBES) en tant que défenseur de ce nouveau syndicalisme néo-libéral. Après avoir mis sur pied le Foro, Hernandez Juarez commença a pousser l'idée d'une Assemblée nationale des travailleurs et à la création de l'Union nationale des travailleurs (UNT).

 

Avec son désir de créer l'UNT, Hernandez Juarez provoqua une scission d'avec les réformistes plus modérés de Foro, dirigés par Elba Esther Gordillo, qui refusa de se joindre à la nouvelle fédération. Gordillo amena plusieurs syndicats membres de Foro à se réconcilier avec le Congrès du travail (CT). Parmi les syndicats qui refusèrent de se joindre au nouveau UNT, on compte le Syndicats national des enseignants (SNTE), dont Gordillo avait précédemment été le leader, avec plus d'un million de membres. L'important Syndicat des travailleurs de l'électricité du Mexique a aussi décidé de ne pas s'affilier à l'UNT.

 

L'Union nationale des travailleurs (UNT) a été fondée le 28 novembre 1997 par quelques 650 délégués avec droit de vote et 13,000 observateurs, représentant plus de 1,5 million de travailleurs dans 200 organisations paysanne et de travail. Les plus importants syndicats fondateurs de l'UNT furent: 350,000 travailleurs de la sécurité sociale et du système de santé national (SNTSS); 100,000 travailleurs des universités (incluant les 23,000 à l'université nationale autonome de Mexico - STUNAM); et 53,000 travailleurs du téléphone (STRM).

 

Tel que prévu, Francisco Hernandez Juarez, de l'Union des travailleurs du téléphone; Antonio Rosado Garcia, dirigeant du Syndicat national des employés de la sécurité sociale (SNTSS); et Agustin Rodriguez Fuentes, leader du Syndicat national des employés d'universités autonomes (STUNAM), ont été élus en tant que trois présidents nationaux de la nouvelle confédération. Parmi ceux élus aux postes de vice-présidents de l'UNT sont: Benedicto Martinez, un des trois hauts dirigeants du Front authentique du travail (FAT) et Alejandra Barrales Magdaleno, la femme qui dirige l'Union des hôtesses de l'air et la Fédération des unions de matériels et des services (FESEBES).

 

L'UNT a proclamé son engagement pour l'indépendance politique, la démocratie interne dans les syndicats et revendiqué une nouvelle politique économique. Le Front authentique des travailleurs (FAT) a joué un rôle particulièrement important en insistant pour l'indépendance politique et des structures démocratiques. Le FAT est, après tout, l'un des quelques syndicats qui ont une expérience démocratique. De plus, la nouvelle fédération revendique des augmentation de salaire et des coupures de taxes.

 

La mise sur pied de l'UNT a représenté une avancée important et progressiste pour le mouvement ouvrier mexicain, présentant une alternative au Congrès du travail. Néanmoins, Hernandez Juarez et Rosado Garcia demeurent des leaders importants du PRI, et il n'est pas certain que l'UNT remplisse ses promesses démocratiques aux travailleurs. Hernandez Juarez a longtemps été un défenseur de la coopération entre syndicats et employeurs, et il n'est pas clair si, avec une telle manière de penser il peut mener la lutte nécessaire pour améliorer la situation économique des travailleurs.

 

Il n'est pas certain non plus que la direction va respecter la démocratie interne. Symptomatique de ces problèmes est que le collectif à trois têtes dirigeantes n'existe que pour un an, après quoi l'UNT n'aura qu'un dirigeant comme n'importe quelle autre fédération et syndicat. Antonio Rosado du Syndicat national des travailleurs de la sécurité sociale (SNTSS) a été accusé d'étouffer les dissensions dans son syndicat et d'expulser de nombreux dissidents.

