Campagne urgente de solidarité avec les autochtones du Chiapas
Montréal, le 6 janvier 1998.
Aux organismes de coopération et de solidarité internationale, aux syndicats, organismes populaires et communautaires, aux associations étudiantes, aux collectifs culturels et aux individus solidaires,
Le 22 décembre dernier, 45 indiens tzotziles de la communauté de Acteal, district de Chenalhó, Chiapas, étaient assassinées par des paramilitaires. Alors qu'ils étaient en train de prier, 14 enfants, un nouveau-né, 21 femmes et 9 hommes étaient massacrés par les balles explosives et les coups de machettes des assassins, liés au parti gouvernemental.
En quelques heures se manifesta l'indignation au niveau mondial. Le gouvernement mexicain déclara de son côté qu'il s'engageait à ouvrir une enquête tout en affirmant qu'il s'agissait de problèmes inter-ethniques et de querelles inter-familiales. La douleur provoquée par ce crime d'État n'était pas suffisante, il prétendait en plus s'en laver les mains en responsabilisant du massacre les victimes elles-mêmes. Mais le macabre tour de passe-passe ne fonctionna pas. Les dénonciations de la société civile et la réponse des Zapatistes dans un communiqué rendirent vaines les arguties gouvernementales. Ces Tzotziles ont été assassinés pour le double fait d'être indiens et rebelles (des civils non-armés), dans le cadre de la guerre qui se déroule au Chiapas pour anéantir toute possibilité d'un futur meilleur.
En ces premiers jours de janvier 1998, les tensions sont toujours très élevées: le gouvernement a déployé 5000 nouveaux soldats en plus des 40 000 à 60 000 qui occupent déjà le Chiapas. Violant la Loi sur le dialogue, l'armée fédérale mexicaine est entrée dans la communauté autochtone zapatiste de La Realidad le 3 janvier et s'est introduite dans les foyers de plusieurs villages pour harceler et terroriser les familles. Sous prétexte d'avoir trouvé une supposée cache d'armes de l'EZLN, le gouvernement mexicain semble disposé à lancer une intervention militaire pour écraser la rébellion zapatiste au lieu de résoudre les causes du conflit: le non respect des droits autochtones, du droit à la terre, etc.
Au Canada et au Québec, nous nous sentons particulièrement interpellés par le drame qui se déroule au Mexique, celui-ci étant considéré comme un partenaire commercial prévilégié par nos gouvernements depuis la signature de l'Accord de libre-échange nord americain (ALÉNA). "Équipe Canada", formé de politiciens et de gens d'affaires, se rend d'ailleurs au Mexique début janvier pour explorer les possibilités d'affaires: les entreprises canadiennes espèrent profiter des privatisations et de la main-d'oeuvre mexicaine à bon marché pour hausser leurs bénéfices. Ce contexte propice aux inconditionnels du profit existe au prix de la militarisation, de la répression et des exactions envers la population et particulièrement les autochtones qui luttent pour obtenir des conditions de vie justes et dignes. Leur lutte est la nôtre et leurs morts sont aussi les nôtres parce que les politiques néolibérales qui leur sont imposées par la répression sont coordonnées avec les politiques d'appauvrissement qui se multiplient aussi ici.
Comment manifester votre solidarité:
1. en faisant parvenir 100$, 300$, 500$ au Fonds de solidarité avec le Chiapas, créé par les organismes signataires ci-bas, qui transfèrent la totalité des fonds recueillis a l'organisme d'aide humanitaire Enlace Civil au Chiapas, qui se charge d'acheminer de la nourriture et des médicaments pour les milliers de réfugié-e-s autochtones du Chiapas qui ont fui les paramilitaires pour se réfugier, les mains vides, en pleines montagnes ou dans les communautés avoisinantes quand c'était possible.
Veuillez nous faire parvenir votre réponse en remplissant et en envoyant au plus vite le coupon ci-bas à l'adresse suivante:
Fonds de solidarité avec le Chiapas, C.P. 463, Succursale Place du Parc, Montréal (Québec) H2W 2N9; fax: 514-387-5550
2. en signant la lettre ci-jointe demandant aux gouvernements du Canada et du Québec qu'ils annulent la mission commerciale Équipe Canada au Mexique et qu'ils fassent pression sur le gouvernement mexicain pour qu'il mette fin aux opérations militaires et paramilitaires dans les zones autochtones.
SVP, envoyer des copies par fax ou email:
Chaque geste de solidarité avec les autochtones du Chiapas, ici et ailleurs, aide à empêcher une intervention militaire qui ferait encore couler du sang sans résoudre les injustices sociales à l'origine du conflit.
