Victoire populaire à Kahnawake

Archer Daniels Midland doit plier bagage

par le Regroupement de solidarité avec les Autochtones

La multinationale de l'agro-alimentaire Archer Daniel Midland (ADM) a démonté ses installations temporaires à Kahnawake, le 3 novembre dernier, après une impressionnante mobilisation populaire inspirée et soutenue par les étudiants et les étudiantes mohawks. Dans un communiqué daté du 29 octobre, le Conseil de bande de Kahnawake, le principal partenaire de la multinationale dans un projet d'emmagasinage et de distribution de céréales, annonçait que le projet n'irait pas de l'avant sans " l'appui de la population et tant que certains aspects techniques du projet n'auront pas été précisés ".

Suite à la signature d'une entente de principe, en avril dernier, entre ADM et le Conseil de bande, ce sont les jeunes de l'École de survie de Kahnawake qui ont alerté l'opinion publique et mobilisé la population. Leur école est située à 300 mètres du site d'une quinzaine d'âcres aux abords du fleuve St-Laurent que la multinationale prévoyait occuper pour une période de 50 ans afin d'y installer des silos, des entrepôts et des installations portuaires.

Les étudiants et les étudiantes ont effectué des projets de recherches sur la multinationale dont les revenus annuels dépassent les 13 milliards $US. Ils se sont rapidement emparé du dossier. Ils ont visité d'autres sites d'entreposage de la compagnie à Sorel et à Québec, munis de caméras vidéos et ont même fabriqué une maquette du projet afin que leurs concitoyens et concitoyennes puissent mieux constater son ampleur. Ils ont fait circuler une pétition, participé à des assemblées publiques et ont manifesté.

Une étude d'impact environnemental effectuée par une filiale d'ADM, Inspecsol, aux frais de la multinationale, a été vertement critiquée. Selon un expert indépendant, l'étude minimise les effets néfastes associés à de telles installations d'emmagasinage dont le volume accru de trafic routier à proximité de l'école, la poussière, le bruit, l'utilisation de pesticides, les émanations nocives et la présence de vermine.

Suite à une assemblée communautaire houleuse, tenue le 20 octobre, et une deuxième manifestation dans les rues de Kahnawake le 23, un campement temporaire a été érigé par des membres de la communauté près du site du projet dont la construction devait commencer au début novembre. On soupçonne ADM de s'intéresser à la communauté mohawk parce que la réserve ne compte pas de normes environnementales et aucune réglementation en matière de navigation ou d'entreposage. Le Conseil de bande, pour sa part, a affirmé que la compagnie devra se plier aux règlements éventuels qu'il établira en la matière.

Mauvaise réputation

Le 31 octobre, cependant, un éditorial du journal The Eastern Door demandait avec scepticisme, entre autres, comment la communauté pourrait faire respecter ces règlements par une société multinationale, propriétaire d'immenses infrastructures en territoire mohawk, lorsque celle-ci jouit déjà d'une mauvaise réputation.

En effet, l'année dernière ADM se voyait accusé par le gouvernement américain de fraude et de collusion en vue de fixer des prix. Dans une entente négociée hors cour par un membre important de son Conseil d'administration, l'ancien premier ministre Bian Mulroney, ADM s'en est tiré avec une amende de ... 100 millions $. Selon un résident de la communauté, " la multinationale veut s'installer ici et faire ce que bon lui semble... Elle a payé l'amende aux États-Unis sans même sourciller - comment allons-nous nous y opposer? "

Pour l'instant ADM a quitté Kahnawake. Avant de partir, le gérant et le porte-parole de la compagnie, Bian Brohman, a affirmé que " nous avons toujours été bien accueillis dans les communautés... Nous ne cherchons pas la confrontation ". La compagnie ne remettra pas les pieds chez les Mohawks sans l'appui de la population. C'est maintenant au tour du Conseil de bande de jouer et la population restera vigilante.

Source : Bulletin Solidarité avec les Autochtones, décembre 1997

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