 

Le révolutionnaire Comité de coordination inter-syndical premier mai (CIPM) a refusé d'adhérer au nouveau UNT réformiste, en jugeant que l'UNT était une organisation néo-corporatiste, non vraiment indépendante du PRI ni authentiquement engagée à lutter contre les employeurs. Des dirigeants du CIPM ont laissé entendre que Hernandez Juarez voulait simplement devenir un nouveau Fidel Valazquez. Bien que le CIPM a de bonnes raisons pour entretenir des doutes, et on doit respecter sa position, il demeure que les syndicalistes révolutionnaires peuvent manquer une opportunité de travailler à l'intérieur de la nouvelle fédération pour une alternative plus démocratique et militante.

 

Même si l'organisation de l'UNT représente un pas en avant pour le mouvement syndical mexicain, il ne faut pas oublier que le CT et le CTM contrôlent toujours la grande majorité des syndicats et leurs membres. Le CTM, CROC, CROM ainsi que d'autres fédérations influencées par le gouvernement tiennent des centaines de milliers d'ouvriers mexicains prisonniers dans des contrats qui ne procurent qu'un minimum de salaire et de conditions de travail. Les syndicats industriels du CT et du CTM tels les syndicats des travailleurs du rail, les travailleurs du pétrole et les travailleurs des métaux et des mines ne représentent pas les travailleurs mexicains, ils les contrôlent.

 

Le PRI, le CT et le CTM ont empêché les travailleurs de l'auto de former un syndicat industriel national et là où le CTM contrôle la majorité des travailleurs de l'auto - comme chez Ford - il ne les soulève pas, au contraire, il utilise son pouvoir pour les écraser. Parfois, il est allé jusqu'à participer à leur congédiement, leur passage à tabac et même à leur assassinat. Dans les maquiladoras, près d'un million d'ouvriers, dont près des deux tiers sont des femmes, n'ont pas de syndicat ou en ont un "officiel" avec un profil bas, c'est à dire non présent dans l'usine, des syndicats qui ne luttent pas pour augmenter des salaires établis à 4$ par jour, en moyenne.

 

Le plus grand défi de l'UNT sera sa capacité à contester le rôle du CT-CTM à maintenir les ouvriers prisonniers de syndicats contrôlés par le gouvernement.

 

La stratégie du Front authentique du travail (FAT) est de pousser de l'intérieur pour que l'UNT deviennent plus démocratique et plus indépendant du PRI. Le vice-président du FAT, Benedicto Martinez, va utiliser son poste pour soulever ces questions avec la direction nationale de l'UNT. Le FAT, divisé en quatre secteurs -syndicats, paysans, coopératives, groupes communautaires- en plus d'une nouvelle organisation de femmes, représente une des rares organisations ouvrières indépendantes et démocratiques. Le FAT a aussi mené de l'avant plusieurs importantes luttes économiques, principalement, les luttes à l'usine ITAPSA-Echlin et à l'usine Han Young. Mais en raison de sa taille restreinte, le FAT seul ne peut changer le mouvement ouvrier mexicain.

 

Le portrait ne sera pas complet sans une mot sur le militantisme à la base. Le mouvement ouvrier le plus actif et militant est celui du Comité de coordination national des enseignants (CNTE). Ce cocus radical à l'intérieur du syndicat des enseignants (le SNTE) a continué d'organiser de grandes marches, de grosses manifestations et d'appuyer toutes sortes d'actions de protestation d'un bout à l'autre du Mexique. Fondé en 1979 au Chiapas et à Oaxaca, le mouvement des membres à la base du syndicat des enseignants maintien une présence soutenue à la fois à Mexico et dans certains états du nord. Alors que l'insécurité économique et la répression maintiennent la plupart des ouvriers silencieux, la CNTE continue à mener des grèves et des actions dans les lieux de travail.

 

Le FAT le la CNTE représentent deux des éléments clés nécessaires pour transformer le mouvement ouvrier mexicain: le modèle d'une fédération démocratique et féministe de la FAT qui travaille pour des réformes et le militantisme radical de la CNTE qui lutte pour des changements économiques au niveau national. Le Mexique a besoin qu'une combinaison de la démocratie de la FAT et du militantisme de la CNTE dirige une alliance d'organisations sociales vers un renouveau syndical qui reste à construire.