Réseau de solidarité avec le Mexique
Réseau latinoamericain pour la défense des droits humains
Comité pour les droits humains au Mexique
Comité de solidarité urgente avec le Chiapas
Comité chrétien pour les droits humains au Mexique
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| COUPON-REPONSE A LA CAMPAGNE DE
SOLIDARITE AVEC LE CHIAPAS Nom de l'organisme ou de l'individu: ____________________________________________________________________ Adresse postale: __________________________________________________ _______________________________________________________________________ Code postal: ___________________________________ Tél: ___________________________________ Fax: ________________________________ Courrier électronique: ______________________________ VOTRE RÉPONSE: - Nous faisons parvenir un chèque de ____________ $ pour le Fonds de solidarité avec le Chiapas. (faire le chèque au nom du Réseau de solidarité avec le Mexique) Nom de la personne-contact: _____________________________________________ |
| LETTRE-TYPE Montreal, le 6 janvier 1998. Aux membres d'Équipe Canada Mesdames, messieurs, Vous partirez très bientôt en mission commerciale pour quatre pays d'Amérique latine dont le Mexique. Or, à l'instar de nombreuses organisations non gouvernementales dans le monde, nous sommes préoccupés par la dégradation alarmante de la situation des droits humains au Mexique, et nous espérons que vous partagez cette préoccupation. De même, les récentes opérations militaires et paramilitaires au Chiapas nous laissent croire que le gouvernement mexicain prépare une intervention de l'armée mexicaine pour écraser dans le sang les sympatisant-e-s et membres de l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN). Il fait cela au lieu d'honorer ses engagements en faveur de la recherche d'une solution pacifique au conflit tout comme il refuse de respecter les Accords de San Andres sur les droits et la culture autochtones qu'il a signés en février 1996. Depuis 1994, tous les observateurs impartiaux notent une recrudescence alarmante des violations des droits de la personne: assassinats, enlèvements, tortures, viols, déplacements forcés de communautés amerindiennes. Ce drame affecte la vie de milliers de personnes, surtout dans le sud du pays, ou se concentre la population autochtone. L'armée, les divers corps de police et les autorités civiles ont été directement impliqués dans la conception et l'exécution de beaucoup de ces méfaits, comme en attestent les études effectuées par Aministie Internationale. Malgré les dénonciations effectuées par des citoyen-ne-s et des groupes mexicains et étrangers, la plupart de ces crimes sont demeurés impunis, ce qui fait douter du sérieux des enquêtes entreprises par les autorités politiques mexicaines, et de leur volonté politique de mettre fin à cette situation. Depuis deux ans environ, on a assisté au développement de groupes paramilitaires, qui semblent se charger de la sale besogne. Ces groupes, qui travaillent particulierèment au Chiapas, sont formés autour d'un noyau de tueurs à gages employés traditionnellement par les grands proprietaires pour liquider leurs opposants: ils ont accru considérablement leurs effectifs en recrutant des chômeurs et des paysans sans terre. Désormais équipés d'armements sophistiqués (mitraillettes, matériel de transport) dont l'usage est strictement réservé aux Forces armées mexicaines, financés grâce à des fonds publics et privés, ils ont entrepris de semer la terreur dans les zones du Nord de l'État du Chiapas (Municipios de Tila, Simojovel, Sabanilla) et, depuis le massacre d'Acteal (Municipio de Chenalhó), le 22 décembre dernier, ils étendent maintenant leur action aux hautes terres centrales, où sont surtout concentrés les peuples autochtones. Leur tactique est simple et identique partout: on entoure un village amérindien, on abat les hommes, les femmes et les enfants, on brûle les récoltes et les maisons. Il y a plus de 800 000 autochtones au Chiapas. Ils sont parmi les plus pauvres du Mexique et ont mis sur pied depuis vingt ans des dizaines d'organisations pour améliorer leur sort et défendre leurs droits et leurs terres. Ce sont ces organisations (coopératives, groupes de femmes ou de défense des droits de la personne, communautés ecclésiales de base) que les forces paramilitaires, à la solde des grands propriétaires, ont entrepris de détruire, en éliminant s'il le faut la population elle-même. Et les autorités mexicaines, si elles se voient obligées de mettre aux arrêts de petits hommes de main (comme pour le massacre du 22 décembre), assurent l'impunité aux véritables instigateurs de ces crimes, en prétendant qu'il s'agit de " rivalités ancestrales entre des groupes paysans ". Nous estimons que le gouvernement du Canada et le gouvernement du Québec ne peuvent fermer les yeux devant des massacres comme celui d'Acteal (Chenalhó), au cours duquel 45 personnes, dont une majorité de femmes et d'enfants, ont été sauvagement abattues par les groupes paramiliaires soutenus par les autorités locales du PRI (parti au pouvoir au Mexique depuis 68 ans). Le Gouvernement du Canada doit faire pression pour éviter que le sang ne coule encore au Mexique. Il était diposé à faire pression sur Mexico afin que Bombardier obtienne un lucratif contrat - pourquoi serait-il réticent à le faire quand des crimes contre des mexicain-e-s sont commis? Nous vous demandons donc, membres d'Équipe Canada, chefs de gouvernements fédéral et provinciaux, hommes et femmes d'affaires, et tout particulièremement membres autochtones, d'annuler votre participation à la mission commerciale au Mexique et de manifester au gouvernement mexicain votre profonde préoccupation pour la dégradation des droits de la personne; en exigeant auprès de lui des engagements concrets pour mettre fin aux activités de l'armée mexicaine et des forces paramilitaires qui sont en train de faire sombrer dans le chaos et la terreur de vastes régions rurales et autochtones du pays. Le gouvernement mexicain tient à se donner une image internationale positive, et votre soutien à notre demande contribuerait grandement à la lutte pour la paix et la justice dans les communautés du Chiapas.
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