| Mexique Le Chiapas sous haute tension |
Le massacre de 45
indigènes tzotzils désarmés, le 22 décembre, dans la
commune d'Actéal au Chiapas, a soulevé une vague
d'indignation et de protestation dans tout le Mexique et
à l'échelle internationale. Pris de court par l'ampleur
de la réaction, le gouvernement mexicain n'a pas pu
tenir longtemps sa ligne de défense, qui consistait à
imputer ce massacre à des conflits intra-communautaires
et à dégager sa propre responsabilité. Le président Zedillo a finalement lâché du lest, en se séparant de son ministre de l'Intérieur, Chauyffet, un des tenants de la " ligne dure ", pour le remplacer par l'ancien ministre de l'Agriculture, Labastida, qui s'est empressé de déclarer son intention de relancer le dialogue avec les zapatistes. Pourtant, en pleine crise politique, le pouvoir montre un tout autre visage sur le terrain. Une opération armée de grande ampleur a été engagée sur les terres zapatistes le 2 janvier, en contradiction ouverte avec les accords de cessez-le-feu signés début 1994, entre l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) et le gouvernement. Pendant plusieurs heures l'armée a investi les principales communautés indigènes qui soutiennent le mouvement zapatiste, notamment à La Realidad, et s'est livrée à des fouilles, des interpellations, des interrogatoires systématiques, sous le prétexte officiel de rechercher des caches d'armes. Résistance L'hebdomadaire Proceso vient de rendre public un document ultra-secret particulièrement explosif, qui atteste de ce plan d'extermination mis en place par l'état-major de l'armée, dès le mois d'août 1994. Le dispositif classique d'une " guerre de basse intensité " y est décrit sans fard. Deux choses frappent particulièrement. D'abord la preuve que, au plus haut niveau des forces armées et du pouvoir politique, sous la présidence de Salinas comme sous celle de Zedillo, une seule et même politique prévaut depuis quatre ans, dont les négociations de paix avec les zapatistes ne sont qu'un élément pour gagner du temps et afficher des prétentions démocratiques. Militarisation Le fait, ensuite, que ce qui se passe au Chiapas depuis quatre anscorrespond point par point au plan révélé par ce document. L'occupation militaire du terrain n'a cessé de s'étendre : de nouveaux campements ont été installés, aux abords des territoires zapatistes, et des voies de communication ouvertes sous couvert de faciliter l'accès aux communautés les plus reculées. En quatre ans les forces armées présentes dans la région ont doublé leurs effectifs, aujourd'hui de l'ordre de 40 000 hommes. Des forces paramilitaires ont été systématiquement organisées, au sein même des populations indigènes, et le massacre d'Actéal participe de ce plan à long terme qui vise à terroriser les communautés acquises à la cause zapatiste, à les chasser de leurs terres, à les contraindre à une errance dramatique vers des contrées particulièrement inhospitalières. Les auteurs directs de ce crime ont été arrêtés et seront traduits en justice, assure le gouvernement. Leurs liens avec le parti au pouvoir, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), ne semblent pas pouvoir les protéger aujourd'hui. Mais les véritables responsables de ce crime, de l'armement et des agissements en toute impunité des groupes paramilitaires, au-delà de la révocation du ministre de l'Intérieur, sont toujours aux commandes. " Depuis que le dialogue a commencé, déclare l'EZLN dans son long communiqué du 29 décembre dernier, nous n'avons pas fait usage de nos armes. Malgré les provocations continuelles du gouvernement (parmi lesquelles la trahison de février 1995 et le massacre d'Actéal) les zapatistes sont restés en attente, et ont tenu, jusqu'à ce jour, l'engagement passé avec la société civile. " L'EZLN appelle la société civile nationale et internationale à continuer d'exiger justice pour les victimes du massacre d'Actéal ; à faire pression sur le gouvernement pour l'application des accords de San Andrés (et l'acceptation de l'initiative de loi de la Commission de concorde et de paix), et pour qu'il arrête immédiatement sa machine de guerre contre les indiens. " C'est l'application des accords de San Andrés et la fin de la militarisation (ou de la paramilitarisation), et non pas les menaces ou les massacres, qui peuvent ouvrir la voie à a reprise des négociations et à la paix que nous méritons et dont nous avons besoin. " Solidarité C'était juste avant la nouvelle offensive de l'armée contre les territoires zapatistes. Offensive momentanément suspendue, mais qui renforce en tout état de cause une pression militaire permanente de plus en plus lourde de menaces. La solidarité internationale acquise de haute lutte par le mouvement zapatiste peut d'autant plus peser dans cet affrontement que le gouvernement mexicain a besoin de cultiver l'image d'un régime en plein renouveau démocratique. Dans les négociations économiques menées avec la CEE, la signature définitive d'un accord est liée, formellement, à une clause démocratique. Si cette clause n'est pas de pure forme, le massacre d'Actéal exige un réexamen immédiat du " respect des droits de l'Homme " par le gouvernement mexicain. " A part ça, ici, les soldats répètent qu'ils attendent d'un instant à l'autre l'ordre d'attaquer, ajoutait le sous-commandant Marcos dans sa déclaration du 29 décembre. Les casernes augmentent leurs effectifs, et tous les chemins pullulent de barrages militaires. Question de jours, disent les plus prudents. D'heures, disent les plus nerveux. Bon. Salut, et que l'indignation contre le crime n'ait pas de repos. "C'est notre engagement et le sens profond de notre solidarité. Robert March |
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