 

La nouvelle solidarité ouvrière internationale

 

Comme développement réformiste général, 1997 a aussi vu l'établissement de nouveaux liens de solidarité ouvrière internationale. Depuis l'élection de John Sweeney comme président de l'AFL-CIO, la fédération américaine a adopté une nouvelle politique vis-à-vis du Mexique. Avec la mise sur pied de l'UNT, l'AFL-CIO a un nouveau partenaire potentiel. L'AFL-CIO ne s'entendait pas avec le CTM et le CT depuis l'adoption de l'ALENA, que la fédération américaine dénonçait mais que la fédération mexicaine appuyait. L'AFL-CIO invita le CTM, la FESEBES et la FAT à son dernier congrès. Aussi, L'AFL-CIO et certains syndicats américains ont envoyé des représentants au congrès de fondation de l'UNT en novembre ce qui pourrait bien se traduire dans l'établissement de nouveaux liens internationaux.

 

Sweeney et les réformistes modérés de l'AFL-CIO ont peut-être trouvé un partenaire en la personne d'Hermandez Juarez et de l'UNT, si ce dernier ne leur fait pas faux bond en revenant sous la coupe du PRI et de son programme politique et économique.

 

L'AFL-CIO et quelques syndicats américains ont aussi envoyé des représentants au 11ième congrès national de la FAT en novembre, voyant dans la FAT un fédération ouvrière vraiment indépendante. Le Congrès du travail du Canada et la Confédération des syndicats nationaux du Québec ont aussi envoyé des représentants aux congrès de l'UNT et de la FAT, comme le firent aussi les Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) et les Travailleurs canadiens de l'acier (STCA). La nouvelle politique de l'AFL-CIO envers les syndicats plus indépendants et démocratiques du Mexique facilite l'ouverture d'un espace pour un mouvement syndical démocratique, du moins en ces temps changeants dans les relations syndicales internationales.

 

Han Young et ITAPSA-Echlin: Une expérience de stratégies

 

Deux récentes luttes ouvrières méritent notre attention, importantes batailles pour changer le mouvement ouvrier mexicain et aussi présenter une preuve significative d'un nouveau niveau de solidarité internationale. À l'usine de pièces automobiles ITAPSA-Echlin au centre du Mexique, les ouvriers s'organisèrent pour s'affilier à la FAT. Mais quand l'élection pour le choix de la représentation eu lieu, des fiers-à-bras armés de barres de fer et de fusils du CTM ont intimidé les ouvriers. À Echlin, une multinationale, le syndicat "officiel" du PRI, le CTM, et les fonctionnaires gouvernementaux du travail ont collaboré ensemble pour empêché les ouvriers de s'organiser librement. Mais ces ouvriers n'ont pas lutté tout seuls. L'United Electrical Workers (UE), les Teamsters, UNITE, l'Union canadienne des travailleurs de l'acier, l'American United Steelworkers Union (USWA), et l'United Paperworkers International Union (UPIU) ont aidé la FAT à organiser une campagne internationale pour faire pression sur Echlin et le gouvernement mexicain.

 

À Han Young, une filiale de Hyundai à Tijuana, les ouvriers ont essayé d'organiser un syndicat indépendant et ont gagné l'élection du choix de représentation mais le gouvernement et la compagnie refusent de reconnaître la FAT. La compagnie a licencié les ouvriers et engagé des scabs. Mais les ouvriers de Han Young n'étaient pas seul non plus. Le comité d'appui aux travailleurs des maquiladora de San Diego et le Campaign for Labor Rights à Washington ont organisé une campagne aux E.-U. pour boycotter Hyundai en appui aux ouvriers de Han Young. Fin décembre, on annonçait que STIMAHCS avait remporté la deuxième élection mais que Han Young refusait toujours de reconnaître le syndicat. Un boycott de Hyundai continue jusqu'à ce que le syndicat soit reconnu et un contrat avec la compagnie.

