Édito de Rouge

La lutte des sans emplois s'étend à son ryhtme mais il faut un saut qualitatif

L'usage du coup de massue politique asséné par les hautes autorités de l'Etat pour briser le souffle et le courage d'un mouvement social est des plus classiques. On verra, mercredi soir à la télé, si Jospin y a encore recours, après sa prestation de gardien de la pensée unique mardi, à l'Assemblée. Il aurait tort de miser sur l'effritement. Certes, les chômeurs ne paralysent pas une activité économique, leur force matérielle n'est pas comparable à celle des cheminots ou salariés d'une grande industrie. Mais depuis décembre, le mouvement se construit chaque jour.

Les chômeurs restent trop peu nombreux à agir au grand jour. Il faut en effet retisser maille après maille le tissu déchiré des liens de citoyenneté, d'activité publique. La honte doit se transformer en espoir, l'espoir en action. Cela prend du temps et se construit heure par heure, non pas comme dans les entreprises d'un service à l'autre, d'un atelier à l'autre, mais d'une catégorie de "droits" à l'autre. Pour agir, les chômeurs, surtout de longue durée, ont besoin de reconstituer leur individualité. Et ceux qui agissent peuvent constater que leur action débouche sur des dizaines de milliers de demandes d'aides dans les permanences. Leurs rythmes ne sont pas les mêmes que ceux de la vie politique ordinaire. C'est pour cela que les manifestations de samedi dernier ont multiplié par deux leur extension géographique, approfondi leur insertion dans le tissu de la précarité sous toutes ses variantes (jeunes en demi-emploi ou demi-études, chômeurs âgés, RMistes, intermittents du spectacle, les femmes - nombreuses mais encore si peu "visibles"...), mais pas enregistré de déferlante du peuple de gauche, qui hésite à s'identifier physiquement à cette lutte qu'il soutient politiquement.

Déjà en novembre-décembre 1995, il avait fallu 2 mois pour donner confiance, mettre en branle le bloc des salariés du public, a priori les moins brisés par la crise. Les chômeurs et leur mouvement sont le complément de décembre 1995 dans la partie la plus démunie de la classe ouvrière. Créer un trait d'union entre l'emploi retrouvé et revenu à même hauteur de dignité que celui des salariés, ce n'est pas diviser les "Français" entre assistés et contribuables, comme dit Jospin

Dominique Mezzi
Source : Rouge, section française de la Quatrième Internationale, 22/01/98

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