Chiapas
Grande manifestation à Mexico contre le PRI
Par Georges Villetin
Lundi 12 janvier, cent mille personnes ont envahi les rues de
Mexico pour protester contre le massacre d'Actéal au Chiapas.
Dans toutes les grandes villes du pays, des manifestations
identiques se sont déroulées avec le même succès. A Ocosingo,
(Etat du Chiapas) la police n'a pas hésité à tirer sur la
foule tuant une jeune indienne. Le massacre des quarante-cinq
indiens tzotzils, supposés être des sympathisants de l'Armée
zapatiste de libération nationale (EZLN), par des paramilitaires
du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) a ouvert une
véritable crise politique dans un pays déjà déstabilisé par
les dernières élections qui ont vu le PRI au pouvoir depuis
soixante-dix ans perdre la majorité absolue.
Après la démission du ministre de l'Intérieur et du gouverneur du Chiapas, c'est le chef de la police du Chiapas Felipe Vasquez qui vient d'être arrêté. Il est inculpé d'avoir, tout simplement, ordonné à ses hommes de livrer des armes de la police aux paramilitaires. Ces armes ont été amenées par un véhicule de la police à Los Chorros, le village où habitaient plusieurs des auteurs du massacre. Après un silencevgêné, le gouvernement est obligé de reconnaître la responsabilité de militants du PRI dans ce massacre,tout en tentant d'esquiver la sienne. Le premier rapport de 229 pages établi par la Commission nationale des droits de l'Homme est accablant sur la responsabilité des autorités de l'Etat du Chiapas. La présidente de cette commission, Mireille Roccatti, nommée par le président Zedillo lui-même, va jusqu'à demander l'inculpation de seize hauts fonctionnaires. Toutes ces révélations confirment les accusations de la direction de l'EZLN quant à la " guerre de basse intensité " qu'organise le gouvernement mexicain qui se refuse toujours à appliquer les accords de San Andrés.
Désormais toute l'opposition est descendue dans la rue pour demander des comptes au gouvernement.Pour la première fois, on a pu noter la présence d'un fort contingent de militants syndicalistes répondant à l'appel de la nouvelle confédération, l'Union nationale des travailleurs, une scission (regroupant environ I,5 million de syndicalistes) du syndicat officiel (CTM). Aujourd'hui rien n'est joué. Le gouvernement utilise la carotte et le bâton. Près de 40 000 soldats continuent de menacer les régions tenues par les zapatistes et le gouvernement lui-même ne contrôle plus complètement toutes ses troupes.
L'EZLN et le sous-commandant Marcos représentent un nouvel espoir pour tous les exclus de la planète. Assurer leur défense est une nécessité dans le combat contre la mondialisation capitaliste. Chaque initiative de solidarité organisée dans le monde rencontre un écho important au Mexique, comme en témoigne l'attitude de l'ambassade mexicaine à Paris, obligée d'informer par fax les organisateurs de l'appel unitaire (voir Rouge du 8 janvier) des derniers développements de l'enquête. Ce collectif unitaire qui, outre de nombreux intellectuels, rassemble la grande majorité de la gauche politique et syndicale reste mobilisé pour de prochaines initiatives, après avoir organisé un rassemblement réclamant " justice pour Actéal " devant l'ambassade le 12 janvier.
Source: Rouge, hebdomadaire de la Ligue Communiste
Révolutionnaire, section française de la
Quatrième Internationale
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