Appel du Comité de défense des manifestant-e-s contre la faim Comité des sans emploi Montréal-centre

Montréal, le 21 janvier 1998

Aux organisations populaires et communautaires
Aux groupes de femmes
Aux syndicats
Aux associations étudiantes

Bonjour à vous tous et toutes,

Nous tenons par la présente à vous informer des arrestations massives survenues le 3 décembre dernier dans le cadre de l'action épicerie du Comité des sans emploi, et de leurs suites. Nous vous faisons également parvenir la derniere version d'une Déclaration de solidarité et une pétition (ci-jointes), que nous vous invitons à signer. (Meme si vous avez deja signé la première version de la Déclaration, nous vous demandons de signer cette dernière version qui demande en plus une enquête indépendante sur la préparation et l'exécution des arrestations).

Le 3 décembre dernier, le Comité des sans emploi organisa sa deuxième action épicerie non seulement pour faire simplement entendre notre colère contre la misère grandissante, mais pour s'approprier de la nourriture fraîche et saine, et ce, à même le buffet du fastueux restaurant de l'hôtel Reine Élisabeth. Il s'ensuivit une arrestation massive et arbitraire par la police de la CUM, qui arrêta toutes les personnes présentes.

Libération de nos camarades détenus pendant 9 jours

Vendredi le 12 décembre dernier, le juge Greenberg de la Cour supérieure retirait l'interdiction de manifester à Luc Brisebois, Yves Manseau et ALexandre Popovic. Rappelons qu'Alexandre et Yves sont demeurés en prison pendant 9 jours pour contester cette interdiction. Cependant, Alexandre et Luc n'ont obtenu qu'un droit limité de manifester (manifestations paisibles et légales), pour avoir déjà été inculpés lors d'autres actions.

Les trois militants ont été défendus par Julius Grey et Pascal Lescarbeau. Grâce à la résistance de nos camarades, il ne sera plus possible de nous voir imposer comme condition de libération toute interdiction de manifester. Il s'agit d'un grand pas, car depuis avril 95, au moins une centaine de manifestants-es se sont vu ainsi restreindre leur liberté.

Solidarité internationale

Le 31 décembre dernier, Le Comité des sans-logis de Paris, après avoir investi deux restaurants huppés, s'est rendu à l'ambassade canadienne pour exiger le retrait des accusations. De plus, le célèbre philosophe français Albert Jacquard nous a fait connaître par une lettre son appui à notre action et son indignation devant la réaction des autorités.

Mise sur pied d'un Comité de défense des manifestant-e-s contre la faim

Réunis-es le 17 décembre pour préparer la défense des personnes arrêtées, les militants-es ont décidé de mettre sur pied un comité de défense composé de trois sous-comités: un pour organiser un spectacle pour notre financement; un pour organiser des mobilisations; et un troisième pour rédiger une déclaration commune et faire le suivi des appuis. Ce comité de défense verra à la coordination des rencontres et à informer les groupes et la population sur les différents évènements.

Un appel à la solidarité

Au lendemain de notre arrestation, nous avons sollicité des appuis pour dénoncer la détention des manifestants-es. Nous avons reçu de nombreux appuis et en souhaitons encore. C'est pourquoi nous avons joint à cette lettre un exemplaire révisé de notre Déclaration commune que nous vous invitons fortement à signer. Si votre organisation adhère à cette déclaration, veuillez s'il vous plaît la retourner aux endroits suivants:

Comité des sans emploi Montréal-centre,
fax: 514-524-0222
ou par la poste au
1710 Beaudry, local 3.8, Montréal, Qc, H2L 3E7.
Cour municipale de Montréal,
fax: 514-872-3400
Ministre de la Justice
Serge Ménard,
fax: 514-873-7174 et 418-646-0027.

Jeudi le 5 février prochain aura lieu notre spectacle bénéfice au 1710 Beaudry, à la salle Salaberry à 19h (5$ par personne). Les fonds recueillis serviront à la défense des 108 personnes arrêtées. Nous vous invitons en grand nombre.

