| Economie mondiale Les quatre crises d'Asie |
La crise asiatique n'est pas homogène :
il faut, en fait, distinguer le Japon, les Tigres, la
Corée et la Chine, et remonter un peu dans le temps pour
la comprendre. L'un des phénomènes les plus marquants de la décennie est, en effet, l'essoufflement du modèle japonais. LE JAPON. Avec une croissance de l'ordre de 4 % jusqu'en 1991, le Japon représentait la meilleure performance parmi les pays du G7. A partir de 1992, il se traîne autour de 1 % par an et fait en moyenne moins bien que l'Union européenne. On a pu penser un moment qu'il s'agissait d'un cycle et 1996 avait semblé marquer un démarrage mais c'est de nouveau la croissance lente qui est à l'ordre du jour. La raison externe principale en est le ralentissement des exportations qui représentent 9,3 % du PIB en 1996, c'est-à-dire moins que les 10,2 % de 1986. Mais la crise de croissance provient aussi de l'incapacité à compenser cette baisse par un surcroît de demande interne. La limite est ici celle de la rentabilité et la nouveauté du cycle actuel est un recul particulièrement marqué du taux de marge des entreprises. Dans le même temps, l'efficacité du capital une
bonne estimation des effets de la hausse de la
composition organique sur le taux de profit se
dégrade régulièrement de deux points par an. La crise LES TIGRES. La seconde crise est celle des "
Tigres " (Thaïlande, Malaisie, Philippines,
Indonésie) qui a éclaté en juillet 1997, sous la forme
d'une attaque contre les monnaies, puis d'effondrements
boursiers. Cette crise est celle du modèle néolibéral
d'ouverture aux exportations. Elle caractérise la
situation de pays dépendants qui ne s'insèrent que de
manière bancale dans la division internationale du
travail, en exportant beaucoup mais en important encore
plus. Ce développement inégal a finit par craquer en
raison d'un déficit On ne peut pas, non plus, incriminer la politique du taux de change qui aurait pesé dans le sens d'une surévaluation du won. Sans faire dans le machiavélisme, cette crise n'a pas que des inconvénients et le FMI a d'ailleurs annoncé la couleur en exigeant, parmi les conditions mises au plan de sauvetage, le démantèlement des grands groupes, les chaebols, et leur ouverture à l'investissement étranger. Il s'agit donc de casser un modèle trop étatiste à son goût et de décourager ceux qui auraient été tentés de l'imiter. Il n'est donc pas exagéré de parler de succès pour l'impérialisme. LA CHINE. La dernière crise est celle qui risque de venir du côté de la Chine. La transmission passe ici par un double canal. La baisse des prix qu'entraîne la dévaluation des monnaies de la région met à mal la compétitivité des exportations chinoises. Par ailleurs, les effondrements boursiers menacent de se communiquer, à travers Hong Kong, et de porter atteinte à un dynamisme économique jusque-là inégalé. LA REGION. De manière générale, ces quatre crises se renforcent les unes les autres en raison des relations commerciales et, aussi, des flux d'investissement qui tissent un réseau serré entre les différents pays, avec un rôle de relais de la diaspora chinoise. C'est donc la structuration complexe de toute une région, jusque-là présentée comme le moteur de la croissance mondiale, qui est profondément déstabilisée par des mécanismes qui relèvent de l'anarchie capitaliste et des luttes inter- impérialistes. La suprématie américaine réaffirmée, notamment au
niveau de la domination technologique, a d'une certaine
manière pour contrepartie le blocage de la croissance
intensive japonaise fondée sur l'innovation et, ensuite,
articulée de manière hiérarchisée sur l'ensemble de
la zone. Mais cette déstabilisation est lourde d'un
effet boomerang qui combinera lui aussi les mécanismes
marchands et les flux de financement. Le ralentissement
de la croissance asiatique va en effet tendre à réduire
l'une des principales sources de financement d'un long
cycle de croissance des Etats-Unis qui fait apparaître
un creusement tendanciel du déficit extérieur. Même si
elle ne dégénère pas en krach financier généralisé,
cette crise a d'ores et déjà remis en cause
l'équilibre instable de l'économie mondiale. Maxime Durand Source: Rouge, hebdomadaire de la Ligue
Communiste |
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