 

Ces deux campagnes représentent un nouveau niveau de solidarité ouvrière internationale entre les travailleurs américains, canadiens et mexicains.

 

Pour plusieurs observateurs, la nouvelle collaboration entre les ouvriers et les syndicats de différents pays suggère la possibilité et la nécessité de commercer à utiliser stratégiquement le pouvoir économique d'interrompre la production dans les usines des multinationales quand elles violent les lois et menacent les syndicats et les ouvriers. Des stratégies internationales coordonnées pourraient handicaper les corporations multinationales. Le mot d'ordre des corporations dans la gérance des entrepôts est le: "juste à temps". Notre mot d'ordre pourrait être: "juste un peu en retard", ou "n'est jamais arrivé".

 

L'emploi de la force économique au-delà des frontières veut dire être prêts à interrompre le transport par rail ou camion, à interrompre les télécommunications, à bloquer les autoroutes et les ponts internationaux. De telles activités peuvent entraîner la désobéissance civile, la violation de certaines lois pour un plus grand bien, pour les droits des ouvriers. Les syndicats ont toujours été obligés d'utiliser le pouvoir économique et la désobéissance civile pour gagner leurs droits et continueront a devoir agir ainsi dans la nouvelle économie globale à un niveau global.

 

Conclusion: Les réformes créent un espace

 

La victoire des forces réformistes au Mexique - le PAN et le PRD en congrès, Cuauhtemoc Cardenas et le PRD à Mexico et les succès de Hernandez Juarez en créant l'UNT - ouvrent une nouvelle période moderne dans l'histoire du Mexique. Alors que ces événements représentent de vrais victoires pour la démocratie et les réformes, ils ne font pas du Mexique un pays démocratique et ne libèrent pas le mouvement ouvrier du contrôle corporatiste. Le PRI continue à régner sur le pays, le CT et le CTM continuent à contrôler les syndicats et les ouvriers. Comme le prouve bien le massacre à Acteal, répression, violence et atrocités continuent.

 

Le peuple mexicain et les ouvriers ont donné une chance aux réformes. Si les réformes échouent ils peuvent essayer des mesures plus radicales mais il est peu probable qu'ils reviendront jamais au vieux systèmes du contrôle complet par l'État-parti.

 

La situation mexicaine, comme le révèle le massacre de Noël à Acteal, reste très volatile. Personne ne peut exclure la possibilité de plus de répression de la part du gouvernement, ou une autre révolte paysanne, ou l'apparition d'une nouvelle guérilla. À la campagne, dans certaines régions du sud, la situation est près de la guerre civile.

 

Parmi la classe ouvrière, la situation n'est pas si aiguë. La classe ouvrière mexicaine a commencé à s'extraire du système de contrôle de l'État. Mais le réalignement de la bureaucratie ouvrière et même la réorganisation des syndicats ouvriers représentent seulement le premier pas. Des réformes de fonds seront amenées seulement par la montée de la base dans les syndicats actuels et l'organisation large des non-syndiqués à l'extérieur d'eux.

 

La meilleure défense des indiens Maya et la meilleure garantie pour des victoires démocratiques serait dans la mobilisation des la classe ouvrière mexicaine.

 

Historiquement -au Brésil, en France, en Pologne, en Afrique du Sud et aux États-Unis- un tel processus commence d'habitude parmi les ouvriers des industries. Nous attendons une victoire d'un groupe d'ouvriers mexicains qui mette en route un processus d'organisation et de lutte à la base pour porter ce coup. Une grève victorieuse peut partir l'étincelle d'un mouvement de masse qui s'étendrait dans la classe ouvrière et la société. Peut-être une victoire à Echlin ou Han Young va produire cette étincelle enflammera une énorme explosion de force ouvrière au Mexique. Nous l'espérons.

 

Traduction de Jacqueline Loiselle pour La Gauche

 

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