Comme les profits du spectacle ne suffiront certainement pas, nous avons créé un fond de soutien aux accusés auquel nous vous demandons de contribuer si vous le pouvez. Les chèques doivent être faits au nom de: " Comité des sans emploi - Comité de soutien " (adresse susmentionnée).

Merci de votre soutien et de votre solidarité.

 

Déclaration de solidarité avec les manifestant-e-s contre la faim

Le 3 décembre dernier, une centaine de personnes ont participé à une action du Comité des sans-emploi Montréal-Centre qui avait pour but de dénoncer la faim et de faire entendre leur colère face aux élu-e-s qui préfèrent capituler devant les lobbies financiers. La manifestation se tenait devant l'Hôtel Reine-Élizabeth après qu'un groupe de personnes soit allé chercher de la nourriture dans le restaurant de cet hôtel afin de la redistribuer symboliquement.

Alors que cette manifestation se déroulait dans le calme et qu'elle ne bloquait ni la rue ni les portes de l'hôtel, la police est intervenue en très grande force et avec rapidité. Elle a arrêté 108 personnes qui ont passé entre 13 et 20 heures en prison. Il s'agit d'une des opérations policières les plus spectaculaires de l'histoire du Québec dans le cadre d'un événement politique.

Parmi les personnes arrêtées, il y a des militantes et des militants d'une dizaine de groupes populaires, des étudiantes et étudiants des CEGEPs et universités de Montréal, des chômeurs et chômeuses, des travailleuses et travailleurs et des personnes assistées sociales.

Au moins une quarantaine de personnes sont accusées de divers délits: vol, méfait, complot, incitation à commettre un acte criminel et voie de fait. Quatre des accusés se sont fait imposer des conditions de libération extrêmement sévères incluant l'interdiction d'organiser ou de participer à toute manifestation et de communiquer entre eux d'ici la fin de leur procès.

Pour nous, ces arrestations et accusations sont totalement injustifiées et ne visent qu'à briser le mouvement de contestation sociale qui prend de l'ampleur face à la pauvreté et la misère qui s'étendent.

Le droit à la liberté d'expression et le droit d'association font partie des libertés fondamentales et doivent être respectés. Malheureusement, la police et le milieu judiciaire prennent goût à la répression. En effet, depuis la vaste manifestation contre la venue d'un groupe d'extrême-droite, Human Life International, en avril 1995, des centaines de personnes se sont vues interdire de manifester suite à leur participation à divers événements. Cette privation des droits démocratiques est injustifiée et nous mène sur une pente glissante. Le droit de manifester est tout simplement remis en question! Nous croyons aujourd'hui que cet état de choses a assez duré.

Nous en avons assez de la "  guerre contre les pauvres et les insoumis-e-s  " que mènent la police, les procureur-e-s et nos gouvernant-e-s au mépris= de nos droits politiques et économiques. Des mesures immédiates doivent être prises pour combler le fossé grandissant qui sépare les riches et les pauvres, tant au niveau du droit à un revenu décent que dans leur accès à la justice, à la santé et à l'éducation.

Nous réclamons:

* l'abandon des procédures contre tous les manifestant-e-s contre la faim du 3 décembre;

* une enquête indépendante sur la préparation et l'exécution de l'intervention policière du 3 décembre;

* l'abandon par la police des pratiques de répression de plus en plus systématiques qu'elle emploie à l'égard des pauvres et des militant-e-s;

* l'abandon par les procureur-e-s et les juges de la pratique qui consiste à criminaliser les pauvres et les militant-e-s;

* le respect intégral par tous les représentant-e-s de l'ordre de la Charte des droits et libertés;

* le respect du droit de protester et de s'organiser contre la misère et la pauvreté.

 

Nom de l'organisme signataire:____________________________

Adresse: ________________________________________

Tél.:___________________________


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